03/08/2012 à 10h24
L’être humain n’est pas le seul à vouloir la peau des bébé-phoques. Les virus de la grippe aviaire peuvent également, de ce point de vue, être à l’origine d’une nouvelle menace pour la biodiversité. Telle est l’information que vient de révéler le site de la revue mBIO, organe de la Société américaine de microbiologie. Dirigé par W.I. Lipkin (Centre des maladies infectieuses et immunitaires de la Columbia University), un groupe de chercheurs de différentes institutions américaines annonce avoir identifié la cause de la mortalité élevée observée depuis plusieurs mois chez les bébés-phoques de la Nouvelle Angleterre.
Il s’agit d’un virus grippal de type aviaire qui a trouvé les moyens de se propager depuis les oiseaux jusqu’à ces mammifères qu’il infecte et décime depuis la fin 2011. Ces bébés phoques meurent d’une infection virale entraînant une pneumonie massive.
Spécialistes de la faune marine, les chercheurs américains ont commencé à s’inquiéter lorsqu’ils ont recensé des phoques sauvages atteints de pneumonie sévère associée à des lésions cutanées le long du littoral du sud du Maine. Les animaux malades plupart étaient pour la plupart des phoques nourrissons âgés de moins de six mois. Entre septembre et décembre 2011, ils ont identifié 162 phoques morts.
Des analyses effectuées sur des échantillons prélevés sur les victimes ont permis d’identifier des fragments d’information génétique: il s’agissait de séquences identifiant un virus A(H3N8) de la grippe aviaire. Cet agent pathogène est connu pour être présent depuis 2002 dans des populations nord-américaines d’oiseaux aquatiques. Après séquençage complet de son génome, les chercheurs ont observé des mutations expliquant de quelle manière il est parvenu à franchir la barrière d’espèce et à coloniser des mammifères. Ce nouveau virus a d’ores et déjà un nom: A/harbor seal/Massachusetts/1/2011 virus
Depuis 2002, le virus initial aurait ainsi acquis la capacité de lier à certains récepteurs moléculaires (le récepteur de l'acide sialique) qui sont présents dans le tractus respiratoire des mammifères. Il peut désormais pénétrer au sein de ce dernier, s’y multiplier et détruire de ce fait un nombre considérable de cellules; au point de tuer son hôte. Au vu de ces éléments et compte-tenu du récent épisode de la pandémie grippale elle-aussi causée par un virus animal voisin ayant muté, les chercheurs insistent pour que l’on renforce la surveillance épidémiologique des populations animales.
Ils font remarquer que toutes les maladies infectieuses récentes ont été causées par des virus (West Nile virus, virus Nipah, VIH et le virus du Sras) qui ont émergé à partir de populations animales. De ce fait, toute apparition de maladie chez l’animal, au-delà d’être une menace pour la faune, doit également être considérée comme un danger potentiel pour l’espèce humaine.