Macron se lance dans l'arène européenne

Macron se lance dans l'arène européenne

Emmanuel Macron à l'Elysée, le 19 juin 2017

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AFP, publié le mercredi 21 juin 2017 à 14h37

Fort de sa victoire électorale en France et du soutien d'Angela Merkel, mais handicapé par le départ surprise de ministres clés, Emmanuel Macron se lance dans l'arène européenne pour tenter de relancer l'UE, en commençant par l'Europe de la défense.

Pour son premier Conseil européen, jeudi et vendredi à Bruxelles, le chef de l'Etat plaidera pour un ministre des Finances de la zone euro, une vraie défense européenne, des frontières communes mieux protégées, des armes anti-dumping plus efficaces et la lutte contre le "dumping social" interne en Europe, en durcissant les règles sur les travailleurs détachés. 

Une Europe renforcée mais "qui protège", selon lui le seul rempart aux populismes et au rejet de l'UE.

Convaincu de l'importance de l'axe franco-allemand, Emmanuel Macron a obtenu le soutien d'Angela Merkel : Paris et Berlin présenteront un front uni sur la plupart des grands sujets, avec des contributions communes sur la défense, la politique migratoire, le climat, la lutte anti-terroriste et la protection commerciale. 

Entouré de nouveaux ministres de la Défense et des Affaires européennes, entre autres, Emmanuel Macron voit ses ambitions européennes bénéficier d'un contexte international favorable, avec un président américain hostile au multilatéralisme et un Royaume-Uni, souvent réticent au renforcement de l'alliance, qui se retire.  

La chancelière allemande joue le jeu : elle s'est déclarée prête mardi à discuter des idées du président français de créer un noyau dur de la zone euro.

"La cohésion européenne entre les Etats de la zone euro laisse à désirer", a reconnu la chancelière. Pour y remédier, "on peut très bien imaginer (...) un gouvernement économique" ou "un ministre des Finances commun, si les conditions de base sont remplies", voire un "budget" de la zone euro pour financer des projets de structures. 

Le premier résultat concret du sommet, espère l'Elysée, devrait concerner la défense, avec la création du fonds européen de la défense proposé par la Commission européenne le 7 juin. 

Ce projet doit mobiliser 5,5 milliards d'euros par an pour la défense européenne, avec des scénarios d'intégration militaire renforcée. "La France et l'Allemagne soutiennent activement ces propositions ambitieuses. Nous espérons que le Conseil européen validera ce choix", a indiqué l'Elysée mardi.

- en terrain connu -

En revanche, sur la limitation du travail détaché, promesse de campagne du président Macron, le Conseil européen a repoussé toute décision à l'automne. 

Le sujet divise encore plus depuis que la France a réclamé un durcissement de la réforme et rejeté mi-juin un texte de compromis jugé trop mou, au risque de braquer les pays de l'Est déjà très réticents à l'idée de réformer cette directive datant de 1996.

Emmanuel Macron plaide pour durcir le projet présenté en mars 2016 par la Commission, qui prévoit d'aligner les rémunérations des travailleurs détachés sur ceux de la main-d'oeuvre locale. La directive de 1996 obligeait simplement les employeurs à leur verser le salaire minimum du pays d'arrivée. 

Paris veut en plus lutter davantage contre la fraude et limiter la période de détachement à un an au lieu des 24 mois proposés par la Commission. 

Sur la protection commerciale, la France demandera au Conseil de renforcer les outils antidumping, un sujet qui là encore ne fait pas l'unanimité.

La tâche est ardue pour Emmanuel Macron car ses résultats intérieurs et extérieurs sont liés. La chancelière allemande attend en effet, en retour de son appui, de voir si le président français réussit sa réforme du marché du travail et l'assainissement de ses finances publiques, alors que le déficit public français risque de dépasser cette année la limite européenne des 3% du PIB.

"Emmanuel Macron sera en terrain connu, avec des dirigeants qu'il a pour beaucoup déjà rencontrés. Il existe une attente assez forte de ses partenaires, un vent qui souffle pour lui", a commenté François Heisbourg, président de l'International Institute for Strategic Studies de Londres.

"Mais les choses sérieuses ne commenceront qu'après les élections allemandes (en octobre), surtout sur le projet de Macron de créer un noyau dur de la zone euro, dont la Pologne ne ferait donc pas partie. C'est un problème de base de la future architecture européenne", a-t-il souligné.

 
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