Jean Marie Colombani 15/01/2010 à 11h28

La douloureuse histoire haïtienne

Jean Marie Colombani avec slate

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Les journaux du monde entier ont tous, ou presque, publié la même photo de cette femme à demi ensevelie sous les décombres, le visage recouvert de poussière blanche et qui cherche désespérément du regard celui ou celle qui pourrait l'aider à sortir de sa prison de béton.

Le tremblement de terre de Haïti, qui a transformé l'ile et principalement sa capitale Port-au-Prince en cimetière, a choqué la planète entière par le nombre prévisible des victimes: probablement plusieurs dizaines de milliers et quelques trois millions de personnes qui ont dans l'urgence besoin d'être secourues. Les commentaires qui sont immédiatement venus à l'esprit étaient de dire: décidément, c'est une terre maudite!

Il y a quelques années seulement, des inondations dévastatrices avaient déjà frappé la population d'une ile qui ajoute au malheur naturel une pauvreté endémique et une propension aux coups d'état qui empêche toute politique de développement. La malédiction qui frappe cette population de près de dix millions de personnes est très largement, en dehors bien sûr des catastrophes naturelles, le fruit des hommes et il faut le dire, principalement des dirigeants haïtiens.

Haïti est en effet le pays le plus pauvre de l'hémisphère nord: 80% de sa population y vit sous le seuil de l'extrême pauvreté. C'est une "République" qui a connu 5 coups d'état en 23 ans. Toutes les tentatives de normalisation pour placer ce pays sur la voie du développement ont jusqu'à présent échoué. Les dirigeants ont pris l'habitude de confisquer la petite part de richesse produite à leur profit sans que l'on ait su sortir de ce cercle infernal.

Sans remonter à la dictature de la famille Duvalier, père et fils, qui s'est achevée en 1986, on peut se souvenir qu'en 1994, pour mettre fin à un régime militaire, Bill Clinton, alors président des Etats-Unis, avait envoyé les marines pour tenter d'y rétablir la démocratie, fort d'un mandat des Nations Unies. Cela déboucha sur le gouvernement du père Aristide qui se révéla, à l'expérience, aussi corrompu et aussi brutal que ses prédécesseurs!

Après la fuite d'Aristide, grâce toujours à une médiation américaine et française, et à l'intervention des Nations Unies, de nouvelles élections avaient pu être organisées, installant au pouvoir l'actuel président René Préval, essentiellement soutenu par un effort très important des Nations Unies. De l'avis général, ces efforts tout entiers tournés vers le retour d'un minimum d'ordre public et l'amorce d'une politique de développement, dans un pays où il n'y a ni infrastructure ni administration dignes de ce nom, commençaient à porter leurs fruits. Ce sont tous ces efforts que le tremblement de terre a manifestement rayés de la carte, obligeant la communauté internationale non seulement à une aide d'urgence évidemment indispensable, mais en même temps à la mise sur pieds d'une véritable reconstruction qui a été confiée à Bill Clinton par les Nations Unies.

Cet intérêt pour Haïti ne vient pas seulement du fait de sa misère. Mais aussi de sa position stratégique: c'est une ile à mi chemin entre Cuba et Porto Rico dont le sort ne peut donc pas être indifférent aux Etats Unis. C'est une communauté catholique dont le Vatican ne peut donc se désintéresser. C'est une population francophone qui voisine avec des départements d'outre-mer, vis-à-vis de laquelle la France ne peut rester indifférente. C'est enfin un population qui produit une élite artistique de haut niveau, qui a une diaspora active en Europe comme aux Etats Unis. Pour toutes ses raisons, le sort d'Haïti n'a jamais laissé indifférent.

C'est une ile enfin, plutôt une moitié d'ile car l'autre partie constitue la République dominicaine, qui n'a ni ennemi extérieur, ni problème ethnique ou idéologique de nature à entretenir une division de sa population. Il faut donc se résoudre à ce constat à fortiori en voyant la situation bien meilleure de la République dominicaine: la part prise dans la misère de cette population par ceux qui l'ont dirigée, par les responsables politiques, est écrasante. Elle nous rappelle que les hommes ont un poids dans l'Histoire qui parfois tourne au cauchemar.

Personne ne contestera aujourd'hui dans la communauté internationale, et c'est heureux, qu'il faille non seulement tout faire pour venir en aide à ces malheureux, dont certains sont probablement encore vivants et encore enfouis sous des tonnes de béton, mais aussi qu'il faille, immédiatement après, tout reprendre en mains... et vite.

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