23/10/2009 à 15h57
«Les Iraniens sont plus sophistiqués que nous n’étions habitués à le penser»: ce jugement émane du vice ministre israélien de la Défense et fait suite aux révélations évoquant des discussions entre officiels israéliens et iraniens autour de la question nucléaire. A dire vrai, ces discussions ont eu lieu au Caire sous l’égide de l’AIEA et se sont déroulées dans un cadre collectif non significatif. Mais l’important est en effet qu’elles aient eu lieu. Elles viennent en effet à point nommé renforcer une phase apparemment plus raisonnable et de négociations entre l’Iran et la communauté internationale.
En question: l’avancée de l’équipement de l’Iran en centrifugeuses et l’augmentation progressive des quantités produites d’uranium faiblement enrichi. Avec toujours le même face à face : d’un côté un Iran qui invoque des objectifs strictement civils de son programme nucléaire; de l’autre les Etats-Unis et l’Europe qui nourrissent de forts soupçons de la poursuite d’un programme nucléaire à des fins militaires. Et l’Iran est passé maître dans l’art de souffler le chaud et le froid. Dans les jours précédents cette phase de négociations en effet, les militaires iraniens avaient expérimenté des tirs de missiles dont la vocation évidente est de transporter des bombes nucléaires et dont le rayon d’action couvre de l’Arabie Saoudite jusqu’au sud de l’Europe.
Puis se sont ouverts, sous l’égide de l’AIEA, des discussions. Celles-ci ont bien avancé et ont permis de mettre au point un compromis acceptable: l’essentiel de l’uranium faiblement enrichi par l’Iran serait acheminé en Russie pour y être enrichi puis passerait par la France, avant de faire retour vers les futures centrales nucléaires iraniennes. Ce compromis, très technique et qui, politiquement, a l’immense mérite d’associer la Russie aux autres pays qui font pression sur l’Iran, serait de nature à garantir que cet uranium enrichi est bien à destination d’un programme civil.
Mais, et c’est là toute la question, s’agit-il d’une véritable avancée? Ou plus classiquement d’un nouvel épisode de la marche de l’Iran vers son armement nucléaire, facilité par des manœuvres intelligentes en effet qui permettent à Téhéran chaque fois de gagner du temps et donc de progresser vers son objectif militaire. En tous cas, une fois de plus la question est posée puisque, à peine 24 heures après l’annonce de ce compromis négocié par des diplomates, la première réaction d’un officiel proche du président iranien a été d’indiquer que l’Iran n’acceptait pas de voir son uranium retraité hors de ses frontières. Si d’autres voix s’exprimaient dans ce sens, on serait alors dans le cas d’une figure classique d’une manœuvre consistant à prendre à témoin l’opinion internationale de la bonne volonté de Téhéran, alors qu’il n’en est rien. Une précision technique est à ce stade nécessaire: l’uranium enrichi, lorsqu’il est utilisé à des fins civiles, nécessite une technologie que les Iraniens n’ont pas. Et qu’ils ne cherchent pas davantage à acquérir. Seuls, ceux qui le veulent bien sont donc conduits à prendre au pied de la lettre les proclamations pacifiques de Téhéran.
Il s’agit là, sur le plan international, de la question la plus grave et qui peut, si elle cessait d’être maîtrisée rapidement, dégénérer en conflit ouvert. Sont en première ligne: Israël bien sûr, puisque le président Ahmadinejad a toujours inscrit dans ses propos comme dans ses programmes une lutte à mort contre Israël; mais il faut aussi tenir compte des pays de la région qui se sentiraient directement menacés par un Iran nucléaire, notamment les pays du Golfe à dominante sunnite et qui ne veulent pas d’un leadership shiite iranien.
Au-delà, en deuxième rideau en quelque sorte, se trouvent les Etats-Unis et l’Europe, qui craignent qu’un équipement nucléaire militaire iranien ne donne le signal d’une prolifération que la communauté internationale, à travers l’ONU, a toujours cherché à éviter. Sont aux portes du nucléaire militaire: le Pakistan et l’Inde qui sont toujours en situation de conflit larvé, Israël, mais aussi l’Egypte, l’Algérie ou la Turquie. Cette question ne pourra être résolue, c’est-à-dire le programme militaire différé, que si la communauté internationale pèse de tout son poids. Il faut entendre par là les Etats-Unis et l’Europe mais aussi la Russie et la Chine. Une Russie qui est plus qu’ambiguë, puisqu’une part d’uranium, quand ce ne sont pas les missiles iraniens, vient de Russie alors qu’en même temps celle-ci, à travers la situation de diverses républiques d’Asie centrale, se trouverait directement menacée par un shiisme iranien conquérant.
Pour le moment, la dite communauté internationale en reste aux grandes lignes de l’accord technique passé, qui impliquerait le retraitement de l’uranium faiblement enrichi par la Russie et par la France. Elle attend donc le verdict du président Ahmadinejad et du guide suprême Khameney. A l’évidence la partie de cache-cache ne fait que commencer.