Gianfranco Rosi amène "l'appel à l'aide de Lampedusa" à Hollywood

Gianfranco Rosi amène

Le réalisateur Gianfranco Rosi, lors d'un entretien à l'AFP le 7 février 2017 à West Hollywood

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AFP, publié le vendredi 17 février 2017 à 20h10

Cinéma: Gianfranco Rosi amène "l'appel à l'aide de Lampedusa" à Hollywood

Au début de "Fuocoammare, par-delà Lampedusa", un documentaire finaliste aux Oscars, un garde-côte reçoit l'appel à l'aide d'une femme sur un bateau qui sombre, plein de migrants. Il lui répète encore et encore: "quelle est votre position ?".

"J'ai voulu renverser la question: nous devons nous demander 'quelle est MA position'?" face à "la pire tragédie depuis la deuxième guerre mondiale", explique le réalisateur Gianfranco Rosi, lors un entretien à l'AFP.

Son long-métrage explore l'univers de l'île italienne, territoire européen le plus proche des côtes libyennes. Des centaines de milliers de réfugiés y ont afflué ces dernières années, submergeant ses infrastructures d'accueil. Des milliers trouvent la mort pendant la traversée chaque année - quelque 4.000 en 2016.

Parmi les réalisateurs les plus primés du monde - lauréat de l'Ours d'Or à Berlin et du Lion d'Or de Venise - Gianfranco Rosi a fait le tour du monde avec son film, devenant, presque malgré lui, porte-parole de la cause des réfugiés. 

En 2014, "quand j'ai commencé +Fuocoammare+, Lampedusa n'était qu'une petite île presque hors de la carte, mais (l'impact du film) est devenu très fort quand la route des Balkans s'est ouverte. Soudainement il y avait des millions de gens qui marchaient" à travers l'Europe, se souvient-il.

- Respirer la politique -

"J'ai réalisé au festival de Berlin" il y a un an à quel point le film "respire la politique". "Lampedusa avant, c'était juste l'Italie, maintenant c'est un problème transversal, presque une métaphore", estime-t-il. 

La sélection du film aux Oscars représente l'"occasion d'amener l'appel à l'aide de Lampedusa (...) à Hollywood", estime-t-il.

Aux Etats-Unis, la question des réfugiés est d'une actualité brûlante depuis la signature du décret du président Donald Trump qui leur interdit temporairement l'entrée du territoire américain. 

"L'Amérique a toujours été la terre de la liberté, des immigrants. Que se passe-t-il quand elle tourne le dos à l'histoire pour bâtir des barrières ?", interroge l'Italo-américain en référence au mur que le président républicain veut construire à la frontière du Mexique pour freiner l'immigration clandestine.

Comme la Méditerranée, le désert californien, est "un cimetière" pour ceux qui le traversent pour entrer aux Etats-Unis, fuyant violence et pauvreté, remarque Gianfranco Rosi. Il connaît bien la région, où il a filmé d'autres naufragés, ceux de la société américaine. 

Son style se distingue des codes du documentaire en vogue aux Etats-Unis en n'utilisant ni interview classique, ni insertions de textes, ni voix-off. Avec patience - il a passé une année à Lampedusa - il guette les moments de vérité qui en disent plus qu'un long discours, et puise dans le langage poétique pour créer une connexion "émotionnelle avec le réel".

"J'aime fermer la porte de l'information et interagir émotionnellement avec le public" car "derrière les statistiques, il y a toujours une personne".

- Comment s'habituer ? -

"Fuocoammare" montre une île où des hommes, femmes et bébés s'échouent, certains en vie, d'autres morts, loin des regards. "Comment s'habituer à voir des femmes, enceintes, des enfants morts ? (..) Ce sont des cauchemars que je revis souvent", lance un médecin.

Né en Erythrée en 1964, évacué dans l'urgence à 13 ans sans ses parents par des militaires italiens lors de la guerre d'indépendance du pays, Rosi affirme toutefois que cet épisode de son enfance ne fait pas de lui un réfugié.

"J'ai réalisé ma forte connexion avec l'Afrique quand j'étais sur un bateau où des gens mouraient" pendant le tournage, mais c'est une tragédie qui devrait toucher chacun d'entre nous", affirme-t-il.

Il remarque que "les gens disent aux migrants +si vous faites la traversée, vous allez peut-être mourir+. Un jour l'un d'eux m'a répondu +pour nous, ce peut-être, c'est notre espoir. Si nous restons en Libye, nous mourrons".

 
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