Jean Yves Nau 19/06/2009 à 12h50

Le procès Courjault ne fut pas celui du deni de grossesse

Jean Yves Nau avec slate

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Véronique Courjault a été condamnée à huit ans de prison.

La cour d'assises d'Indre-et-Loire a condamné, jeudi 18 juin, à huit ans de prison Véronique Courjault, une femme de 41 ans mère de deux enfants jugée pour avoir tué quelques minutes après à la naissance trois de ses enfants. L'avocat général avait requis la veille dix ans de prison expliquant qu'il ne fallait ni "diaboliser" cette femme ni, pour autant "en faire une icône".

L'accusée, poursuivie pour "avoir à trois reprises donné la mort avec préméditation", encourait la réclusion criminelle à perpétuité. Elle est emprisonnée à la maison d'arrêt d'Orléans depuis octobre 2006. Véronique Courjault reconnaît avoir tué à leur naissance - en les étouffant - trois enfants mis au monde en secret: l'un en France en 1999, deux en octobre 2002 et décembre 2003 à Séoul en Corée du sud, où son mari ingénieur travaillait comme ingénieur expatrié.

C'est la découverte par le mari durant l'été 2006 des deux cadavres conservés dans un congélateur, qui avait lancé cette affaire spectaculaire et hors du commun. Une affaire qui a notamment permis d'ouvrir le débat, à l'échelon national, sur le phénomène hautement paradoxal dit du "déni de grossesse" qui voit des femmes ne pas prendre, totalement ou partiellement, conscience du fait qu'elle sont enceintes.

Le procès de l'"affaire Courjault" devait donc être celui du "déni de grossesse". Ce ne fut pas le cas. Certes, tous les témoins présents devant la cour d'assises d'Indre-et-Loire sont venus affirmer que Véronique Courjault n'avait jamais présenté les symptômes de la grossesse avant de pratiquer ses trois infanticides. Certes Véronique elle-même avait parfois affirmé, lors de l'instruction judiciaire, qu'elle n'avait pas eu pleinement conscience d'être enceinte. Et elle avait même continuellement répété que ces trois nouveaux-nés n'étaient pour elle que des "choses", ou plus précisément des "morceaux d'elle-même".

Durant toute la durée du procès, les jurés de la cour d'assises ont pris la mesure de l'impact positif de la psychothérapie qu'elle a entreprise, deux fois par semaine durant sa détention. L'accusée a notamment déclaré à plusieurs reprises qu'elle avait désormais conscience d'avoir tué à trois reprises ses nouveaux-nés. Et elle a, à sa façon, dit ne pas comprendre grand chose aux nombreuses dépositions des experts psychologues, psychiatres ou psychanalystes venus à la barre pour parler de son cas. Des experts qui se sont violemment affrontés pour savoir quel pouvait ou non être le degré d'altération de la conscience de l'accusée aux moments des faits. Une seule certitude: Véronique Courjault n'est pas une "perverse".

L'audience a également permis de comprendre que si elle ne souffre pas, officiellement, d'une pathologie psychiatrique grave, comme une psychose, l'état de santé de cette femme, fidèlement soutenue par son mari, nécessite - et nécessitera longtemps - des soins spécialisés. Dirigée par Me Henri Leclerc, la défense avait demandé aux jurés que cette mère puisse retrouver au plus vite ses deux enfants âgés de 12 et 14 ans qui ne la voient qu'une fois par mois, au parloir de la maison d'arrêt. La famille Courjault devrait être réunie, dans sa maison de Touraine, dans un an environ.

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