05/03/2010 à 10h11
Le moral des Français retombe. L'indice de confiance calculé chaque mois par l'Insee a rechuté en février, retrouvant ainsi son niveau le plus bas depuis octobre dernier. Nos concitoyens se sont montrés particulièrement négatifs sur l'évolution passée de leur niveau de vie et de leur situation financière personnelle. Assez curieusement, leurs réponses à cette enquête ont révélé une inquiétude légèrement moins forte face à l'évolution du chômage. Peut-être ont-ils été influencés par les chiffres publiés pour le mois de décembre, qui avaient fait état d'un recul de 18.700 du nombre des demandeurs d'emploi au sens le plus strict (catégorie A).
C'était une erreur. Le chiffre de décembre a été corrigé, avec ceux de l'ensemble de l'année 2009: il n'y a pas eu de baisse au cours de ce mois, mais une légère hausse (700). Et, surtout, le chiffre de janvier fait apparaître une remontée plus franche du nombre des demandeurs d'emplois (19.500). Certains parlent de mauvaise surprise. Ne sont surpris que ceux qui veulent bien l'être : tous les économistes, y compris ceux qui sont proches du gouvernement, s'attendaient à un mauvais début d'année. C'était le chiffre positif de décembre qui, au contraire, paraissait étonnant.
D'ailleurs, il faudrait peut-être songer à revoir notre langage. Quand on parle de la confiance ou du moral des ménages, on fait référence à des notions très subjectives. Quand les Français disent que leur situation financière se dégrade, faut-il dire qu'ils font preuve de pessimisme ? Peut-être simplement ne font-ils qu'exprimer un constat. On en a une confirmation avec l'évolution de leurs dépenses en produits manufacturés : celles-ci ont reculé de 2,7 % en janvier, notamment du fait de la chute des ventes d'automobiles neuves ? Est-ce faire preuve de pessimisme que de constater que la prime à la casse a diminué et d'en tirer les conséquences ? L'évolution des indices dits de confiance ne fait souvent que refléter des changements tout à fait objectifs.
L'économie mondiale a subi en 2008 et 2009 le choc le plus violent enregistré depuis la Seconde guerre mondiale. Selon les estimations de l'OMC, le commerce mondial s'est contracté de 12 % en volume l'an passé. Aucun des responsables économiques en poste dans le monde aujourd'hui n'avait été confronté à un tel événement au cours de sa carrière. Peut-on imaginer que les effets de ce choc sont déjà effacés ou vont l'être dans les prochains mois ? Objectivement, les seuls soutiens de la croissance actuellement sont les dépenses publiques et les importations en provenance des pays émergents qui ont le moins souffert de la crise. Or les plans de relance arrivent progressivement en bout de course et il n'est pas encore tout à fait certain que la croissance puisse se passer des béquilles budgétaires dans beaucoup de pays.
Les Français ne sont pas seuls à s'interroger. En Europe, l'indicateur du sentiment économique, calculé par la Commission, s'est stabilisé en février après dix mois de hausse et, en ce qui concerne plus spécifiquement la confiance des consommateurs, la rechute est nette dans la zone euro. Les dernières enquêtes menées par l'institut Markit auprès des détaillants font état de performances très médiocres ce mois-ci en France, mais aussi en Allemagne, où la consommation est continuellement restée médiocre, et en Italie, où elle avait repris un peu de vigueur ; on retrouve là, comme en France, l'impact du reflux des ventes dans le secteur automobile. Les enquêtes menées par l'institut allemand Ifo sont à double face : doutes sur l'évolution de la demande interne, confiance dans les exportations.
Faut-il voir là les effets d'un manque de confiance des Européens, et particulièrement des Français, dans leur avenir ? Remarquons que l'économie américaine, après avoir nettement rebondi au quatrième trimestre 2009, est aussi à la recherche de nouveaux moteurs de croissance. La confiance des ménages, selon le Conference Board, est retombée à son niveau d'avril 2009 et le président de la Réserve fédérale, devant le Congrès, a clairement indiqué qu'il attendait, avant de décider de relever les taux directeurs, de voir si une croissance autoentretenue se mettait en place au moment où le soutien du plan de relance budgétaire allait diminuer. Si la reprise des embauches dans le secteur du travail temporaire laisse espérer une amélioration prochaine de l'emploi, la situation est toujours difficile dans l'immobilier commercial et suscite des inquiétudes dans l'immobilier résidentiel : les ventes de logements neufs ont encore reculé en janvier et se trouvent à leur plus bas niveau depuis 1963. Après avoir atteint un record de 2,8 millions en 2009, les saisies de maisons impayées restent nombreuses. La remontée des prix immobiliers marque une pause et près de 16 millions de propriétaires ont à rembourser des prêts dont le montant excède la valeur actuelle de leur logement.
Dans ce contexte, il n'est guère étonnant que, de part et d'autre de l'Atlantique, les ménages interrogés ne fassent pas preuve d'un optimisme débordant. Mais des sondages médiocres et des statistiques mensuelles décevantes ne doivent pas conduire à renforcer la crédibilité des discours catastrophistes. Pour l'instant, il n'y a pas de surprise, ni bonne ni mauvaise. On pouvait s'attendre à une sortie de crise laborieuse ; cela se confirme.