Richard Arzt 11/06/2010 à 11h21

La prudente approche chinoise face à la Corée du Nord

Richard Arzt avec slate

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Ni réel soutien ni pression? Les relations avec la dictature de Kim-Jong-il sont complexes.

Depuis qu’en mars la corvette sud-coréenne «Cheonan» a été coulée en Mer jaune, la Chine évite de prendre position. L’enquête menée par les autorités de Séoul et des experts américains a conclu qu’une torpille nord-coréenne avait atteint le navire. La Corée du Nord réfute cette accusation. «Nous allons gérer de manière juste et objective cette affaire», se contentent de répéter les dirigeants chinois. Une grande puissance sûre d’elle-même pourrait tenter un arbitrage dans cet incident survenu près de ses côtes. La Chine s’en tient à une prudente neutralité. Ni soutien inconditionnel à Pyongyang ni condamnation.

Tout au plus, des doutes s’expriment à Pékin sur l’examen à Séoul des restes de la torpille. «Si un crime est commis en France avec un couteau nord-coréen, ça n’accuse pas forcément la Corée du Nord», explique un juriste chinois. Mais la Chine est embarrassée par son alliance traditionnelle avec ce petit voisin coréen dont le régime rappelle les heures sombres du maoïsme. Les tentatives pour le faire évoluer vers plus de libéralisme ont échoué. En 1991, Deng Xiaoping avait incité Kim-Il-sung à créer des «zones économiques spéciales» comparables à celles qui allaient déclencher par la suite la croissance chinoise. Pendant quelques mois, le dictateur coréen a fait mine de suivre ce modèle avant de refermer à nouveau le pays. Son fils Kim-Jong-il est resté sur la même ligne et depuis la chute de l’URSS, le régime de Pyongyang survit grâce aux aides de Pékin.

Pour autant, la relation entre les deux pays est difficile. La Chine arrive si peu à raisonner les intentions d’armement nucléaire de Pyongyang que par deux fois - en 2006 et 2009 - elle a voté au Conseil de sécurité de l’ONU en faveur de sanctions contre la Corée du Nord. Début avril, Kim-Jong-il, aurait, dit-on, écourté sa visite à Pékin après que le Président Hu Jintao lui ait donné des conseils de gestion. Et le 4 juin, des gardes-frontières nord coréens ont abattu trois Chinois soupçonnés de commerce transfrontalier. La Chine juge l’affaire «d‘une grande importance». En réponse, la presse de Pyongyang titre sur l’amitié avec la Chine.

Le débat n’est pas tranché à Pékin entre les partisans du soutien à la Corée du Nord et ceux qui estiment qu’elle est un fardeau pour la Chine. Fin mai, le Huanqiu shibao - proche du parti communiste chinois – illustrait cette diversité d’opinions : son éditorial demandait à Pyongyang de «répondre sérieusement aux interrogations du monde extérieur» sur le coulage du bâtiment sud-coréen et «le cas échéant, de s’excuser». Deux jours plus tard, le même journal appelait la communauté internationale à diminuer son hostilité envers la Corée du Nord afin que ce pays «n’ait pas l’impression constante de vivre dans l’imminence d’une tempête fatale».

En 1950, la Chine populaire avait envoyé des troupes en Corée du Nord pour combattre les Sud-coréens et leurs alliés américains. Encore aujourd’hui, Pékin se satisfait de la frontière fixée par l’armistice de 1953 et du climat de guerre froide qu’elle a entretenu entre les deux pays. Le 7 mai, recevant Jean-Pierre Raffarin à Pékin, Wu Bangguo, Président de l’Assemblée nationale, insistait sur le souci chinois qu’il n’y ait pas de troubles en Corée du Nord ni de désordre dans la péninsule coréenne.

Mais la Chine accompagne ce désir de maintien du statu quo d’une volonté de partenariat économique avec le sud. Du 28 au 30 mai, le Premier ministre Wen Jiabao est allé à Séoul pour mettre au point un mécanisme de libre échange sino-coréen du sud et renforcer les investissements réciproques en y associant le Japon. A propos du «Cheonan», Wen Jiabao a présenté ses condoléances aux familles des 46 marins morts dans le naufrage tout en évitant de prononcer le nom de la Corée du Nord. «La Chine ne protégera personne», a précisé le Premier ministre chinois à Lee Myung, son homologue coréen du sud.

En réclamant «une enquête juste et transparente sur le raid israélien contre la flottille d’aide à Gaza», la Chine a-t-elle voulu implicitement faire un parallèle entre la Corée du Nord et l’Etat hébreu? Cette comparaison a été très officiellement repoussée par le porte-parole du gouvernement chinois. Pour Pékin, après avoir gagné du temps sur le dossier coréen, la priorité va bientôt être aux décisions: la Corée du Sud a saisi l’ONU qui devrait aborder le cas du «Cheonan» début juillet. D’ici là, des experts russes auront analysé des fragments de la torpille. Si le Conseil de sécurité décide de sanctions contre la Corée du Nord, la Chine peut approuver ou bloquer. Elle peut aussi continuer de rester en retrait et s’abstenir.

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