Avignon s'enflamme pour "Kalakuta Republik", dans les pas de Fela Kuti

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 Répétition de "Kalakuta Republik", chorégraphié par  Serge Aimé Coulibaly, le 18 juillet 2017 au Festival d\

Répétition de "Kalakuta Republik", chorégraphié par Serge Aimé Coulibaly, le 18 juillet 2017 au Festival d'Avignon

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© AFP, ANNE-CHRISTINE POUJOULAT
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AFP, publié le vendredi 21 juillet 2017 à 13h08

Le chorégraphe burkinabè Serge Aimé Coulibaly a offert au festival d'Avignon sa plus belle émotion avec l'évocation explosive de la "République de Kalakuta", lieu utopique fondé par le chanteur nigérian Fela Kuti, symbole de la résistance de l'artiste à l'oppression.

Avec six danseurs exceptionnels, Coulibaly brûle les planches de la scène du Cloître des Célestins, en 1h15 de spectacle qui ne laisse pas une seconde de répit au spectateur.

Un vieux canapé en fond de scène, quelques chaises et les deux grands marronniers du cloître évoquent à la fois la résidence-refuge du musicien Fela Kuti, inventeur de l'afrobeat, compositeur, saxophoniste, chef de bande et contestataire, et le "Shrine", la boîte de nuit-temple où il jouait et priait avec ses spectateurs.

Le spectacle commence dans la jubilation, le partage d'une vitalité démente, mais bientôt les corps se tordent sur le sol, mains comme menottées dans le dos.

Fela, né en 1938, s'impose dans les années 70 comme le chanteur le plus populaire du Nigeria, dont il dénonce la corruption des élites, la dictature et le pouvoir des multinationales, se servant de la musique comme d'une arme.

Après la sortie de l'album antimilitariste Zombie (1976), sa résidence, fondée sous le nom de Kalakuta Republic, est entièrement rasée dans un assaut des militaires.

Fela sera plusieurs fois emprisonné et torturé. Atteint du sida, affaibli par les sévices subis en prison, il meurt en 1997.

"Quand on voit ce qu'il a enduré et qu'il a continué à ouvrir sa gueule, on se demande si on est capable d'aller jusque là", a expliqué Serge Aimé Coulibaly lors d'un point presse.

- tempo d'enfer -

"Pour moi, Fela est un prétexte pour questionner le rôle de l'artiste dans la société", ajoute-t-il. L'élément déclencheur de ce spectacle rageur a été la révolution qui a éclaté au Burkina Faso en 2014, lorsque Blaise Compaoré a annoncé son intention de briguer un cinquième mandat, après 27 ans au pouvoir.

"Nous voulions plus qu'un simple changement, nous réclamions l'espoir", rappelle le chorégraphe.

Serge Aimé Coulibaly se rend alors au Nigeria sur les traces de Fela, dont la maison est désormais un musée, écoute sa musique, entreprend de l'actualiser avec le compositeur Yvan Talbot.

"Il y avait chez Fela quelque chose d'irréductible, sans concession, que j'avais envie d'explorer", dit-il.

La première partie de la pièce est "une longue phrase chorégraphique de 45 minutes qui ne s'arrête pas". Serge Aimé Coulibaly, en chef d'orchestre et double de Fela, règle sur le plateau le tempo des danseurs éblouissants de diversité, puisant dans toutes les danses : jazz, yoruba, funk, hip hop.

"Without the stories, we would go mad", proclame un surtitre au-dessus des danseurs. D'autres phrases vont rythmer la performance : "You always need a poet", et finalement "All that glitters is not gold" (tout ce qui brille n'est pas or).

"C'est pour titiller le spectateur, le faire réfléchir, qu'il ne soit pas juste là pour voir des hommes en train de se tortiller", dit le danseur en riant.

La deuxième partie, plus sombre, évoque la décadence dans une ambiance de boîte de nuit. "Nous avons peur, peur de nous battre pour la justice, pour la liberté, pour le bonheur", lance le chorégraphe, visage grimé de blanc comme un spectre.

A la fin, les danseuses juchées sur l'épaule des hommes traversent le public en mimant, mains sur les yeux, sur les oreilles, sur la bouche, celui qui se tait, refuse de voir, refuse d'écouter.

Artiste engagé, Serge Aimé Coulibaly met en oeuvre une danse contemporaine puissante, nourrie de sa collaboration avec de nombreux artistes comme les chorégraphes belges Alain Platel et Sidi Larbi Cherkaoui.

Il a notamment chorégraphié la Cérémonie d'ouverture de la Coupe d'Afrique de Football (1998) et a créé neuf pièces, dont "Nuit blanche à Ouagadougou", qui portent toutes un regard critique sur l'Afrique contemporaine.

Après Avignon, "Kalakuta Republik" part pour une belle tournée dans toute l'Europe. En France, on retrouvera notamment la pièce aux Francophonies à Limoges en septembre et au Tarmac à Paris du 16 au 19 janvier.

mpf/cho/phc

 
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