Jean Yves Nau 18/12/2009 à 12h17

L'affaire Johnny, du bloc au prétoire

Jean Yves Nau avec slate

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L'idole va mieux, sa tournée est annulée, la justice s'en mêle.

Personne n’avait songé à Johnny. Mais il vient, à sa manière, de s’inviter dans le débat controversé sur l’identité nationale. Combien sont-ils, comme lui, à susciter dans le pays une telle ferveur populaire, à réunir des foules en transe prêtes à allumer le feu? Combien à être parvenus à s’adapter depuis un demi-siècle à toutes les mutations de la société française tout en conservant l’inoxydable statut de rocker? Combien à pouvoir être identifiés par leur seul prénom?

Une telle carrière ne va bien évidemment pas sans excès ni provocations; sans non plus s’exposer à de sérieux problèmes de santé. Qu’importe. La France a toujours tout pardonné  à son héros national. En retour, ce Dieu vivant se livrait volontiers en pâture, ne cachait rien de ses frasques et de ses misères. C’est en toute impunité qu’il a pu trouver un refuge helvète contre le grand rapace fiscal. Et il n’a pas craint de faire connaître les interventions chirurgicales récurrentes imposées par le temps qui passe. On en plaisanta, au départ. Il y eut l’époque des prothèses articulaires, celle des hernies discales. Puis vint la grande décision, celle de la grande tournée des adieux, à l’âge de 66 ans, deux fois celui du Christ supplicié.

C’est alors que le compteur de la tragédie commença à se faire entendre. Repartir sur scène durant des mois à la rencontre de centaines de milliers d’admirateurs de toujours et prêts à tout donner pour, une dernière fois, Le voir de leurs propres yeux ? Grosse affaire. Les assureurs du «Tour 66» réclamèrent des garanties biologiques proportionnelles aux sommes en jeu et au risque de catastrophe. L’homme allait-il résister à l’épreuve? Un sérieux bilan de santé s’imposait. C’est ainsi que l’on découvrit un cancer du côlon; un cancer dont le chanteur révéla lui-même l’existence et qu’il qualifia de «petit», remerciant au passage les assureurs et le destin d’avoir pu être très tôt pris en charge.

Le «Tour 66» commença, avec le succès prédit. Quelques fans virent bien que leur idole n’avait plus la mobilité de sa jeunesse. D’un autre, on aurait dit sans aménité qu’il «traînait la patte». Les fans, eux, compatirent. Puis, fin novembre, la douleur ne fut plus supportable: il fallut à nouveau intervenir sur une hernie discale. Johnny choisit de consulter le Dr Stéphane Delajoux à la Clinique Internationale du parc Monceau. Ce praticien, connu sous le nom de «neurochirurgien des stars», avait déjà opéré le chanteur pour la même indication.

Intervention rapide, a priori sans problème ; sortie le lendemain et reprise immédiate des activités diurnes et nocturnes  avant, cinq jours plus tard, de monter à bord du vol Paris-Los Angeles.

La suite est désormais connue qui va bientôt donner lieu à différents prolongements judiciaires.

Hospitalisation en urgence au Cedars Sinaï de Los Angeles. Tableau infectieux. Nouvelle intervention sur la colonne vertébrale. Mise à deux reprises sous «coma artificiel» prolongé. Antibiotiques. Informations cacophoniques quant à la réalité du mal. Recomposition télévisée des différentes branches de la famille à son chevet. Et la France de compatir devant l’évocation pluriquotidienne des souffrances endurées par son héros en exil.

C’est alors que l’on assista à un phénomène bien connu mais toujours ahurissant: la désignation du bouc émissaire. Quelqu’un devait payer et Jean-Claude Camus, le producteur du chanteur et de «Tour 66», désigna le Dr Delajoux responsable (lui avait-on dit) d’avoir commis «un massacre». D’autres accusateurs donnèrent de la voix dans les médias, rapportant par le menu quelques épisodes sulfureux de la carrière d’un neurochirurgien en marge de ses pairs. Aucun lien de causalité entre l’intervention du 26 novembre n’était certes démontré mais le passé du médecin permettait amplement de l’établir.

Aujourd’hui Johnny est sauvé et «Tour 66» définitivement annulé. L’affaire va quitter les blocs opératoires pour gagner le Palais de justice de Paris. L'épouse de Johnny estime que l'intervention chirurgicale pratiquée par le Dr Delajoux  «pourrait n'avoir pas été réalisée selon les meilleures règles de l'art médical et chirurgical». Le neurochirurgien des stars affirme le contraire et porte plainte pour diffamation contre celui qui avait qualifié son intervention de «massacre». L’affaire est loin d’être terminée et Johnny continuera, longtemps encore, à faire rêver la France.

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