11/03/2011 à 18h11
Alerte sur l'Europe ! Ce n'est pas nouveau, objectera-t-on, mais cette fois, c'est sérieux. Car les éléments annonciateurs d'un désastre européen se mettent en place. Inexorablement ?
Le premier mauvais signal avait été donné par les Irlandais. Non pas parce qu'ils avaient préféré tel parti plutôt que tel autre, mais parce qu'ils ont sanctionné un gouvernement à qui l'on reprochait d'avoir accepté les conditions émises par l'Union européenne au sauvetage de l'Irlande.
Le deuxième très mauvais signal est intervenu ces derniers jours avec la dépréciation par les agences de notation de la note de la Grèce. Ainsi, selon ces célèbres agences de notation – dont on nous avait pourtant promis qu'elles seraient mieux contrôlées et moins irresponsables - la Grèce est une zone de risques aussi élevée que... l'Egypte ! Puis est venue la baisse de la note de l'Espagne. Et on attend bien sûr la baisse suivante...
Impunité anglo-américaine
Peu importe que l'endettement de l'Union européenne elle-même soit dérisoire par rapport à celui, extravagant, que viennent d'afficher les Etats-Unis. Sans parler du déficit de la Grande-Bretagne. Mais Etats-Unis et Grande-Bretagne semblent couvertes par une sorte d'impunité de la part des marchés qui se sont donné pour cibles l'euro et la zone euro.
Chacun sait que les dettes des pays européens sont le problème majeur de l'Europe et devront être résorbées. L'économiste américain, Nouriel Roubini, qui avait le premier annoncé la crise financière de 2008, recommande d'ailleurs de restructurer la dette des pays les plus fragiles, notamment l'Irlande, la Grèce et le Portugal, de façon à écarter définitivement la pression des marchés.
Mais celle-ci serait moins grave si l'Europe présentait un front uni.
Et c'est là qu'intervient le troisième mauvais signal : la situation et l'attitude de l'Allemagne. En Allemagne, a resurgi dans l'opinion, et surtout au sein du patronat, l'idée que ce pays n'a pas à s'embarrasser du sort de la Grèce ou du Portugal, coupables à ses yeux d'avoir enfreint les règles de bonne gestion. On a vu non seulement la Fédération patronale, mais aussi la Chambre de commerce et d'industrie, la Fédération des industries et la Fédération de l'artisanat se grouper pour demander une lecture maximaliste du " pacte de compétitivité " que l'Allemagne et la France veulent obtenir de leurs partenaires de la zone euro. Pacte rebaptisé " pacte pour l'euro " et qui comporte des exigences de politique économique et sociale qui semblent peu adaptées à la situation des plus petits pays de la zone euro.
L'intransigeance allemande
Si ce n'était que cela, on pourrait se rassurer en constatant qu'il s'agit finalement de progresser sur la voie d'un fédéralisme budgétaire qui fait défaut à la zone euro depuis l'origine. Mais il ne faut pas se leurrer. Derrière cet affichage, les patrons allemands, soutenus par une part non négligeable de l'opinion, refusent tous simplement que l'Allemagne paie les dettes des autres et voudraient freiner toute évolution qui tendrait à consolider les mécanismes d'aides aux pays en difficulté, qui ont été mis en place. Ils demandent qu'on ne renforce pas le front de sauvetage et qu'on interdise les interventions communes pour racheter les dettes des pays en difficulté.
Angela Merkel est évidemment très sensible à ces pressions qui sont relayées, au sein de sa coalition gouvernementale, par les libéraux, mais aussi par le parti dominant, la CDU. Dans un contexte de fort recul électoral de ce dernier, marqué notamment par la déroute subie à Hambourg et à l'approche de nouveaux scrutins régionaux qui ne se présentent pas bien. La difficulté est que l'Europe ne puisse continuer d'avancer en souscrivant à toutes les conditions imposées par le sauvetage des Conservateurs en Allemagne.
A Athènes récemment, s'est tenue une réunion des partis socialistes et sociaux-démocrates d'Europe, d'où il est ressorti une grande attention aux déficits et à la rigueur qu'ils imposent. Mais aussi une inflexion en faveur de la recherche d'une plus grande croissance qui peut nous laisser espérer que la gauche serait mieux à même de résister aux pressions nationalistes qui, dans nos pays, ont le vent en poupe.
A l'inverse, Angela Merkel est encouragée dans son intransigeance, de l'autre côté de la Manche, par des Conservateurs qui agitent la menace d'un retrait de l'Union européenne de la part de la Grande-Bretagne, si la zone euro venait à se structurer davantage et à intervenir plus encore en faveur des pays les plus endettés. On le voit, il sera difficile de sortir de ce qui ressemble de plus en plus à une impasse.