Mort de Michel Rocard : ce qu'il laisse derrière lui

Mort de Michel Rocard : ce qu'il laisse derrière lui

L'ancien Premier ministre, Michel Rocard, à La Rochelle en août 2013.

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Orange avec AFP, publié le dimanche 03 juillet 2016 à 13h37

- Michel Rocard est mort ce samedi 2 juillet à l'âge de 85 ans. Bien qu'il n'ait jamais réussi à devenir président, l'ancien Premier ministre socialiste lègue un héritage politique et des mesures marquantes, comme le Revenu minimum d'insertion (RMI) ou la Contribution sociale généralisée (CSG).

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De Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy, en passant par Alain Juppé ou Lionel Jospin... Des politiques de tous bords - jusqu'à Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon - rendent hommage depuis samedi soir à Michel Rocard. Nombre d'entre eux saluent son "parler vrai", mais aussi le réformateur mêlant "réalisme" et "inventivité".


Hostile à la guerre d'Algérie, Michel Rocard était devenu en 1967 patron du PSU (Parti socialiste unifié), "laboratoire d'idées" pour la gauche qu'il dirigea jusqu'en 1973. Lors des événements de mai 68, il s'opposa à la tendance "dure" et parvint à faire condamner le recours à la violence. Père de la "deuxième gauche", il voulait incarner une vision rénovée du socialisme, prenant en compte "les contraintes de l'économie mondialisée" sans "renoncer aux ambitions sociales". A Matignon entre 1988 et mai 1991, il pratiqua l'ouverture, ramena la paix en Nouvelle-Calédonie et instaura le RMI.

• L'instaurateur du RMI

Michel Rocard a porté plusieurs réformes économiques. L'une de ses mesures les plus marquantes reste sans doute l'instauration du Revenu minimum d'insertion (RMI), votée à l'unanimité par l'Assemblée nationale en novembre 1988. Le socialiste répondait ainsi à la demande des travailleurs sociaux favorables à l'instauration d'un minimum social garanti, dans un contexte marqué par la montée de la pauvreté et l'insuffisance des procédures d'aide sociale.

Le montant de l'allocation - réservée au plus de 25 ans - était fixé à 2.000 francs pour les personnes seules (454,63 euros en 2009). Un point clé du dispositif était l'engagement du "Rmiste" dans un contrat d'insertion qui le remettrait dans le circuit du travail. Les concepteurs tablaient sur un nombre d'allocataires n'excédant pas 470.000. Mais la pauvreté s'installe et dès 1994, il atteint 908.000. En 2008, on en comptait 1,12 million.

"Le RMI a sauvé 2 millions de personnes", jugeait Michel Rocard, en 2008, pour les 20 ans de la création du RMI. Depuis le 1er juin 2009, le RSA (Revenu de solidarité active) remplace le RMI (Revenu minimum d'insertion) et l'Allocation parent isolé (API).

• L'artisan de la CSG

Au début de l'année 1991, le gouvernement de Michel Rocard instaure la Contribution sociale généralisée (CSG) sur le constat que la fiscalité française reposait presque exclusivement sur le travail : les revenus du patrimoine échappaient de plus en plus à l'impôt et le financement de la protection sociale reposait sur les seuls salaires, via les cotisations sociales. Le Premier ministre socialiste avait donc décidé de remplacer une partie de ces cotisations par un prélèvement pesant sur l'ensemble des revenus, y compris ceux du capital (patrimoine et placements).

Que finance la CSG ? L'Assurance maladie, les prestations familiales, le Fonds de solidarité vieillesse (FSV) et la Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades). En 2012, la CSG représentait 20,4% des recettes du régime général de la Sécurité sociale (salariés du privé). Elle pèsait en grande partie sur les salaires et les retraites, mais aussi sur les revenus du capital. Les cotisations salariales et patronales atteignaient 58,3% en 2012. La CSG devait rapporter environ 90,3 milliards d'euros en 2013 (89,7 milliards en 2012), dont 63,8 milliards proviennent des revenus d'activité.

• Les accords de Matignon sur la Nouvelle-Calédonie

Un mois après son arrivée à Matignon, Michel Rocard a permis le retour de la paix en Nouvelle-Calédonie, au lendemain du sanglant assaut de la grotte d'Ouvéa, le 5 mai 1988, au cours duquel deux militaires et 19 militants indépendantistes avaient été tués. Le Premier ministre de François Mitterrand avait envoyé sur le Caillou une "mission du dialogue" composée de hauts fonctionnaires et de représentants des églises et de la franc-maçonnerie, qui déboucha le 26 juin 1988 sur la signature des accords de Matignon à Paris.

Les hommages se sont multipliés ce dimanche en Nouvelle-Calédonie : "La Nouvelle-Calédonie pleure celui par qui elle a pu renaître, en 1988, avec Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou, après une décennie de guerre civile", a déclaré le député Philippe Gomes (UDI). Le président du Congrès, Thierry Santa, a lui salué un homme "créatif et pragmatique", qui "avait su impulser une solution statutaire calédonienne originale et unique dans la République". "Avec lui disparaît la dernière figure historique des accords de Matignon". "Les accords de Matignon sont un des plus beaux souvenirs de ma vie politique", avait déclaré Michel Rocard dans une interview à Télérama en 2013.

• 28 utilisations du 49-3 en 3 ans

À la tête du gouvernement pendant trois ans, Michel Rocard doit compter sur une majorité relative à l'Assemblée : il engage à 28 reprises la responsabilité de son gouvernement via l'article 49-3 de la Constitution. Quinze textes sont ainsi adoptés, dont l'instauration de la CSG, la loi créant le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) ou encore la réforme du statut de la Régie Renault. Michel Rocard est également à l'origine d'un des premiers gouvernements d'ouverture : en 1988, les centristes Michel Durafour, Jean-Pierre Soisson ou Lionel Stoléru entrent au gouvernement aux côtés des socialistes et du MRG.

 
51 commentaires - Mort de Michel Rocard : ce qu'il laisse derrière lui
  • M Rocard...
    Un homme tout à fait respectable.
    Une homme de dialogue, certes, mais qui nous a laissés payer beaucoup d'impôts.

  • Rocard c'est aussi, entre autres joyeusetés, celui qui fit remorquer les camions des routiers grévistes avec des chars d'assaut. Mais chchchut. Oublions. Comme disait Georges Brassens : " On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés. Les morts sont tous des braves types "

  • A part des nouveaux impôts, je ne vois rien bien laissé derrière lui.

  • aujourd'hui le RSA coût aux collectivité locale 10 milliards € d'euros et la CSG Rapporte 90 milliards € d'euros de qui se moque t-on je vais être plus attristé par les horreurs des guerres et massacres en out genre ou le décès d'un citoyens qui a oeuvrée pour ses voisins via une association ou autres que par le décès d'une personnes qui a vécus sur les pécules des contribuables si bon orateur fusse -t-il ! pour moi un non événement
    les anciens membres de l'exécutif profitent de certains avantages après leur départ de l'Élysée ou de Matignon. . Mardi,Mediapart le révèle. Valéry Giscard d'Estaing est l'ancien chef de l'État qui coûte le plus cher aux Français (environ 2,5 millions d'euros par an), devant Nicolas Sarkozy (2,2 millions) et Jacques Chirac (1,5 million).

    Près de 35 ans après son départ, le président de la République de 1974 à 1981 occupe toujours des bureaux boulevard Saint-Germain. La location de ceux-ci coûte 276.683 euros par an. Auxquels il faut ajouter 10.571 euros pour les abonnements à la presse, dont Valéry Giscard d'Estaing semble particulièrement friand. Plus surprenant encore, l'État prend en charge les dépenses en carburant de l'ex-président, à hauteur de 5000 euros annuels.

    Les journaux reçus par Nicolas Sarkozy ne sont pas facturés à l'État mais la location de ses bureaux de la rue de Miromesnil coûte 226.290 euros par an aux Français. L'actuel chef de l'opposition profite, pour lui et ses collaborateurs, de 26 lignes téléphoniques prises en charge par les contribuables.
    89.000 euros pour les voitures de Fillon, Balladur et Rocard

    La situation des anciens premiers ministres est tout aussi étonnante. En 2014, Matignon a dépensé 89.000 euros pour renouveler les berlines de François Fillon, Édouard Balladur et MICHEL ROCARD. Tous les anciens chefs du gouvernement ont effectivement le droit à une voiture avec chauffeur. Quand bien même ils ont repris une activité loin de la politique, à l'image de Dominique de Villepin, qui parcourt le monde entier pour le compte de sa très prospère société (18 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014). L'ancien premier ministre a pu compter, la même année, sur du personnel qui lui a été affecté par l'État. Coût de l'opération: 97.000 euros pour Villepin, 102.000 euros pour Alain Juppé, qui brigue en même temps la primaire de la droite et du centre, 89.000 euros pour Jean-Pierre Raffarin, actuel sénateur, 75.000 euros pour le député Jean-Marc Ayrault.

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