Le compositeur Pierre Henry, magicien des sons, est mort

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 Le compositeur Pierre Henry, dans un studio d\

Le compositeur Pierre Henry, dans un studio d'enregistrement à Paris, le 9 décembre 2008

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AFP, publié le jeudi 06 juillet 2017 à 19h01

Le compositeur français Pierre Henry, l'un des pères de la musique électroacoustique qui a inspiré le mouvement électro, notamment à travers sa mythique "Messe pour le temps présent", est décédé à l'âge de 89 ans à Paris, a annoncé jeudi son entourage à l'AFP.

"Il est décédé cette nuit. Il allait fêter ses 90 ans" en décembre, a annoncé Isabelle Warnier, son assistante et sa compagne.

"Avec lui, les sons élémentaires, comme l'orage, le vent, le train, les animaux ou les souvenirs sonores de son enfance, sont entrés de façon fracassante dans notre univers musical", a réagi la ministre de la Culture Françoise Nyssen.

"Compositeur, chercheur, créateur d'un langage très personnel, il aura su faire de chaque œuvre une révolution sonore", a ajouté la ministre en rappelant que "de nouvelles créations devaient le conduire au Grand Palais le 13 juillet, à la Philharmonie de Paris en octobre et en décembre à l'Auditorium de Radio France, pour fêter ses 90 ans".

Parfois considéré comme "le grand-père de la techno", Pierre Henry "faisait partie des grands défricheurs sonores du XXe siècle qui ont changé la manière de concevoir la musique", a estimé le compositeur français Jean-Michel Jarre, figure de l'électro.

"Aujourd'hui, il n'y a pas un grand artiste de musique électro (...) qui pourrait dire que Pierre Henry n'est pas sa figure tutélaire", a souligné Laurent Bayle, à la tête de la Philharmonie de Paris. 

Son nom reste attaché à la "musique concrète" (bruits ou sons enregistrés) fondée par Pierre Schaeffer (1910-1995), à laquelle se rattachent la plupart de ses oeuvres (plus d'une centaine), toutes numérisées et conservées par la Bibliothèque nationale de France, une première pour un compositeur.

Né le 9 décembre 1927 à Paris, il entre à 9 ans au Conservatoire, où il étudie jusqu'en 1947 auprès de Nadia Boulanger (composition) et d'Olivier Messiaen (harmonie), dont l'enseignement très libre l'aura beaucoup marqué.

Deux ans plus tard, il fait une rencontre décisive en la personne de Pierre Schaeffer. Ensemble, ils fondent en 1950, à la Radio-télévision française, le Groupe de recherche de musique concrète (GRMC). 

Il écrit avec lui la "Symphonie pour un homme seul" (1950), qui utilise la technique du "piano préparé" : divers objets sont insérés entre les cordes et la caisse de l'instrument.

Chef des travaux au GRMC, le jeune et ambitieux compositeur rompt avec son patron en 1958 pour fonder APSOME, premier studio privé consacré aux musiques expérimentales. 

Pendant près d'un quart de siècle, il auto-financera ses activités en écrivant à tour de bras des musiques de films, de scène et publicitaires. 

- 'La Messe' remixée -

Rapidement, Pierre Henry noue des relations de travail soutenues avec d'autres artistes, des plasticiens comme Jacques Villeglé ou des chorégraphes à l'image de Maurice Béjart, avec lequel il créera une quinzaine d'oeuvres.

L'un des points culminants de cette collaboration unique sera la "Messe pour le temps présent" (Festival d'Avignon en 1967), dont les "jerks électroniques" (composés par Michel Colombier) deviendront un tube.

Signe de sa popularité, "La Messe" a été remixée pour les 70 ans du compositeur par quelques grands noms de la scène électro (Fatboy Slim, William Orbit, Dimitri from Paris...) et contribua à lui assurer une réputation, vivement contestée par l'intéressé, de "grand-père de la musique techno".

Pierre Henry a parfois jugé durement le "manque de maturation d'écriture" des DJ's et leur musique "uniquement jouée par la main gauche", tout en se réjouissant que le son soit devenu, avec eux, "une fonction naturelle de l'être humain".

Son univers était fait de bruits éclectiques et souvent insolites (comme dans les grinçantes "Variations pour une porte et un soupir"), capables d'illustrer un propos volontiers métaphysique sur la nature ("Histoire naturelle ou les roues de la terre") et le cosmos ("Dieu").

Pierre Henry passait ses sons au filtre de l'électronique (magnétophones, haut-parleurs) dans son studio aux allures de capharnaüm, créé en 1982 dans le XIIe arrondissement de Paris, avec cette fois le soutien de l'Etat et de la ville. Un atelier qu'il ouvrait régulièrement au public pour des "concerts privés".

 
30 commentaires - Le compositeur Pierre Henry, magicien des sons, est mort
  • Après le décès de Mme Simone Veil, à nouveau mon âme est triste de la perte de cet immense musicien, l'un des fondateurs de la musique concrète contemporaine qui a placé la France à l'avant garde de la musique moderne avec des musiciens comme Yannis Xenakis, Pierre Schaeffer, Pierre Boulez, Edgar Varèse mais aussi Karlheinz Stockhausen ou un peu avant Ivan Vychnegradsky, formés à l'école française. Je forme l'espoir que les générations futures nous offriront des talents à la mesure de ces pionniers. Que votre "Messe du temps présent" qui servit longtemps d'indicatif au journal télévisé soit diffusée sur nos ondes comme un dernier hommage et votre ultime linceul.

  • Comme annoncé, une réclamation a été déposée auprès de vos services et un suivi sera opéré sur vos blocages systématique et infondés.

  • C'est étonnant de constater qu'on utilise beaucoup de superlatifs pour qualifier la vie ou l'oeuvre d'une personne quand elle a disparu. Cela fait partie des hypocrisies humaines même si dans tous les cas il faut mieux dire du bien que du mal. Quant à la musique de Pierre Henry, chacun apprécie à sa manière. De mon point de vue, cet homme a bien été un défricheur de sons plus qu'un compositeur provoquant le plaisir des sens. Heureusement que Béjart a su provoquer de l'émotion sur une oeuvre qui m'a plutôt provoqué négativement. Jean-Michel Jarre, c'est quand même le niveau au dessus pour donner du plaisir.

  • chacun son goût ! Moi je pense que la plus belle composition qu'il a faite est celle qui s'appelait "silence"...

  • il ne se passe pas un jour sans que j'écoute ce disque. Merci !

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