Jean Marie Colombani 29/10/2010 à 16h54

La faiblesse d'Obama

Jean Marie Colombani avec slate

    augmenter la taille du texte diminuer la taille du texte   votez réagissez      
Deux ans après son élection, le président américain risque de voir son parti perdre les élections au Congrès.

C'est un spot publicitaire, comme on en voit beaucoup sur les écrans de télévision américains, à quelques jours des élections du 2 novembre. Il figure un Colisée resplendissant à l'apogée de l'empire romain ; suivi aussitôt d'une vue de ce même Colisée, mais aujourd'hui: une ruine appréciée des touristes certes, mais une ruine. Puis on passe à l'Amérique d'aujourd'hui. Et sont interviewés des Chinois, au sourire carnassier, qui se disent convaincus d'œuvrer au déclin de l'empire américain. C'est une publicité à l'américaine bien sûr, caricaturale, brutale, dont le message est simplissime: Obama est le fossoyeur de l'Amérique, le jouet des Chinois et il faut donc voter républicain.

Et sans doute, au-delà du principal enjeu, particulièrement à vif en ces temps de chômage – à savoir l'économie — la peur du déclin et avec elle la peur de la Chine, principale créancière des Etats-Unis, et à qui on reproche d'éliminer les produits américains, ces peurs-là donc ont bien une place dans la campagne électorale. Plus sérieusement que la publicité, les journaux faisaient, il y a quelques jours, leurs titres sur la construction, en Chine, de l'ordinateur le plus puissant du monde!

C'est dans ce contexte essentiellement défensif que Barack Obama est de nouveau intervenu dans la campagne pour tenter de convaincre ses partisans d'aller voter, en leur disant que, s'il avait bien promis le changement, il n'avait pas promis que ce changement surviendrait du jour au lendemain. Il a donc, une nouvelle fois, demandé du temps, alors que l'état de l'opinion américaine laisse penser que les Républicains reprendront le contrôle de la Chambre des représentants.

L'enjeu principal de ces élections de mi-mandat est en effet le renouvellement de la Chambre des Représentants et celui, partiel, du Sénat ainsi que d'une partie des postes de gouverneurs. Ce dernier élément n'est pas indifférent, car ce sont ces mêmes gouverneurs qui seront appelés à procéder ensuite au redécoupage des circonscriptions qui est, aux Etats-Unis, programmé tous les 10 ans; redécoupage qui, à son tour, influencera le scrutin présidentiel. Autant Barack Obama et les Démocrates semblent conserver une chance de rester majoritaires au Sénat, autant les observateurs s'attendent à une forte poussée républicaine et à un changement de majorité à la Chambre des Représentants. La plus récente étude d'opinion situe le rapport des forces à 47 % des intentions de vote pour les Républicains, contre 40 % pour les Démocrates. Mais surtout, ces derniers ont perdu le soutien de 3 des catégories qui avaient favorisé, lors des précédents scrutins, les victoires démocrates et particulièrement celle de Barack Obama: ainsi les femmes, les catholiques et ceux que l'on appelle les électeurs indépendants donnent la préférence désormais aux Républicains. Surtout, 57 % des personnes interrogées veulent donner une chance à des candidats qui ont peu d'expérience de la vie politique, et un quart d'entre eux souhaite se porter vers des candidats catalogués comme "extrémistes".

De la même façon, une majorité considère que le parti républicain est mieux à même d'améliorer la situation économique, alors que, traditionnellement, c'est un sujet sur lequel le parti démocrate bénéficiait d'un large soutien. On le voit donc, en terme d'opinion, avant le vote, tous les clignotants sont au rouge pour Barack Obama.

Ainsi le président américain devra-t-il sans doute affronter une situation que, peu ou prou, tous ses prédécesseurs ont rencontrée, qu'il s'agisse de Ronald Reagan, de George Bush ou bien encore de Bill Clinton qui, dès 1994, avait dû, lui, affronter un Sénat et une Chambre des Représentants majoritairement hostiles. On est donc là, pour une part, dans la tradition de l'alternance américaine.

Mais il faut y ajouter cette fois une part de rejet personnel à l'endroit du président américain, dont on dit qu'il avait suscité beaucoup trop d'espoirs, mais qui fait l'objet également d'attaques et de critiques que l'on ne peut guère détacher d'un contexte racial. Si ajoute bien sûr le phénomène des "tea party", qui est aux Etats Unis ce que le populisme est à l'Europe. Avec une dimension qui surprend toujours et qui est le refus radical de l'intervention du gouvernement fédéral dans les affaires publiques.

Vu d'Europe, où la confiance en l'Etat reste grande, ce paramètre est toujours surprenant. S'y ajoute aussi pour nous un sentiment d'injustice. En effet Barack Obama a tenu l'essentiel de ses promesses: il a vigoureusement relancé l'économie et fait voter une réforme sociale qui apporte une couverture médicale aux millions d'Américains qui en étaient privé. Il lui est reproché un taux de chômage élevé, alors que, pour l'essentiel, le niveau record du chômage américain était acquis pendant la présidence de George Bush; et la situation s'est améliorée depuis sa prise de fonction. Mais, pour le moment, rien n'y fait et la protestation ne faiblit pas.

Toutefois, la situation politique de Barack Obama peut ne pas être si négative. En effet, même si les Républicains l'emportent, la part grandissante dans leur électorat des partisans des "tea party" les embarrasse et les prive, sur beaucoup de sujets, et notamment sur les enjeux économiques, de la capacité de dégager des positions cohérentes. Ce qui, à terme, devrait rouvrir, pour le Président, des marges de manœuvre. Mais il eut mieux valu pour lui une situation politique plus favorable.

    augmenter la taille du texte diminuer la taille du texte   votez réagissez      
 

les dernières réactions à l'article

voir mon journal de réactions aide
Aucune réaction encore postée
Soyez le premier à réagir

rechercher par date

rechercher par auteur

autres articles