Au Mexique, des journalistes pas assez protégés par l'Etat

Au Mexique, des journalistes pas assez protégés par l'Etat

Manifestation contre les meurtres de journalistes après l'assassinat de Miroslava Breach, le 25 mars 2017 à Mexico

A lire aussi

AFP, publié le mercredi 17 mai 2017 à 08h39

Mexique: le meurtre de cinq journalistes en 2017 met en évidence les failles de la protection des professionnels de l'information, par manque de moyens

Le meurtre de cinq journalistes mexicains en 2017, dont Javier Valdez, spécialiste reconnu du narcotrafic et pigiste pour l'AFP, met en évidence les failles de la protection des professionnels de l'information, souvent par manque de moyens.

A son arrivée au pouvoir, en 2012, le président Enrique Peña Nieto avait fait de la sécurité des reporters une priorité. Pourtant cette année, son gouvernement n'a alloué aucun budget au mécanisme de protection des journalistes et défenseurs des droits de l'Homme.

Créé en 2012 et censé veiller sur 509 personnes, ce dispositif inclut des gardes du corps, des opérations de patrouille, des manuels d'auto-protection et un bouton pour appeler à l'aide en cas d'urgence.

Pour l'instant, il fonctionne grâce à "des restes (de financement) d'années antérieures", selon la Commission nationale des droits de l'Homme (CNDH), qui s'inquiète: "Très probablement, dans les derniers mois de 2017, les ressources seront épuisées et il sera impossible de continuer à financer les mesures de protection".

Selon des membres de la commission parlementaire de suivi des agressions contre la presse, le mécanisme n'a plus que 180 millions de pesos (9,5 millions de dollars) pour fonctionner.

Même austérité pour le parquet spécial créé en 2010 pour enquêter sur les crimes et menaces contre les journalistes, dont les moyens n'ont fait que fondre d'année en année.

En 2013, le gouvernement lui avait accordé 39 millions de pesos (2 millions de dollars), cette année seulement 18,4 millions de pesos (987.000 dollars).

Le journaliste Noé Zavaleta, correspondant à Veracruz (est) de l'hebdomadaire Proceso, a raconté à l'AFP comment le mécanisme de protection dont il a lui-même bénéficié "a montré ses limites" par manque d'argent.

Pendant les six mois où des gardes du corps l'ont accompagné, "ils ont toujours dit qu'ils avaient besoin de gilets pare-balles et d'un meilleur véhicule", mais "jamais on ne leur en a donné en raison du budget insuffisant".

Fin mars, l'un d'eux a été tué par un tir alors qu'il protégeait un autre journaliste.

"Finalement, même avec des gardes du corps on n'est plus en sécurité", déplore-t-il.

- 'Situation lamentable' -

La mort lundi de Javier Valdez, tué par balle en pleine rue, s'ajoute à la centaine de reporters tués au Mexique depuis 2000.

En février, l'ONG Reporters sans frontières (RSF) avait souligné que ce pays occupait la troisième place dans le monde pour le nombre de journalistes assassinés, derrière la Syrie et l'Afghanistan.

Le manque de moyens, qui pourrait mettre en péril la vie des reporters menacés, répond à une absence de volonté politique, selon RSF.

"C'est une situation assez lamentable", souligne Balbina Flores, correspondante au Mexique de l'ONG. "Les autorités doivent montrer leur volonté dans des faits concrets".

"Si le parquet et ce mécanisme n'ont pas de budget, c'est parce que pour l'Etat ce n'est pas un problème public, mais ça doit en être un, à présent", a également déclaré à la chaîne Televisa Ana Cristina Ruelas, directrice au Mexique de l'ONG de défense de la liberté d'expression Articulo 19.

Dans son rapport annuel de 2016, l'ONG critiquait que les mesures de protection "n'ont pas prouvé qu'elles étaient une garantie pour arrêter les agressions contre la presse". Ce qui explique sans doute que beaucoup de journalistes n'y ont même pas recours.

"Etre journaliste, c'est faire partie d'une liste noire", reconnaissait lui-même Javier Valdez, 50 ans. "Eux vont décider du jour où ils vont te tuer, même si tu as du blindage et des gardes du corps".

Spécialiste du narcotrafic et du crime organisé, il a toujours été conscient des risques qu'il courait mais assurait n'avoir jamais reçu de menaces.

Mais selon le quotidien La Jornada qui l'employait, le journaliste s'était montré inquiet pour sa sécurité. Il lui avait alors été proposé de quitter un temps le pays, poursuit le journal.

L'indignation des Mexicains, qui réclament la fin de l'impunité pour les meurtres de journalistes, pourrait cette fois ouvrir le débat politique sur le sujet.

"Dans la prochaine analyse (du budget), nous devrons serrer la vis et (faire en sorte) qu'on alloue des ressources" au mécanisme de protection, a déclaré à l'AFP le député Exaltacion Gonzalez, du Parti action nationale (PAN, droite), membre de la commission parlementaire de suivi des agressions contre la presse.

 
1 commentaire - Au Mexique, des journalistes pas assez protégés par l'Etat
  • [=pseudo.pseudo] -

    [=reaction.title]

    [=reaction.text]

[=pseudo.pseudo] -

[=reaction.text]