A Avignon, la pièce-manifeste de Frank Castorf, l'enfant terrible du théâtre allemand

A Avignon, la pièce-manifeste de Frank Castorf, l'enfant terrible du théâtre allemand

L'Allemand Frank Castorf, directeur de la Volksbühne de Berlin, le 17 février 2007 à Paris

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AFP, publié le dimanche 09 juillet 2017 à 13h42

La grande roue de bois emblème de la Volksbühne de Berlin trône devant le Palais des expositions d'Avignon, où est jouée une des toutes dernières pièces de Frank Castorf avant son départ fracassant d'une des scènes les plus novatrices d'Allemagne.

La décision de la municipalité de Berlin de le remplacer après 25 ans à la tête de la Volksbühne par le britannique Chris Dercon, ex directeur de la Tate Modern de Londres, a soulevé un tollé outre-Rhin.

Lui-même ne s'est pas exprimé sur le sujet, mais il a créé le 28 mai 2016 à Berlin cette pièce-manifeste donnée à Avignon sur les rapports pervers entre l'artiste et le pouvoir, cette "Kabale" ("Die Kabale des Scheinheiligen. Das Leben des Hernn de Molière" ou "Le roman de Monsieur de Molière d'après Mikhaïl Boulgakov).

Pour l'Allemand de 65 ans, "le théâtre est un sport de combat" où "l'anarchie" doit l'emporter sur "l'arrangement", bref, il se considère comme "un instrument politiquement actif".

Avec sa "cabale" exubérante, montée en près de 6 heures dans la nef immense du Palais des expositions, il montre qu'il n'a rien perdu de sa virulence. A travers les figures de Molière et de l'écrivain russe Mikhaïl Boulgakov, il moque cruellement la bêtise du pouvoir politique et la vulnérabilité des artistes.

Molière a des rapports compliqués avec Louis XIV, qui lui passe commande, mais fait aussi interdire sous l'influence de l'Église son "Tartuffe". Boulgakov, persécuté par la censure soviétique, devra les rares fois où il sera joué à l'intervention personnelle de Staline.

"Pour nous, à la Volskbühne, ce matériau constituait une occasion propice - au moment où la politique décidait de confier ce théâtre, avec ce qu'il représente par ses orientations originelles et par notre conception de l'art, à une nouvelle direction", écrit Castorf dans sa note d'intention.

- gigantisme assumé -

Sous sa direction, la Volksbühne était devenue à la fois un lieu engagé et un laboratoire du théâtre allemand. Avec ses spectacles au gigantisme assumé, son volume sonore conséquent, l'insolence du ton des acteurs, qui n'hésitent pas à interpeller le public et la présence massive de la vidéo filmée "live", Castorf a imprimé sa marque au théâtre européen.

"Die Kabale ..." ne fait pas exception, avec son décor XXL, ses courses poursuites échevelées d'acteurs dans l'immense arène du Palais des expositions, ses gros plans de visages grimaçants sur écran géant, ses vociférations et ses scènes osées.

Mais la pièce est aussi un hommage à l'artisanat du théâtre, avec une belle toile de paysage peinte à l'ancienne pour rideau de scène, une roulotte de dix mètres de haut abritant une mini-scène de théâtre, des costumes d'époque, perruques et plumes comprises.

La pièce emboîte plusieurs histoires, puisqu'on verra aussi bien la petite troupe de Molière, dans l'hystérie de la préparation d'une pièce réclamée par le roi Soleil pour le surlendemain ou presque, que Staline, Boulgakov, et la fabrication d'un film en panne de finances et d'idées.

Castorf puise aussi bien dans "Le roman de Monsieur de Molière" et "La Cabale des dévots" de Boulgakov que dans "Phèdre" de Racine, "Le Cid" de Corneille, "L'Avare" et "Le Bourgeois Gentilhomme" de Molière, et le script d'un film de Fassbinder. Le tout revisité avec la démesure qu'on lui connait.

Le spectateur s'y perd souvent, en sort essoré, parfois avant la fin (beaucoup "craquent" en chemin et quittent la salle) mais gardera, comme toujours des images fortes, grâce notamment aux acteurs d'exception, dont Jeanne Balibar (Madeleine Béjart), Jean-Damien Barbin, Alexander Scheer (Molière) et Georg Friedrich (Louis XIV).

L'humour perce souvent, y compris dans l'autodérision lorsqu'un acteur mime Castorf, bras croisés sur la poitrine pour contenir sa nervosité, ou lorsque Jeanne Balibar encourage un acteur à apostropher le public: "allez, tu dois beaucoup plus les insulter, comme en Allemagne, outrage au public!"

mpf/tsz/it

 
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