27/07/2010 à 11h55
Wolfgang Schauble, le ministre allemand des finances, a participé, le 21 juillet dernier, au Conseil des ministres réuni à l'Elysée. Avant lui, Christine Lagarde, ministre française de l'économie, avait participé, au mois de mars à Berlin, au Conseil des ministres allemand. En septembre, à son tour, Bruno Lemaire, ministre français de l'agriculture, participera au débat du gouvernement allemand.
A l'ordre du jour, les propositions que les deux pays vont soumettre à la présidence européenne pour plus de coordination et de surveillance des politiques économiques et budgétaires des pays membres de l'Union. Cet enjeu-là est évidemment essentiel. Il en recouvre un autre, purement bilatéral.
Sur le plan bilatéral, cet échange de bons procédés du ministre en charge, participant successivement à chacun des conseils des ministres, est à l'image de la relation franco-allemande : une volonté persistante d'œuvrer en commun ; mais c'est la version minimale qui l'emporte le plus souvent.
La proposition initiale consistait à nommer un membre du gouvernement qui soit à la fois ministre français et participant au Conseil des ministres allemand sur les questions européennes, et réciproquement. Cela faisait partie d'un catalogue d'initiatives destinées à relancer la coopération entre les deux pays. On en a donc gardé une version " soft ". Pourtant, au plus haut niveau, les relations sont devenues bonnes. " On a dû apprendre à se connaître ", avait concédé Nicolas Sarkozy, parlant de la chancelière allemande, lors de sa récente intervention télévisée.
Désormais, chaque grande réunion internationale, telle que celle du G20 par exemple, est précédée d'un accord entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, ce qui leur permet de parler d'une seule voix.
Mais derrière, aussi bien du côté des partis politiques que de la société civile, tout se passe comme s'il n'y avait plus vraiment d'appétit réciproque. Côté français, on explique : " Que voulez-vous, l'Allemagne a changé ; elle est devenue un pays comme un autre ". Et l'on a tendance à imputer à ce néo-nationalisme allemand ce que l'on dénonce comme un manque de solidarité. Ainsi des atermoiements allemands dans la mise au point du dispositif destiné à aider la Grèce. Mais on oublie de dire que, côté français, l'alibi allemand est commode et masque la permanence de réflexes plus souverainistes plus répandus qu'on ne l'admet.
Et pourtant, les choses avancent. Ainsi, Paris et Berlin s'accordent sur l'idée d'une surveillance " plus précoce " des budgets de chacun des pays membres, ainsi que sur une meilleure coordination entre niveaux national et européen. En revanche, la France reste réticente à l'idée de suspendre leurs droits aux pays de la zone euro qui ne respecteraient pas le pacte de stabilité. Pacte qu'il s'agit de durcir et de rendre plus contraignant. L'Allemagne voudrait en outre mettre en place un mécanisme durable en cas de faillite d'un état de la zone euro, une sorte de procédure pour une " faillite d'Etat ordonnée ".
Les deux pays veulent également proposer aux 27 une procédure de surveillance plus efficace : il est prévu un calendrier d'échanges entre les états membres et les instances européennes, avant l'élaboration des budgets. De même est-il prévu la communication, à la Commission européenne, des grandes lignes budgétaires de l'année à venir, avant le dépôt des budgets devant les parlements nationaux. Il suffit de se souvenir des protestations diverses et variées que cette idée avait suscitées dans les rangs du Parlement français pour avoir confirmation que, bien souvent, l'invocation de la lenteur ou du nationalisme allemand fonctionne comme un alibi.
Mais l'essentiel de l'accord politique entre les deux pays tient peut-être surtout au ralliement de la France à une politique de réduction des déficits. Chacun des deux pays s'est engagé à faire un effort, pour l'Allemagne de l'ordre de 80 milliards d'euros et pour la France de 100 milliards d'euros. A ce stade, les deux capitales ne retiennent pas l'argument du risque que de telles contractions dans les dépenses publiques pourraient produire sur les efforts de relance, ne serait-ce que parce que ces plans ne commenceront de s'appliquer qu'à partir de la fin 2011. A hauteur simplement d'une dizaine de milliards d'euros pour l'Allemagne, tandis qu'en France, entre temps, interviendra la mise en place de l'emprunt dont les 35 milliards viendront alimenter principalement l'enseignement supérieur et la recherche, mais aussi les filières industrielles et le numérique. Nicolas Sarkozy a également saisi l'occasion de la venue de Wolfgang Schäuble - qui est au sein du gouvernement allemand le seul survivant de la grande époque européenne Kohl-Mitterrand-Delors, et qui n'a cessé lui-même d'inciter l'Allemagne à être plus européenne - pour évoquer l'idée d'une harmonisation des fiscalités française et allemande. Si le poids du prélèvement global (49 % pour l'Allemagne, 52 % pour la France) est comparable, ce serait pour le coup une révolution, au nom de la restauration de la compétitivité française.