09/10/2009 à 10h16
«Vive Berlusconi! Vive l’Italie», telle a été la réponse de Silvio Berlusconi à l’annonce de l’invalidation par la Cour constitutionnelle de la loi accordant au chef du gouvernement une immunité judiciaire. Mais ledit chef du gouvernement ne s’est pas contenté de cette bravade: il a dénoncé une fois de plus le «complot» qui serait ourdi contre lui, récusé les juges constitutionnels dont il a affirmé qu’ils étaient tous de gauche (ce qui est pour le moins abusif) et, pour finir, critiqué le Président de la République.
Et voilà donc Silvio Berlusconi privé de son immunité, appelé à comparaitre de nouveau devant des magistrats qui avaient dû interrompre leur procédure du fait du vote, en 2008, d’une loi qui avait été fabriquée par lui et pour lui seul. En fait, dans les dossiers concernés qui touchent à sa vie d’homme d’affaire (laquelle ne s’est jamais interrompue pendant qu’il gouverne l’Italie, mais dont on peut aussi considérer qu’elle a largement profité de sa position éminente) Silvio Berlusconi ne risque pas grand chose. En tous cas, pas la prison, tout au plus une forte amende, notamment dans un cas où il est accusé de corruption active et qui a déjà valu à un de ses avocats une condamnation lourde.
Mais l’essentiel n’est pas là. Il est dans cette étape supplémentaire franchie par un pouvoir qui se considère chaque jour davantage au dessus des lois. D’où sa fureur lorsque une loi, élaborée et votée pour son confort, est invalidée par un collège de 16 juges constitutionnels qui persistent à croire que l’Italie est un état de droit. Cet événement est grave en lui-même. Mais il l’est peut être davantage aux yeux des autres Européens qu’à ceux des Italiens eux-mêmes. En effet, Silvio Berlusconi est toujours assuré d’une forte majorité chez les députés comme chez les sénateurs. Il est donc en situation de continuer de gouverner. Parce qu’il est légitime. Mais aussi parce qu’il garde la confiance d’une majorité d’Italiens. Vu de l’extérieur, ses frasques dans sa maison de Sardaigne auraient déjà dû le conduire à quitter sa charge publique. Et sa façon de tenter d’échapper à la justice, en faisant concocter une loi sur mesure, est aussi de nature, à l’extérieur, à le déconsidérer. Mais sa thématique du complot rencontre un certain écho en Italie. Et surtout sa politique continue de convenir à une majorité de ses concitoyens. D’autant que l’opposition de gauche est toujours éclatée et s’est perdue dans des querelles de personnes. Il n’y a donc pas à proprement parler d’opposition cohérente et déterminée.
Paradoxalement, ce revers judiciaire que lui infligent les juges constitutionnels n’est pas une bonne nouvelle. Certes, cette décision montre que les institutions italiennes fonctionnement. Mais, politiquement, cela créée une situation qui renforce la main de son allié déjà puissant, trop puissant, à savoir la Ligue du Nord d’Umberto Bossi. Ce dernier conduit une formation xénophobe qui, par les positions qu’il prend, met en péril l’unité italienne. Puisque son fond de commerce consiste notamment à dénoncer les largesses dont bénéficierait le Sud de l’Italie et à vouloir mettre un terme aux mécanismes de péréquations qui font l’unité du pays. Or, dans le paysage actuel, les leaders de droite, et non des moindres, s’interrogent. Certains, comme Gianfranco Fini, n’hésitent plus à se dissocier. Alors qu’en revanche, la Ligue fait figure pour Silvio Berlusconi d’ultime rempart. Déjà, mathématiquement, le poids de la Ligue est indispensable à l’expression de la majorité parlementaire. Désormais ce poids politique s’est accru de la dernière en date des polémiques.
L’Italie se trouve donc dirigée par un homme qui est censé garantir le bon fonctionnement des pouvoirs publics et qui se place, ou entend se placer, résolument au dessus des lois, fort, encore une fois, du soutien d’une majorité. Pendant ce temps, les problèmes demeurent. La crise est de plus en plus sensible dans un pays où le produit intérieur a fortement reculé. Et après le tremblement de terre de l’Aquila, le désastre de Messine, qui a fait plus d’une vingtaine de morts, a montré à quel désastre peut conduire le non respect de la loi et l’incivilité de certains élus. Mais comme chaque fois, Silvio Berlusconi, écartant ces sujets pourtant criants, est allé sur place promettant aux victimes de nouvelles maisons et corrigeant par l’expression de sa compassion les carences les plus graves de son gouvernement.