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Les médias doivent-ils publier les noms et photos des terroristes ?




Les médias doivent-ils publier les noms et photos des terroristes ?

Des journalistes de l'Agence France-Presse en janvier 2011 à Paris (photo d'illustration).

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Orange avec AFP, publié le jeudi 28 juillet 2016 à 07h00

- La publication des noms et des photos des auteurs d'attentats participe-t-elle à leur glorification ? Le débat, lancé par des politiques et des intellectuels, a rebondi ce mercredi 27 juillet avec la décision de plusieurs médias de ne plus les publier. -

Le journal Le Monde ne publiera plus de photographies des auteurs de tueries "pour éviter d'éventuels effets de glorification posthume", a annoncé son directeur, Jérôme Fenoglio, dans un éditorial.

Idem sur la chaîne d'information en continu BFMTV, dont le directeur de la rédaction, Hervé Béroud, a expliqué à l'AFP que "la photo peut mettre au même niveau victimes et terroristes". Europe 1 a décidé de ne plus citer le nom des auteurs d'attentats, et le journal La Croix ne publiera plus leur photo et leur nom de famille. RFI et France 24 ont eux décidé de ne plus diffuser de photos et d'être "extrêmement parcimonieux dans l'utilisation des noms".


"Beaucoup d'actes sont commis par des individus fragiles psychologiquement, et la gloire médiatique est une incitation. Il y a une dimension préventive à limiter leur exposition médiatique", estime le psychanalyste Fethi Benslama, qui soutient cette anonymisation. "La guerre contre le terrorisme est médiatique et psychologique. L'un des ressorts les plus importants chez ceux qui commettent des attentats, c'est d'être connus et reconnus publiquement. Ils laissent des indices avant leur mort et fantasment une reconnaissance mondiale", explique-t-il.

75.000 SIGNATURES

Une position partagée par Michael Jetter, chercheur à l'université de Western Australia, spécialisé dans les liens entre terrorisme et médias. Il estime que le niveau de couverture médiatique a un impact sur de tels actes. Établissant un parallèle avec le traitement des suicides par les médias, le chercheur alerte sur un possible "effet d'imitation".

L'idée a également trouvé un écho dans l'opinion : une pétition réclamant "l'anonymat des terroristes dans les médias" a recueilli plus de 75.000 signatures mercredi, une semaine après son lancement. Du côté des politiques, Geoffroy Didier, conseiller régional LR d'Ile-de-France, souhaite que "l'autorité judiciaire et les médias s'engagent à ne publier ni le nom, ni aucune photo des terroristes". La secrétaire d'Etat chargée de l'Aide aux victimes, Juliette Méadel, a récemment annoncé qu'elle allait faire des propositions pour que médias et Gafa (Google, Amazon, Facebook et Apple) "se mettent d'accord autour d'une éthique" et prennent des précautions "dans le signalement des victimes" et "dans la manière dont on traite les auteurs". Le CSA planche de son côté sur un code de bonne conduite "pour la couverture audiovisuelle d'actes terroristes".

"NE PAS RENONCER A INFORMER"

Dans ce débat, il faut "aussi prendre garde à ne pas renoncer à informer", prévient Hervé Béroud. BFMTV continuera de diffuser le nom des auteurs d'attentat. Pour Libération, "publier les photos de terroristes et les glorifier, ce n'est pas la même chose. Dabiq (revue de l'EI) glorifie". "Imaginez un papier avec les frères SA et BA, AA, FAM", souligne son directeur adjoint, Johan Hufnagel, tout en reconnaissant un débat "permanent" sur le sujet au sein du journal.

Publier les noms relève "du devoir d'information" pour le directeur des rédactions du Figaro, Alexis Brezet. Autrement, c'est "prendre le risque de s'aliéner ceux qui croient au grand complot des médias". Quant aux photos, "tout est question de mesure". A TF1, la directrice générale adjointe à l'information, Catherine Nayl, plaide pour le "cas par cas" : "Entre le matraquage d'un nom et d'une photo et un élément d'information, il faut choisir une voie médiane". Même position à France Télévisions : "nous engager dans une règle systématique d'autocensure ne nous paraît pas être la bonne démarche parce que nous devons porter à destination du public un certain nombre d'informations", estime Germain Dagognet, directeur délégué à l'information.

L'Agence France-Presse estime que son critère "doit rester la valeur informative d'un texte ou d'une image : en l'espèce, le nom et la photo d'un auteur d'attentat constituent bien une information dont nous ne voulons pas priver nos 5.000 clients dans le monde, qui peuvent ensuite décider ou pas de les utiliser", explique la directrice de l'information, Michèle Léridon. Sur TV5 Monde, toutes les photos des auteurs des attentats sont floutées dans les journaux produits par la chaîne.

 
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