Jean Marie Colombani 27/11/2009 à 11h36

Et si Copenhague était un succès!

Jean Marie Colombani avec slate

    augmenter la taille du texte diminuer la taille du texte   votez réagissez      

Le sommet convoqué par les Nations Unies à Copenhague, à partir du 8 décembre prochain, pour traiter des réductions de gaz à effet de serre et de la lutte contre le réchauffement climatique, était promis à l'échec, tant il paraissait difficile  de trouver un accord planétaire. En fait, plus le sommet se rapproche, plus les grands participants montrent leurs cartes; si bien que l'on se reprend à espérer, sinon que les participants parviennent à un accord global contraignant assorti d'un calendrier, du moins que chacun reparte avec des engagements chiffrés.

De ce point de vue, deux bonnes nouvelles viennent de tomber: l'annonce de la venue du président Obama à Copenhague et celle du premier ministre chinois, l'un et l'autre armés de propositions concrètes. Pour autant,  il ne faut pas crier victoire trop tôt. En fait, deux visions vont être confrontées à Copenhague. Celle des Européens, qui souhaitent une réduction de la production de CO2 de 50% d'ici à 2050; 50% par rapport à l'année 1990. Les Européens plaident également pour un accord contraignant. De l'autre, la vision de pays plus récents dans leur engagement pour la lutte contre le changement climatique, aux premiers rangs desquels les Etats-Unis. On se souvient que George Bush avait refusé de demander la ratification et l'application du protocole de Kyoto. Barack Obama, en revanche, avait pris l'engagement de changer les choses: il propose une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 17% à l'horizon 2020; mais il place le curseur en l'an 2005, et non en 1990 comme les Européens. Ce qui fait évidemment une différence très sensible et un effort bien moins important: cela revient seulement à une réduction de 6% par rapport à 1990.

La Chine, de son côté, annonce qu'elle est prête à réduire l'intensité en carbone de son activité économique de 40% à 45% d'ici à 2020. Les deux plus gros pollueurs de la planète s'engagent donc dans la bonne voie.

Mais d'un point de vue européen, il nous faut observer aussi une bataille dans la bataille: celle qui manifestement oppose Nicolas Sarkozy à Barack Obama. Le président français, qui est à l'origine en France du "Grenelle de l'environnement" et qui, lorsqu'il a présidé l'Union européenne, a beaucoup fait pour obtenir l'adoption du paquet énergie-climat, veut apparaître comme celui qui, contre toute attente, aura permis le succès du sommet de Copenhague. Il a donc fait savoir que lui même et les autres Européens s'en tiendraient pour des engagements chiffrés et des accords contraignants. Et il s'efforce de coaliser autour de lui.

Son partenaire privilégié, de ce point de vue, est le président brésilien Lula. Ainsi, l'un et l'autre ont tenté, ces jours derniers, de rallier à leurs propositions communes sur le climat d'autres pays: ceux qui bordent l'Amazonie dans un premier temps, mais aussi les membres du Commonwealth. Nicolas Sarkozy et Lula ont donc, l'un et l'autre, présidé une réunion à Manaus avant de plaider au sommet du Commonwealth, à Trinidad et Tobago. Le schéma Lula-Sarkozy est séduisant: il s'agit notamment de faire un exemple avec un programme de préservation de l'Amazonie, véritable poumon de la planète, mais aussi de convaincre de la nécessité de lutter contre la déforestation des pays comme le Congo ou l'Indonésie. Objectif qui a été assigné à la diplomatie française.

En face, tout se passe comme si Barack Obama et les dirigeants chinois s'étaient, de leur côté, accordés pour un effort plus conforme à leur propre marge de manœuvres: politique pour le président américain, qui doit compter avec un Congrès réticent (la loi américaine ne sera pas votée avant 2010); économique pour les dirigeants chinois, qui ne peuvent ni ne veulent renoncer à leur croissance accélérée, mais qui commencent à mesurer  que celle-ci doit aussi intégrer des éléments de "croissance verte".

Les détracteurs de Nicolas Sarkozy observent qu'à Manaus aucun chef d'état sud-américain autre que le Brésilien n'était présent et que le président français risque fort de n'être, à Copenhague, qu'un participant comme les autres. Les détracteurs du président américain remarquent qu'il fera en fait escale à Copenhague à l'entrée du sommet et non lors de sa conclusion solennelle par d'autres chefs d'état et de gouvernement, tout simplement parce qu'il sera en route pour Oslo, où, le 10 décembre, il doit recevoir son prix Nobel.

Il n'empêche, il est permis de se réjouir d'une telle émulation d'un bord à l'autre de l'Atlantique, émulation dont on peut penser qu'elle ne peut avoir que des retombées positives pour la planète. Il faut donc souhaiter que cette empoignade avant l'heure aboutisse à des objectifs de réduction des gaz à effet de serre que chacun s'engage ensuite à respecter.

    augmenter la taille du texte diminuer la taille du texte   votez réagissez      
 

les dernières réactions à l'article

voir mon journal de réactions aide
Aucune réaction encore postée
Soyez le premier à réagir

rechercher par date

rechercher par auteur

autres articles