16/02/2012 à 18h04
Nicolas Sarkozy est candidat à sa succession. Levant le voile mercredi 15 février sur une décision qui n'a surpris personne, le président sortant s'est bien gardé de présenter un programme, gardant pour ses prochains meetings la présentation de ses axes de campagne, notamment sur le plan économique.
Le seul dossier sur lequel il a livré quelques commentaires est celui de la formation professionnelle, en lui donnant un éclairage proche de celui de Laurent Wauquiez à propos de l'assistanat. Ce dernier avait déclenché une polémique en le qualifiant de "cancer de la société". Le candidat Sarkozy s'est abstenu de tout qualificatif. Il a précisé que "l'assistanat n'a pas sa place " dans notre société, la solidarité devant fonctionner pour "ceux qui ne peuvent pas travailler", la formation devant être la règle pour ceux qui le peuvent et qui sont en situation de recherche d'emploi.
Sans rien dire toutefois sur une réforme de la formation pour les 2,9 millions de chômeurs (en hausse de 5,6% en 2011) inscrits à Pôle Emploi, après des décennies durant lesquelles tous les gouvernements ont échoué à améliorer le système de réinsertion sur le marché du travail.
TVA impopulaire
Pour le reste des dossiers économiques, le candidat a implicitement renvoyé aux dernières dispositions prises par le président.
D'abord, le projet de "TVA sociale ", avec l'augmentation de 1,6 point de TVA, porté par le gouvernement et rejeté à la Commission des finances de l'Assemblée nationale en raison de la défection de députés de la majorité lors de son examen. La mesure combattue par la gauche est impopulaire, les parlementaires UMP renâclent. Cela n'a pas empêché son adoption en séance par les députés mercredi, le jour même où Nicolas Sarkozy a annoncé sa candidature. Le texte adopté prévoit une entrée en vigueur de cette hausse de TVA le 1er octobre 2012.
Ensuite, les accords compétitivité-emploi destinés à remettre en question le symbole politique des 35 heures et à contourner le contrat de travail, figurent au menu des prochaines discussions des partenaires sociaux. En cas d'échec, le gouvernement a déjà prévenu qu'un texte serait soumis au Parlement pour fixer des dispositions transitoires comme le prévoit la loi.
Taxe sur les transactions dévoyée
L'adoption par les députés d'une taxe sur les transactions financières, également mercredi, n'a pas posé de problème. La gauche était sur la même ligne : le socialiste Henri Emmanuelli rappelle sur son blog que l'Assemblée nationale en avait déjà adopté le principe... en 2001. Le président Sarkozy peut la mettre à l'actif de son bilan pour que le candidat puisse s'en prévaloir ... sauf que le principe initial en a été largement dévoyé, au nom de la compétitivité de la place financière parisienne.
Initialement prévue pour aider les pays les plus pauvres, dans l'esprit même que Nicolas Sarkozy avait défendu lorsqu'il l'avait inscrite au programme du G20, cette taxe vise maintenant un tout autre objectif. Limitée à 0,1% et ne s'appliquant qu'à certaines transactions concernant les grosses sociétés du CAC40, elle ne devrait pas rapporter plus de 1,1milliard d'euros.
A ce titre, elle s'apparente plus à l'ancien "impôt de bourse " qui a existé en France jusqu'en 2008, et qui générait un produit de 260 millions d'euros. Bien moins, de toute façon, que les taxes de même nature qui existent déjà sur d'autres places boursières, notamment à Londres où un droit de timbre cinq fois plus élevé rapporte 3 milliards de livres par an. Apparemment, les Britanniques ne craignent pas, eux, une désertion des banquiers d'affaires.
Mais surtout, plus personne n'évoque la destination du produit de cette taxe, qui pourrait bien se trouver détourné pour alléger la dette de la France au détriment de l'aide aux pays pauvres qui reste inférieure aux promesses des membres de l'OCDE.
Autant de sujets qui reviendront dans la campagne parmi d'autres dossiers économiques. Le président a choisi les cartes du candidat Sarkozy, qui va maintenant s'en saisir.
Slate.fr