En Chine, les éditeurs étrangers se résignent à l'autocensure

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 Le stand de la maison d'édition Cambridge University Press (CUP) au Salon international du livre de Pékin, le 23 août 2017

Le stand de la maison d'édition Cambridge University Press (CUP) au Salon international du livre de Pékin, le 23 août 2017

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© AFP, Greg Baker
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AFP, publié le jeudi 24 août 2017 à 10h45

S'autocensurer pour vendre en Chine: c'est le compromis auquel se résignent beaucoup d'éditeurs étrangers, réunis actuellement au Salon international du livre de Pékin, quelques jours après le tollé suscité par la censure d'une revue sinologique britannique.

L'affaire qui touche depuis la semaine dernière la Cambridge University Press (CUP), sommée par les autorités chinoises de retirer des articles en ligne, inquiète les participants de quelque 90 pays présents à cette foire, ouverte mercredi.

La maison d'édition de la prestigieuse université britannique avait confirmé samedi avoir bloqué l'accès depuis la Chine à plus de 300 publications en ligne de sa revue de sinologie "China Quarterly". Elle en a finalement rétabli l'accès lundi après une pétition lancée par le monde universitaire.

Ce type de phénomène est pourtant courant, explique Terry Phillips, directeur du développement commercial de l'éditeur britannique Innova Press, qui avoue en toute franchise à son stand du salon de Pékin recourir à "l'autocensure".

"Nous la pratiquons de façon routinière pour nous adapter aux différents marchés. Tous les pays ont des exigences différentes sur ce qu'ils considèrent comme convenable ou pas en matière de supports éducatifs", explique-t-il.

"Mais en tant qu'auteurs, nous avons également la responsabilité de trouver des moyens d'enseigner le civisme et les droits de l'Homme" à travers les publications, convient M. Philipps.

- Tiananmen et Tibet -

La principale difficulté est d'obtenir un numéro d'immatriculation pour pouvoir publier en Chine, note John Lowe, directeur général de l'éditeur de livres éducatifs Mosaic8, basé à Tokyo.

"Il est donc dans l'intérêt des maisons d'édition de ne pas publier de contenus risquant de contrarier les autorités" chinoises, souligne-t-il.

"Mais aborder les droits de l'Homme de façon générale ne pose normalement pas de problème".

Certains articles retirés temporairement par les presses universitaires de Cambridge contenaient des références aux manifestations de la place Tiananmen de Pékin en 1989, à la région du Tibet, au mouvement pro-démocratie chinois ou encore à l'île de Taïwan, séparée politiquement du reste de la Chine depuis 1949.

L'éditeur britannique avait initialement justifié son autocensure par la nécessité de "permettre que d'autres documents académiques et pédagogiques que nous publions restent accessibles aux chercheurs et enseignants sur ce marché".

Il a ensuite restauré l'accès aux articles incriminés après le lancement d'une pétition de représentants du monde universitaire l'appelant à "refuser la demande de censure".

Mais un groupement de chercheurs basé aux Etats-Unis a annoncé cette semaine que la Cambridge University Press (CUP) s'est également vue enjoindre par les autorités chinoises de bloquer l'accès à une centaine d'articles en ligne d'une autre publication de sinologie, le "Journal of Asian Studies".

- "Argument de vente" -

L'affaire "ne nuit pas à nos activités lors du Salon de Pékin", a cependant assuré à l'AFP Rita Yan, coordinatrice de CUP sur le stand de l'éditeur sur place, sans vouloir commenter davantage.

Pour autant, d'autres maisons d'éditions étrangères reconnaissent volontiers avoir une certaine appréhension vis-à-vis de la censure. 

"Actuellement, nous n'avons aucun problème. Mais dans l'avenir, nous ne savons pas", explique Ding Yueting, qui travaille pour l'éditeur de contenus pédagogiques Wiley, basé aux Etats-Unis.

La représentante d'un important éditeur américain, qui requiert l'anonymat, concède pour sa part être "inquiète d'une augmentation possible des demandes de censure de la part d'agences chinoises". 

Il y a également l'argument économique: son confrère d'un autre éditeur de premier plan basé aux Etats-Unis explique ainsi, lui aussi sous couvert d'anonymat, qu'il "serait vain" de produire des livres risquant d'être interdits en Chine.

"Il serait embêtant de se donner la peine de traduire un livre de l'anglais au chinois pour ensuite ne pas être en mesure de le publier", explique-t-il.

"D'un autre côté, les livres qui sont censurés en Chine se vendent souvent mieux à l'étranger", note-t-il. "C'est généralement un bon argument de vente!".

 
1 commentaire - En Chine, les éditeurs étrangers se résignent à l'autocensure
  • La Chine. Bel exemple de démocratie de gauche!!! Souvenez vous de l'engouement de la gauche Francaise pour là maoïsme. Ou sont ils tous ces maoïstes français qui aujourd'hui ne veulent pas entendre tous les prisonniers politiques chinois? Il est plus facile de critiquer Trump.

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