Jean Marie Colombani 19/03/2010 à 12h13

Un sérieux accroc sur la route de Nicolas Sarkozy

Jean Marie Colombani avec slate

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Les élections régionales, telles qu'elles se présentent avant le second tour du dimanche 21 mars, représentent un sérieux accroc pour Nicolas Sarkozy. Parce que c’est précisément l’élection qu’il ne devait pas perdre, et dont il disait lui-même qu’il ne pouvait pas la perdre, puisque en 2004, la droite avait déjà pratiquement tout perdu, toutes les régions sauf la Corse et l’Alsace.

Il faut se souvenir que le schéma de départ de Nicolas Sarkozy pour son quinquennat, c’est trois ans de réformes, un an d’évaluation, de correction, de mise en valeur de ce bilan des réformes, et un an de campagne. Or, au bout des trois ans de réformes, nous y sommes, il aurait dû, selon son calcul, enregistrer une victoire ou en tout cas des progrès aux élections régionales. Tout laisse à penser qu’il n’en sera rien.

Ce n’est pas le seul accroc dans son dispositif. Il y a tout le problème pour lui de la dynamique qui était censée porter, après un premier tour réussi, vers un deuxième tour victorieux. Or la dynamique est à gauche, et c’est le PS qui est en tête. On verra d’ailleurs dans les neuf régions où l’UMP devance le PS comment la situation évolue. Car l’autre calcul qui risque d’être mis à mal, c’est l’idée qu’il puisse récupérer une partie du vote des écologistes - on va voir - et que sa réserve de voix se trouve chez les abstentionnistes. Mais les abstentionnistes, encore faut-il les mobiliser.

Et cette mobilisation s'annonce difficile, notamment parce qu’on a eu une campagne d’entre-deux tours très bizarre. Au départ, c’est presque parti sur un déni de réalité. On a entendu dire qu'au fond il ne s’est rien passé sur le plan national, il n’y a pas eu de message national du scrutin. C’est curieux par rapport à des électeurs qui ont clairement manifesté le contraire. Et de la droite, qu’est-ce qu’on a vu venir? Des attaques contre l’ouverture. Mais ce n’est pas l’ouverture qui a été sanctionnée par les Français, c’est peut-être même l’inverse, à savoir, certaines tentatives de nomination qui ont pu faire écran.

Maintenant, il faut s'attendre de toute façon, une toute autre attitude de la part du Président et de son camp après le deuxième tour. Ce ne sera plus «il ne s’est rien passé», ce sera, «quelle réponse apporter au message adressé par les Français?» Il ne fera pas comme si il ne s’était rien passé. Le grand problème, c’est que c’est un changement de stratégie et de politique qui va être très très difficile à calibrer.

À droite, on dit tout de suite: «surtout, touche pas aux réformes!» Mais c’est un peu absurde parce que, devant nous, il y a une réforme très importante, celle des retraites, qui risque de se charger encore plus de symbolique. Et il s'agit d'une réforme extrêmement difficile, extrêmement technique. Ce qui pose vraiment problème et qui rend la réponse à la défaite électorale si difficile, c’est le fait que Nicolas Sarkozy a été élu sur les réformes, certes, mais surtout sur la culture du résultat. Or, le résultat n’est pas là aujourd’hui. On retrouve là la crise économique mondiale et les effets de cette crise.

Reste à savoir si pour la gauche c'est déjà gagné. Elle a deux bonnes raisons de se réjouir et même d’être euphorique. Il y a d'abord évidemment la victoire et ensuite une sorte de répétition générale de ce qui pourrait se passer avant l’élection présidentielle avec pour la première fois depuis longtemps le fait que la gauche retrouve une coalition. Il y a eu «l’union de la gauche», puis «la gauche plurielle». Il y a aujourd'hui une nouvelle coalition qui se forme avec les

écolos et le Front de gauche; une coalition que Martine Aubry a déjà marquée de son propre sceau en la baptisant «gauche solidaire». C’est une coalition crédible. Elle est crédible au niveau des régions, reste à la rendre crédible, évidemment, au niveau national.

Maintenant, il y a deux raisons de tempérer cette euphorie de la gauche et des socialistes. C'est d’abord une victoire du PS local. On sait que le PS est fort, dans les villes, dans les départements, dans les régions. Mais on sait aussi, qu’il est faible au niveau national. Cette équation-là, pour le moment n’a pas changé. Et puis, surtout, ce qui est devant la gauche, c’est la problématique dangereuse des primaires. Martine Aubry, va se dire en situation pour être la candidate. Ségolène Royal, va vouloir revenir. Le pourra-t-elle? Pour Dominique Strauss-Kahn, ça risque d’être totalement impossible, parce que, compte tenu de l’accord à trois qui existe (avec Laurent Fabius), on le voit mal se présenter contre M. Aubry. Il est contraint de demander à Martine Aubry de lui demander d’être candidat, c’est un cas de figure presque impossible.

Il reste enfin la question des écologistes. La version Cécile Duflot, c’est une candidature au premier tour, on se compte et on réédite un petit peu ce qui vient de se passer aux régionales. La version Daniel Cohn-Bendit c’est de dire: on capte la tactique de Nicolas Sarkozy, de dynamique du premier tour pour gagner au deuxième tour, avec un seul candidat. C’est toutes ces choses-là qui vont devoir être arbitrées et qui vont faire maintenant l’ordinaire de la vie de nos partis.

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