Jean Marie Colombani 04/09/2009 à 10h43

Le poids du couple franco-allemand

Jean Marie Colombani avec slate

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A l'approche du G20, qui doit se tenir à Pittsburgh, et qui est attendu par nombre d'observateurs comme le moment où se décidera, ou non, le sort d'un scénario de reprise de l'économie mondiale, se déroule un événement dans l'événement: il concerne la relation franco-allemande. L'attention a en effet été dirigée vers la préparation de ce G20 par une initiative franco-allemande. C'est lors d'une rencontre entre Angela Merkel et Nicolas Sarkoy que les deux pays ont décidé de bâtir ce qui, dans leur esprit, doit devenir la position de toute l'Union Européenne à l'occasion de ce nouveau round de discussions planétaires. L'un et l'autre ont très vite souhaité mobiliser le G20 contre les excès de la finance et, en politique accomplie, (Angela Merkel est en pleine phase de préparation des élections législatives qui auront lieu fin septembre), ils ont focalisé leurs propositions sur les bonus des traders dont ils ont réclamé la limitation.

Le contexte s'y prête car aux Etats-Unis, mais aussi en Europe, on sent bien que les acteurs de la finance, et principalement les banquiers, paraissent considérer que le moment de la régulation est passé. Une fois reconstituées leurs marges, grâce notamment au renflouement dont elles ont bénéficié, les banques, loin de se prêter au jeu de la relance du crédit, semblent décidées à repartir sur les mêmes bases que celles qui avaient précédé la crise, rivalisant de nouveau d'inventivité dans la sophistication des instruments financiers disponibles.

La France et l'Allemagne ne veulent pas accepter ce retour à une situation non régulée et dangereuse, et ils entendent bien entraîner avec eux toute l'Union afin de pouvoir, ensuite, convaincre les membres du G20. C'est le sens de la lettre qu'ils viennent d'envoyer au président en exercice de l'Union Européenne, le suédois Frédérik Reinfeldt. " Nos concitoyens sont particulièrement choqués par le retour de pratiques condamnables ", écrivent-ils, " alors que l'argent des contribuables a été mobilisé, au plus fort de la crise, pour soutenir le secteur financier ". Dans leur lettre, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel demandent ensuite que soit discutée la limitation du montant des rémunérations variables dans les banques. Cette dernière proposition a très vite recueilli l'adhésion de 26 des 27 pays de l'Union, dont les ministres des finances se sont réunis cette semaine. La présidence suédoise a fait valoir que les Européens voulaient " montrer leurs muscles et leurs dents " pour obtenir que le G20 s'accorde sur une harmonisation des réglementations, permettant d'éviter le retour des activités de spéculation qui nous ont conduit au bord du précipice. 26 sur 27 : manquait à l'appel la Grande-Bretagne, qui n'avait délégué à la réunion des ministres des finances, qu'un assistant du Chancelier de l'Echiquier. Jusqu'à ce que -miracle !- arrive la signature de Gordon Brown.

En souscrivant à la démarche franco-allemande, malgré les vives réserves de la City à l'endroit de tout ce qui ressemble à une règlementation nouvelle, le premier ministre britannique garantit à la France et à l'Allemagne de pouvoir entraîner tous les autres Européens, mais aussi, peut-être, d'être mieux entendus par les Etats-Unis. Les sceptiques objecteront que, pour obtenir le ralliement de Gordon Brown, Français et Allemands ont du faire des concessions: ils voulaient un plafonnement des bonus des traders; la lettre évoque plus simplement la nécessité de limiter leur montant. Il n'empêche, cette discussion sera bel et bien au coeur du G20, de même que la demande, désormais donc germano-franco-britannique, d'augmenter les éxigences de fonds propres sur les activités des banques, ce qui est évidemment destiné à réduire la rentabilité de la spéculation.

Le point suivant sera la réponse américaine à cette position européenne. Aux Etats-Unis, il est notoire que les lobbies de Wall Street ont repris le dessus, certains dans le gouvernement Obama regrettant d'ailleurs de ne pas avoir pris plutôt des positions de principe, de façon à davantage encadrer la reprise de l'activité des banques.

Le scénario vraisemblable est celui d'un jeu d'équilibre de la part du président américain. Ce dernier, en effet, n'est pas libre de ses mouvements, car les lobbies de la finance sont très puissamment représentés au Congrès des Etats-Unis. La logique voudrait donc qu'il s'appuie sur les revendications européennes, ou qu'il en prenne prétexte, pour concéder dans une voie qui reflèterait le contenu de la lettre d'Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy. Il le ferait d'autant plus volontiers que celles-ci correspondent en fait à ses propres convictions.

Si tel était le cas, le couple franco-allemand rééditerait son exploit du premier G20 qui, globalement, à Londres, s'était aligné sur ces positions, en validant le principe de la régulation. Ce qui ne veut pas dire que ce principe ait été suivi dans les faits, puisqu'il en sera de nouveau question à Pittsburgh. Mais ce qui démontrait au président français, comme à la chancellière allemande, que ce qui est vrai pour l'Union Européenne, à savoir que celle-ci se grippe lorsque le couple ne fonctionne pas, l'est encore plus lorsque cette Union Européenne prétend se projeter sur la scène mondiale. Cela ne veut pas dire que la relation franco-allemande soit de nouveau au beau fixe. Car il est frappant de constater, dans le même temps, à quel point, en dehors de la gestion de la crise, le couple franco-allemand paraît modeste. Il faudra donc attendre le verdict des électeurs allemands pour savoir si Angela Merkel, comme on lui en prête l'intention, fera plus clairement mouvement si elle est reconduite pour redonner vie à l'axe franco-allemand, à l'intérieur de l'Union cette fois.

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