Jean Marie Colombani 07/08/2009 à 12h14

La poudrière georgienne

Jean Marie Colombani avec slate

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A l'anniversaire de l'intervention russe en Géorgie (le 7 août 2008) des bruits de bottes se font de nouveau entendre venant du Caucase du sud. Il ne se passe pas de jours sans que la Russie fasse mine de s'inquiéter et hausse le ton vis-à-vis de celui qu'elle ne supporte guère à savoir le président géorgien Sakachvili. Selon Moscou, ce dernier a entrepris de réarmer la Géorgie avec l'aide de Washington et se réserve de prendre " des mesures adéquates "... Le président géorgien, de son côté, évoque " un risque " de reprise du conflit avec Moscou et reproche au pouvoir russe d'exercer à son encontre " une pression constante ".

On l'avait perdue de vue, mais cette affaire, que l'on croyait réglée, manifestement ne l'ait pas. Même si les choses ont bougé. Il y a un an, il s'en était fallu de très peu que la Russie, après avoir pris le contrôle de l'Abkhazie et de l'Ossétie du sud, ne parvienne à Tbilissi et n'y installe un gouvernement qui lui soit totalement acquis. Le " peu " en question n'était certainement pas l'armée géorgienne, qui avait été fort logiquement écartée en un tour de mains tant le rapport des forces est déséquilibrée avec l'armée russe. Non, le " peu " avait été l'intervention européenne incarnée par Nicolas Sarkozy, qui assumait alors la présidence de l'Union européenne, et qui, dans une partie de bras de fer ou de poker menteur comme on voudra avec les dirigeants russes, avait réussi à obtenir l'arrêt du conflit. Depuis, il avait été convenu que des observateurs de l'OSCE s'assureraient de la non belligérance; mais ces observateurs ont du être retirés. Il avait été prévu également des négociations internationales afin de permettre à la Géorgie de recouvrer son intégrité territoriale - c'est le leitmotiv du pouvoir géorgien; mais il n'en a rien été, ou presque, et la Russie s'est entretemps solidement installée en Abkhazie et en Ossétie où elle consolide chaque jour davantage des bases militaires.

Le contexte a néanmoins doublement changé : d'une part, parce que la Russie est plus faible et d'autre part, parce que la doctrine n'est plus la même à Washington. La Russie paraît certes toujours animée de mauvaises intentions à l'endroit de la Géorgie. Mais la crise économique et financière est passée par là et le pouvoir russe a malgré tout baissé d'un ton. En outre, le Caucase du nord est également agité car des troubles se produisent régulièrement en Ingouchie et Daghestan. Mais la grande question pour la Russie reste de maîtriser son terrain et de signifier régulièrement, à travers l'exemple géorgien, aussi bien à l'Arménie qu'à l'Azerbaïdjan ou à la Turquie, que rien de ce qui survient dans la région ne peut advenir sans son aval.

A Washington on le sait, la Maison Blanche met désormais en avant une approche plus constructive. Il ne s'agit plus de traiter la Russie comme quantité négligeable mais bel et bien, comme le voyage de Barack Obama à Moscou l'a montré, de tenter de réinsérer la Russie dans un jeu stratégique pacifique. Ainsi dans la période précédente, Moscou avait fait, de l'annonce de l'intégration prochaine de la Géorgie et de l'Ukraine dans l'OTAN, un casus belli. La France et l'Allemagne avaient plaidé en vain auprès de George Bush au minimum un étalement dans le temps de cette perspective. Il semble que désormais Barack Obama et Hillary Clinton soient plus proches de la position franco-allemande que de celle de leur prédécesseur à Washington. Cela ne signifie pas que les Etats-Unis resteraient sans réagir, comme le vice-président Joe Biden à Tbilissi de le rappeler, histoire d'éviter que la Russie entreprenne sur place une nouvelle aventure. Mais au moins les choses ont-elles été dites.

Ce n'est pas le cas de l'Union européenne qui semble continuer de vivre sur le succès de l'an passé. Alors qu'il serait urgent pour elle de clarifier ses positions et d'élaborer des scénarios en cas de nouvelle agression russe. Même si, compte tenu des éléments de changement qui sont survenus, une telle perspective paraît aujourd'hui peu probable.

Mais on ne sait jamais, car il faut toujours compter à Moscou avec l'inconnu que constitue ce pouvoir à deux têtes. Ainsi assiste-t-on à de nouvelles mises en scène " poutiniennes " où l'on voit l'homme fort de la Russie exposer ses biceps et se faire photographier dans des situations qui sont évidemment de nature à crédibiliser les avertissements que peuvent proférer tel ou tel ministre. Tandis que, de son côté, le président Medvedev continue de parler un langage diplomatique. La principale surprise, sur ce terrain, tient peut-être à la pérennisation du pouvoir de Mikhail Sakachvili. Même si ce dernier sait que son pouvoir ne tient qu'à un fil, ou plus précisément à deux fils, l'un tenu à Washington et l'autre à Moscou.

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