Simone Veil, une centriste incommode

Simone Veil, une centriste incommode

L'ex-ministre Simone Veil, le 28 août 1992 à La Garde-Freinet dans le Var

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AFP, publié le vendredi 30 juin 2017 à 13h35

Centriste incommode, européenne convaincue et "féministe" sur le tard, Simone Veil, décédée vendredi à l'âge de 89 ans, appartenait au camp de la droite mais pouvait défendre des idées de gauche, notamment dans le champ sociétal.

"Au fond, tout au long de ma vie, j'ai eu la chance de pouvoir m'investir à ouvrir des brèches dans le conformisme ambiant", notait cette fille d'un père conservateur, épouse d'un grand patron, grande bourgeoise, mère de trois enfants, plusieurs fois ministre dans des gouvernements de droite.

Aussi peu à l'aise avec la droite moraliste qu'avec la gauche sectaire, Simone Veil, qui préférait Pompidou à de Gaulle, Chaban-Delmas à Giscard d'Estaing, Rocard à Mitterrand et Sarkozy à Chirac, méprisait en fait la politique politicienne.

L'ancienne membre du Conseil constitutionnel, connue pour son caractère de fer, n'avait "pas envie de faire des concessions. Même à des électeurs". "La politique me passionne mais, dès qu'elle devient politicienne, elle cesse de m'intéresser", ajoutait-elle.

Si elle était fière "d'avoir fait passer des textes qui l'intéressaient beaucoup et auxquels elle a donné le maximum de sens", elle relevait que son plus grand souvenir en politique fut, "émotionnellement, la chute du mur de Berlin".

- Pour une Europe "avec le plus de pouvoirs possibles" -

La réforme, Simone Veil a voulu aussi la conduire au niveau européen. "J'ai toujours milité pour une Europe avec le plus de pouvoirs possibles car c'est la meilleure façon de vivre ensemble en paix", soulignait celle qui fut en 1979 présidente du Parlement de Strasbourg.

Sur l'échiquier politique national, cette piètre oratrice se situait "sans ambiguïté" au centre. "J'ai toujours été présente dans le rassemblement centriste", expliquait-elle en soulignant son refus total, "à quelque prix que ce soit", d'une alliance avec le Front national.

Mais elle n'hésitait pas à défendre des positions de gauche, notamment sur l'immigration, la natalité ou l'homosexualité. "'Que diriez-vous si votre fils vivait avec un homme?" lui avait-on demandé un jour. "Je l'invite à dîner", avait-elle répondu.

Pourtant, elle avait brièvement salué en janvier 2013 les manifestants anti-mariage pour tous qui défilaient près de son domicile, s'abstenant de tout commentaire sur cette initiative.

Son fait d'armes, en tant que ministre, fut bien sûr l'adoption en 1975 de la loi sur l'Interruption volontaire de grossesse, avec l'aide de Jacques Chirac et de la gauche. A la suite de ce combat passionné, elle devint une icône pour beaucoup de femmes, allant jusqu'à se qualifier plus tard de "féministe". 

Elle sera en pointe dans le débat pour une représentation accrue des femmes en politique et tentera toujours d'injecter de la fibre sociale, selon ses fonctions du moment.

En 1993, Simone Veil avait été la première des ministres centristes à prendre publiquement le parti d'Edouard Balladur dans la course à l'Elysée. Entre les deux tours, en 1995, elle avait soutenu Jacques Chirac tout en se situant "légèrement ailleurs".

Elle avait ensuite adhéré à l'UDF pour la quitter deux ans plus tard (1997), poussée dehors par François Bayrou avec lequel elle entretenait des relations exécrables.

Après 1997, elle n'avait plus fréquenté aucune formation politique. "Je ne m'en suis pas plus mal portée, je n'ai jamais eu le désir de faire carrière", a-t-elle écrit dans son autobiographie "Une vie". Ce qui ne l'empêchait pas, quand elle le jugeait nécessaire, d'intervenir dans le débat public.

En 2005, elle avait rendu hommage à M. Chirac d'avoir admis la responsabilité de la France dans la rafle du Vel d'Hiv.

Et à la présidentielle de 2007, elle avait soutenu Nicolas Sarkozy sans hésiter, encore, à critiquer certaines idées du chef de l'état, comme la création d'un ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale.

 
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