Des scientifiques à la recherche du mode de scrutin idéal

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AFP, publié le samedi 15 avril 2017 à 11h18

Démocratie: des scientifiques testent le "vote par élimination" ou encore le "jugement majoritaire", à la recherche du mode de scrutin idéal

Voter utile, pour le moins pire, ou simplement contre un candidat : voilà à quoi pourraient se résoudre certains électeurs le 23 avril. Pour tenter de gommer ces imperfections du scrutin présidentiel, des chercheurs testent des systèmes de vote alternatifs.

Les Français vont choisir leur futur président par le biais d'un scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Ce qui n'est pas anodin: "En fonction des modes de scrutin, on peut obtenir tout et son contraire", explique à l'AFP Herrade Igersheim, économiste du CNRS à l'Université de Strasbourg.

Aux Etats-Unis, où le président est élu au suffrage indirect par les grands electeurs, les victoire de George W. Bush en 2000 et de Donald Trump en 2016 ont montré le rôle important que joue le mode de scrutin dans une élection: tout deux ont été élus par les grands électeurs en engrangeant moins de voix populaires que leurs adversaires.

Le scrutin utilisé en France pour la présidentielle "ne reflète pas la volonté de l'électorat", pour Michel Balinski, directeur de recherche émérite au CNRS et à l'École polytechnique, qui s'appuie sur des exemples.

Ainsi "en 2002, presque tous les sondages montraient Lionel Jospin gagnant contre Jacques Chirac au second tour", rappelle le mathématicien.

"Plus que d'autres modes de scrutin, celui de la présidentielle tend à ne pas élire le candidat qui vaincrait tous les autres en duel", souligne Herrade Igersheim. 

De plus, ce mode de scrutin incite les électeurs à voter utile, selon ces chercheurs. Il "pousse à faire des calculs complexes afin de donner sa voix au moins mauvais parmi les candidats qui ont une chance", explique Michel Balinski. "C'est le grand drame, on ne demande plus à l'électorat ce qu'il veut, on le force à des calculs basés sur des sondages", ajoute-t-il.   

- Noter, éliminer, approuver -

Autre problème relevé par les scientifiques: les électeurs ne peuvent exprimer qu'un avis alors qu'ils en ont souvent plusieurs.

Selon des expérimentations de scrutin menées par les chercheurs lors d'élections précédentes en France, plus des trois-quarts des personnes expriment un avis sur plusieurs candidats quand on leur laisse le loisir de le faire. Signe que se limiter à choisir un seul bulletin est réducteur, selon ces études.

Mais si les scientifiques sont d'accord sur les faiblesses du vote majoritaire à deux tours, ils ne le sont pas sur un mode de scrutin idéal. Alors ils testent, comparent, étudient.

Le 23 avril, jour du premier tour de la présidentielle, à Strasbourg (Bas-Rhin), Hérouville Saint-Clair (Calvados), Grenoble, Crolles et Allevard-les-Bains (Isère), les électeurs pourront tester quatre modes de scrutin. Ils pourront noter, éliminer successivement, approuver/ne pas approuver ou encore classer chaque candidat. Cette expérimentation est décrite sur le site vote.imag.fr.

Certains de ces systèmes ont déjà été adoptés à l'étranger. "Le vote par élimination successive est utilisé pour l'élection présidentielle en Irlande, pour l'élection des députés en Australie et depuis cette année, pour toutes les élections dans l'Etat du Maine aux États-Unis", selon Sylvain Bouveret de l'Université de Grenoble.

Sur Laprimaire.org et sur Facebook, depuis le 11 avril et jusqu'au 23 avril, Michel Balinski et Rida Laraki invitent les électeurs à tester un système encore différent: "le jugement majoritaire". Les électeurs attribuent à chaque candidat une évaluation sur une échelle allant de "Très Bien" à "A Rejeter". 

"Kenneth Arrow, prix Nobel d'économie, a démontré en 1951 que le scrutin parfait n'existait pas, donc on essaye de trouver celui qui reflète le plus possible la préférence des électeurs", conclut Herrade Igersheim. Tout en gardant à l'esprit qu'en la matière "la neutralité n'existe pas".

 
21 commentaires - Des scientifiques à la recherche du mode de scrutin idéal
  • Et si nous commençions par trouver le moyen d avoir des candidats sans casseroles cela en eliminerait déja pas mal ainsi sur cette élection nous en aurions minimun 2 en moins comme cela nous serions tenté par un nombre plus limité dans le choix

  • Après les politicards il ne nous manquait plus que les scientifiques ! Au secours !

  • Comment les scientifiques vont ... solutionner ... les 500.000 votants supplémentaires ???

  • Et pourquoi pas le vote censitaire, avec possibilité de renoncer à son droit de vote contre une exemption de l'impôt? Et pour les autres, imposition au premier euro.
    Un moyen comme un autre de lier le vote à la citoyenneté, et la citoyenneté au civisme.

  • Des scientifiques testent le "vote par élimination" ou encore le "jugement majoritaire", à la recherche du mode de scrutin idéal,
    Encore de la grande masturbation intellectuelle afin de mieux manipuler les électeurs ... nous voyons le résultat depuis la création de la 5ème république ; des gouvernants qui nous ont entrainés dans le gouffre en faisant croire à chaque élections qu'ils étaient les meilleurs.
    Pour avoir un résultat à la hauteur des nécessités d'un pays comme la France, la première démarche est d'instaurer un QCM pour évaluer le droit de vote ; cela évitera d'être gouverné par un politique qui aura été élu sur la couleur de sa cravate ou de sa coupe de cheveux et qui ne représentera qu'une minorité (voir le résultat du 1er tour)

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