Soupçons d'emploi fictif : l'épouse d'un député LR pointée du doigt

Soupçons d'emploi fictif : l'épouse d'un député LR pointée du doigt

Le député Les Républicains Philippe Cochet, en novembre 2010 à l'Assemblée nationale.

A lire aussi

Orange avec AFP, publié le mardi 21 février 2017 à 15h24

Après Penelope Fillon, Laëtitia Cochet ? Selon une enquête conjointe menée par France Info et le magazine Lyon Capitale, le député-maire Les Républicains (LR) de Caluire-et-Cuire (Rhône), Philippe Cochet, emploie sa femme à temps partiel en tant qu'assistante parlementaire depuis son élection à l'Assemblée en 2002. Rien d'illégal jusque-là, mais de nombreux témoins affirment ne l'avoir jamais vue travailler et pointent les zones d'ombres entourant son activité.

La femme du député assure qu'elle "travaillait depuis chez elle".

"Je n'ai jamais vu madame Cochet prendre un ordinateur, utiliser les contacts, écrire des mails ou des courriers à des élus", affirme Maud Guerrini, une ancienne assistante parlementaire qui a travaillé pour Philippe Cochet à temps plein à partir d'octobre 2003. "Pour moi, elle était femme de député, je l'ai toujours connue comme ça. Elle nous aidait comme tous les militants. Je n'ai jamais vue faire quelque travail que ce soit. Elle n'avait pas de mission d'assistante parlementaire, sauf pour le courrier. Elle allait le chercher ou le porter à la boîte postale. Elle seule y allait", assure-t-elle.


Maud Guerrini a contesté son licenciement en justice et obtenu des dommages-intérêts pour licenciement "dénué de cause réelle et sérieuse" en 2008. Mais elle l'assure : elle n'est pas "animée par un esprit de vengeance". "Je n'ai rien de personnel contre eux", explique-t-elle. "J'explique et je relate des faits dont j'ai été témoin. Laëtitia Cochet n'a jamais passé de coup de fil. En tout cas pas à la permanence". L'ancienne assistante n'est d'ailleurs pas la seule à remettre en cause un travail réel de l'épouse du député. Les témoignages sont nombreux : "Je ne l'ai jamais vue à la permanence", confirme un militant LR qui se rendait régulièrement dans le bureau de Caluire-et-Cuire à la fin des années 2000.

"UNE CABALE CONTRE LES POLITIQUES"

"Je l'ai vue, oui, mais lors de réunions ou de campagnes politiques. Pas à la permanence", renchérit Michèle Vianès, conseillère municipale jusqu'en 2014, démise de ses fonctions d'adjointe en 2009 après une candidature aux élections européennes sous l'étiquette Debout la République. "C'est vous qui m'apprenez qu'elle était son assistante parlementaire", ajoute-t-elle. "De temps en temps, elle garait sa voiture dans la cour et venait dire bonjour. Mais elle ne s'est jamais assise à un bureau pour travail", ajoute une ancienne employée.


"Avant cet automne, on rencontrait Laëtitia Cochet très occasionnellement à la permanence, lorsqu'elle passait prendre ou déposer quelque chose. Depuis, (et après le licenciement d'une autre assistante parlementaire), on la voit bien plus souvent", explique-t-on dans l'entourage de Philippe Cochet. L'un de ses anciens collaborateurs dénonce une "cabale" contre les politiques. De son côté, Laëtitia Cochet assure qu'elle travaillait depuis chez elle, sans "bureau particulier". "Je m'organise comme je veux : je ne pointe pas. Je n'ai pas de poste de travail fixe et je ne suis pas toute la journée devant un ordinateur".

UN SALAIRE NON INDIQUÉ

"Je ne me suis jamais considérée comme une assistante parlementaire", poursuit-elle. "Je ne suis pas une collaboratrice classique. Je suis comme la femme du boulanger ou la femme du boucher. Car nous avons une proximité que les autres n'ont pas. Et une complémentarité : lui c'est moi et moi c'est lui". Que fait-elle de ses journées ? "Elle commence très tôt et finit très tard", affirme Philippe Cochet. "Elle a un rôle très polyvalent. Il n'y a pas de fiche de poste arrêtée (...) Elle réserve le restaurant pour les réunions de la circonscription, elle commande les vins, installe les chaises, porte des affaires dans les salles. Elle est multi-tâches. Ce n'est pas un travail fictif". Et sa femme d'ajouter : "Je suis là 24h/24, 7j/7. Je dirais que je suis la petite main (...) Tout travail mérite salaire".

Difficile de savoir combien gagne précisément Laëtitia Cochet, selon les deux médias à l'origine de l'enquête. "Cette dernière accepte seulement de dire que sa rémunération est 'raisonnable' et 'correspond à une partie de l'enveloppe de Philippe Cochet", écrit France Info. Celle-ci s'élève à 9.561 euros par mois pour chaque député pour rétribuer jusqu'à cinq collaborateurs. La rémunération ne dépasse pas la moitié pour les proches, soit 4.780 euros. Les cas de Penelope Fillon ou de Laëtita Cochet ne sont pas isolés au Parlement. En 2014, au moins 115 députés sur 577 ont salarié un membre de leur famille, selon les chiffres avancés par Mediapart.
 
197 commentaires - Soupçons d'emploi fictif : l'épouse d'un député LR pointée du doigt
  • avatar
    [=pseudo.pseudo] -

    [=reaction.title]

    [=reaction.text]

avatar
[=pseudo.pseudo] -

[=reaction.text]