Dorothée Munyaneza, chorégraphe, chanteuse et rescapée du génocide du Rwanda

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La chorégraphe britannique d'origine rwandaise Dorothée Munyaneza à Paris le 26 avril 2017

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© AFP, PATRICK KOVARIK
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AFP, publié le vendredi 07 juillet 2017 à 09h04

"Rien ne pourra jamais être pire". Dorothée Munyaneza, qui présente "Unwanted" au Festival d'Avignon (7 au 13 juillet) est une rescapée: à douze ans, elle a vécu le génocide de 800.000 tutsis au Rwanda en 1994.

Aujourd'hui âgée de 34 ans, mariée à un Français et mère de deux jeunes enfants, c'est une jeune femme lumineuse qui transmet "sa mémoire et celle de son pays" à travers des pièces hybrides, entre théâtre, danse et chant.

Sa première pièce, "Samedi détente" (2014), créée en France et jouée encore récemment au Théâtre de la Ville, évoquait le génocide à hauteur de l'enfant qu'elle était.

La pièce a voyagé en 2016 au Rwanda. "Pour moi c'était une offrande, je leur rapportais ce qui reste, un témoignage devenu une oeuvre artistique."

Dorothée Munyaneza a mis longtemps avant d'aborder la plaie du génocide. Plus jeune, elle rêvait d'être médecin "parce que j'avais vu tellement de gens souffrir".

La famille n'est ni tutsi, ni hutu, mais "un peu des deux". "Mes parents ne parlaient jamais en terme d'appartenance à une communauté, ils voulaient qu'on se considère comme Rwandais et chrétiens."

Le père, pasteur protestant, est très engagé dans le dialogue entre les deux communautés. "Il prêchait la réconciliation et souvent des militaires venaient à la maison parce qu'il osait dire des choses mal reçues par les hommes politiques."

Pendant le génocide, il est plusieurs fois "embarqué" par des miliciens hutus et échappe de peu à la mort. "La machette s'arrêtait au niveau de la nuque", se souvient-elle. 

Lorsque la famille part s'installer à Londres, Dorothée est inscrite au Lycée français en sixième. Elle ne parle pas français. Elle se souvient avec gratitude de la mobilisation de ses professeurs et de ses camarades qui "connaissaient mon histoire", dit-elle pudiquement.

- Retrouver son humanité -

"Chacun a veillé sur moi. Certains sont encore mes amis 23 ans plus tard." C'est une rencontre, avec la Suissesse Christine Sigwart, qui anime des chorales d'enfants, qui l'oriente vers la musique. Elle débute une carrière d'interprète auprès de metteurs et scène et chorégraphes dont François Verret, Robyn Orlin, Rachid Ouramdane, Maud Le Pladec.

Sa première pièce, "Samedi détente", a vu le jour pour les vingt ans du génocide de 1994. "Symboliquement, c'était important pour moi", dit-elle.

Pour "Unwanted", Dorothée Munyaneza s'attaque à un tabou douloureux: les enfants nés des viols au Rwanda. Entre avril et juillet 1994, 100.000 à 250.000 femmes ont été violées pendant les cent jours du massacre. 2.000 à 5.000 enfants seraient nés de ces viols, selon Human Rights Watch.

Le sujet, encore jamais traité à la scène, a fait l'objet récemment de plusieurs documentaires ("Rwanda, la vie après - paroles de mères" en 2014, "Mauvais souvenir" en 2015). 

C'est en les visionnant que Dorothée Munyaneza apprend l'existence d'une travailleuse sociale rwandaise, Godelieve Mukasarasi, qui permet à ces femmes de se rencontrer pour échanger. Grâce à elle, Dorothée Munyaneza a rencontré 60 femmes et 70 enfants. De leur témoignage est né un texte, d'où émergera la parole sur le plateau, sous forme de monologues et de chants.

"A chaque fois que j'allais partir après nos échanges, je demandais à ces femmes si je pouvais les photographier et elles s'éclipsaient et revenaient vêtues de leurs plus beaux habits, elles étaient magnifiques!" raconte Dorothée Munyaneza. "En se réappropriant leur corps, leur féminité, elles retrouvaient leur humanité, leur dignité, c'est aussi cela qui me tient à coeur dans le spectacle."

Installée depuis six ans à Marseille, Dorothée Munyaneza s'y sent bien, mais ne peut s'empêcher de "penser à tous ces migrants qui périssent en Méditerrannée. Moi, je n'ai jamais dû fuir sur l'eau, et je crois que c'est un autre périple", dit-elle, pensive.

 
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