Jean Marie Colombani 11/09/2009 à 12h08

Obama à la reconquête

Jean Marie Colombani avec slate

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Prononcé mercredi 9 septembre devant le congrès des Etats-Unis, le discours de Barack Obama, salué par la plupart des observateurs comme un monument d'art politique et lyrique, poursuivait trois objectifs. En premier lieu, déminer un terrain que ses adversaires républicains avaient rendu particulièrement difficile, et donc tenter de prendre l'opinion à témoin que les mesures concrètes sont à des années lumière des caricatures qui sont présentées. En second lieu, convaincre le Congrès lui-même, à commencer par une majorité des sénateurs, de voter un projet qui fait figure d'emblème de cette présidence naissante; et donc de recréer un rapport de forces en sa faveur, qui paraissait de moins en moins évident. En troisième lieu, tenter d'enrayer le mouvement à la baisse d'une opinion américaine sensible aux arguments de ses adversaires et repasser, autant qu'il est possible, plus largement qu'il ne l'est aujourd'hui, au-dessus de la barre fatidique des 50% de confiance.

Pour balayer les caricatures, et même s'il a été interrompu - événement tout à fait inhabituel - par un représentant républicain qui lui a lancé "menteur"!- Barack Obama a dit et répété que, pour les Américains qui s'estiment satisfaits de leur assurance privée, rien ne changerait. Il a donc rappelé que son projet vise essentiellement à créer une "option publique" pour qui n'est pas assuré (ils sont 46 millions d'Américains à n'avoir aucune couverture médicale ni sociale). Il a rappelé l'exemple de quelques-unes des victimes d'un système d'assurance privée impitoyable et il a évoqué une possible surtaxation que certaines compagnies font sur les maladies les plus graves. Surtaxations dont il prévoit qu'elles devraient rapporter 100 milliards de dollars. On comprend mieux - sans évidemment l'excuser - le tir de barrage organisé par les lobbies de certaines de ces compagnies.

S'agissant du Congrès, Barack Obama a lu une lettre de Ted Kennedy, qui tenait par dessus tout à voir ce projet adopté. Ce fut d'ailleurs le moment le plus fort et le plus émouvant de son discours. Mais dans ce domaine, les avis sont partagés. Certains considèrent en effet d'une part, que les démocrates eux-mêmes ne sont pas tous favorables à l'existence d'un système d'assurance maladie publique et d'autre part, que dans les rangs du Congrès nombreux sont ceux qui voudraient le priver d'un trop grand ascendant.

Une chose est en effet de gagner l'élection. Une autre est d'obtenir les compromis nécessaires au Congrès. Et certains voient déjà, à moins qu'ils n'en rêvent, se profiler l'ombre de la présidence de Jimmy Carter, qui fut marquée par une trop faible autorité vis à vis du Congrès. A l'inverse, d'autres analystes américains considèrent qu'il existe déjà dans les rangs démocrates un assez large consensus autour d'un projet amendé.

Il va de soi, qu'en terme d'opinion, le plus tôt un tel projet serait voté, le mieux il en irait pour le jeune président américain. Celui-ci a donc ciblé dans son discours ceux des électeurs indépendants qui ne se reconnaissent ni dans les républicains ni dans les démocrates, et qui s'inquiètent d'une réforme du système de santé. Il a pris le plus grand soin à expliciter dans le détail les conséquences concrètes que cette réforme pourrait avoir sur une partie de la population. "Tout est une question de clarté", a-t-il insisté. Et il a annoncé un chiffre (900 milliards de dollars sur 10 ans) et un dispositif de nature à faire que, au final, le déficit public ne soit pas aggravé par la mise en place d'une couverture maladie pour ceux qui en ont cruellement besoin.

Il reste que, aux yeux des Européens, ce débat est surréaliste, mais il exprime parfaitement l'un des aspects du fossé qui sépare l'Europe des Etats-Unis. Quiconque pourrait, qu'il soit de droite ou de gauche, sur le territoire de l'Union européenne, contester une couverture maladie qui soit nécessaire pour tout le monde? C'est là un des acquis essentiels qui a accompagné la période de la reconstruction après la seconde guerre mondiale. Comment peut-on accepter en effet un système où l'on est couvert, et d'autant mieux couvert, que l'on est riche et puissant? Au moment où l'Amérique commémore le 8ème anniversaire du 11 septembre et l'attentat contre les tours jumelles de New York, au moment donc où l'on voit de nouveau défiler à la télévision les figures des "héros" de cet événement, pompiers ou policiers, qui sont aujourd'hui atteints de cancers gravissimes, séquelles de leur exposition prolongée aux fumées toxiques qui ont accompagné la chute des tours. Que disent donc certains de ces "héros"? Il est inutile de les promener en public ou de leur rendre hommage quand il n'existe aucun système pour leur garantir des soins adéquats? Cette partie-là de leurs discours est évidemment la moins entendue par un pays dont l'individualisme génère des situations qui prévalent d'ordinaire dans des pays que l'on dit sous développpés. C'est pourquoi le discours et les projets de Barack Obama passent si bien en Europe. Un sondage récent, effectué sur tout le territoire de l'Union européenne, montre que Obama est soutenu à 77% par les Européens, là où il n'obtient aux Etats-Unis qu'un taux d'approbation variant de 50 à 57%. Tout est dit.

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