23/04/2010 à 10h11
Le 14 avril au Qinghai, les premiers soldats de l'armée chinoise qui arrivent dans le conté de Yushu ont pour premier réflexe d'écarter les religieux qui fouillent les décombres à la recherche de survivants. Changement d'attitude le lendemain matin. Les ordres sont de travailler en commun : il faut que les télévisions montrent côte à côte les soldats en uniforme vert et les moines lamaïstes en robe rouge brique.
Administrativement, la province du Qinghai n'est pas le Tibet mais elle est majoritairement peuplée de Tibétains. A Pékin, le gouvernement décide que la catastrophe est l'occasion de multiplier les gestes d'unité nationale. L'objectif est double : tourner la page de la dure répression des émeutes tibétaines de 2008 et gommer l'image d'une Chine opprimant la culture tibétaine. Le message s'adresse à la population chinoise et au reste du monde.
La mécanique politique et médiatique chinoise se met alors en route. Les télévisions montrent le dévouement de sauveteurs venus de tout le pays et qui souffrent du mal des montagnes. Le Premier ministre Wen Jiabao se rend sur place. Connu pour la sincérité avec laquelle il sait exprimer sa compassion, il déclare en arrivant :" la priorité est de sauver des vies ».
Cette phrase devient un mot d'ordre. Les médias officiels soulignent que " le gouvernement chinois traite l'homme comme une fin en soi ». A Yushu, le Président Hu Jintao prend la suite du Premier ministre pour consoler des survivants et promettre que les villages détruits seront reconstruits. Le 20 avril, alors que plus de 2000 morts sont dénombrés, cinq chaines de télévisions diffusent un téléthon. Des artistes se produisent dans un décor où la date 14/ 4 s'inscrit en grand à l'intérieur d'un cœur brisé. Deux milliards de yuans sont récoltés (220 millions d'euros). Le 21 avril est jour de deuil national avec minute de silence dans tout le pays, drapeaux en berne, suppression de tous les divertissements publics, journaux et sites internet chinois exclusivement en noir et gris.
Dans un communiqué, le Comité Central indique qu'il éprouve un sentiment de " solidarité profonde et de sollicitude affectueuse à l'égard de la population sinistrée de Yushu ». La Quotidien du Peuple explique que trois grands fleuves qui irriguent la Chine (Fleuve jaune, Yangzi et Lancangjiang) prennent leur source au Qinghai : " depuis des générations, ces sources ont été protégées par les populations locales. C'est pourquoi il est de notre devoir sacré de nous préoccuper de la vie et de la sécurité de nos frères et sœurs tibétains ».
La limite à ces proclamations d'affections apparait quand, de son exil en Inde, le dalaï-lama (qui est né au Qinghai) fait savoir qu'il souhaite aller à Yushu " pour réconforter les populations ». Il salue les efforts humanitaires des autorités chinoises et en particulier du Premier ministre Wen Jiabao. Cet hommage personnalisé est intentionnel : Wen Jiabao était politiquement proche dans les années 80 de Hu Yaobang, un dirigeant qui prônait le dialogue avec les Tibétains. Le dalaï-lama incite implicitement l'actuel Premier ministre à se référer à ce courant modéré qui a existé dans le Parti Communiste.
Aujourd'hui, Pékin donnerait toute sa crédibilité à son effort de bonne entente avec les chinois tibétains en autorisant la venue du dalaï-lama. Mais personne dans les hautes instances du pouvoir n'a l'autorité suffisante pour imposer ce geste symbolique. Au Qinghai, l'influence religieuse du dalaï-lama est considérable. Les dirigeants chinois attendent collectivement de leurs attentions actuelles qu'elles renforcent l'acceptation du communisme par les Tibétains.
Le 20 avril, des journalistes occidentaux demandent à Madame Jiang Yu, l'une des porte-parole du Ministère des Affaires étrangères, ce qu'il en est de la demande du leader spirituel tibétain. Elle n'a pas d'autre directive que de changer de sujet et d'insister sur l'efficacité de l'organisation des secours.
Car depuis le tremblement de terre qui a fait 87.000 morts au Sichuan en mai 2008, le gouvernement chinois a amélioré sa gestion des catastrophes naturelles. A Yushu, dans des conditions climatiques difficiles, l'acheminement de près de 15.000 secouristes civils et militaires, l'installation de tentes matelassées ou la répartition des blessés dans les hôpitaux de l'Ouest de la Chine ont obéi aux plans établis par le Ministère des Affaires civiles. Seule la répartition de la nourriture continue de provoquer des désordres.
Huit jours après le tremblement de terre, les corps des victimes ont été brûlés au cours de cérémonies bouddhistes. Puis les moines venus des environs ont été sommés de rentrer dans leurs monastères. A Jiegu, tout près de l'épicentre du séisme, des experts géologues et urbanistes étudient les possibilités de rebâtir les maisons effondrées ou de construire une ville nouvelle répondant aux normes antisismiques. Le projet est de faire de cette bourgade un " centre écologique et touristique ».