Jean Marie Colombani 21/08/2009 à 12h20

En Afghanistan, l'OTAN joue sa crédibilité et son avenir

Jean Marie Colombani avec slate

    augmenter la taille du texte diminuer la taille du texte   votez réagissez      

Le bain de sang attendu n?a pas eu lieu. Du moins, là où on l?attendait en Afghanistan. La journée de vote s?est en soldée par moins d?une dizaine de victimes civiles et moins d?une quinzaine de victimes des forces de sécurité. Ce qui a permis à Richard Holbrooke, l?envoyé spécial américain dans la région, d?indiquer que, sur la base de ce que l?on a pu voir, il est clair que les talibans n?ont pas réussi à enrayer le processus électoral. En revanche, le bain de sang a bien eu lieu, mais à Bagdad, où d?effroyables explosions coordonnées, dirigées notamment contre le ministère des finances, ont provoqué la mort d?une centaine de personnes et en ont blessé près de 700 autres. Ceci alors que depuis le 30 juin dernier, la sécurité a été totalement transférée au gouvernement irakien. On le sait, le retrait américain partiel d?Irak a permis de renforcer sensiblement les troupes américaines en Afghanistan.

Le test électoral était évidemment un point central de la crédibilité des troupes internationales déployées dans ce pays. Il faudra attendre vraisemblablement le début du mois de septembre pour avoir une indication sur le sens du vote de ceux des Afghans qui ont eu le courage de se déplacer pour aller voter. Les indications sur la participation restent floues avec une certitude toutefois: elle a sans doute été très faible dans les provinces du sud, territoires sur lesquels les talibans sont les plus actifs. Et tous les observateurs se sont accordés pour considérer que, si les talibans n?ont pas en effet réussi à vider le vote de sa substance, ils n?en ont pas moins dissuadé, par la peur, nombre d? Afghans de se rendre aux urnes. Selon toute vraisemblance, le décompte des voix devrait être de nature à crédibiliser le système mis en place grâce au poids acquis par Abdullah Abdullah, ancien ministre d?Amin Karzaï et ancien proche du commandant Massoud. Lui-même s?est plaint de fraude, notamment dans la province de Kandahar, mais son rôle et sa présence ont été décisifs, plus encore s?il faisait un bon résultat, pour recrédibiliser la stratégie occidentale.

Celle-ci correspond à ce que Barack Obama a nommé "une guerre de nécessité", par opposition à "la guerre de choix" qu?a été la guerre d?Irak déclenchée, on le sait, pour de très mauvaises raisons par George Bush. En Afghanistan, il s?agit non seulement d?éviter que les talibans ne reviennent au pouvoir, et avec eux un territoire et un état refuge pour Al Quaïda, mais aussi de stabiliser une région clé qui est au c?ur de tous les enjeux stratégiques, puisque sont concernés le sort du Pakistan, puissance nucléaire, le rôle de l?Iran, qui aspire à le devenir, la participation ou non de la Russie, de la Chine et de l?Inde à une stabilisation qui soit défavorable aux extrémistes islamistes. Enfin, l?Afghanistan est devenu progressivement un enjeu et un symbole d?un double point de vue: celui des démocraties et celui de l?OTAN. Sur le plan de la démocratie, vouloir faire de l?Afghanistan un état gouverné à partir d?un processus électoral est évidemment en soi un objectif préférable à tout autre. Mais on sait que son application sur le terrain est infiniment plus complexe que tout ce qui avait pu être imaginé au moment du déclenchement des offensives contre les talibans alors au pouvoir. Il est clair que l?ambition d?émancipation, notamment des femmes, de scolarisation, de développement se heurtent à des difficultés innombrables et mettent en question le rôle et l?action du président Karzaï pendant l?exercice d?un mandat, au cours duquel il a été richement doté par les puissances qui avaient contribué à le mettre en place. A tous égards, il était important que ces élections aient lieu; il était tout aussi important que les talibans ne parviennent pas à la démonstration de force qu?ils avaient annoncée. Mais chacun sait que ces élections, pour être utiles, doivent être le point de départ de la stratégie de sortie que la communauté internationale se doit désormais de mettre en place. Tout autre perspective signifierait l?enlisement, avec des conséquences politiques et stratégiques désastreuses.

Mais le cas de l?Afghanistan renvoie également à une autre grande question: il s?agit du rôle et de la place de l?OTAN dans les équilibres stratégiques du futur. Comment faire de cette alliance un élément clé de la réorganisation des équilibres mondiaux? C?est Zbigniew Brzezinski, le conseiller pour la sécurité de Jimmy Carter, qui esquisse l?idée de faire de l?OTAN une sorte de Hub, auquel pourrait se raccorder d?autres organisations militaires régionales, de façon à ce que la Russie, mais aussi la Chine et l?Inde soient progressivement associées et concernées par toutes les opérations de la nature de celle qui est en cours en Afghanistan. Il ne s?agirait donc pas pour Zbigniew Brzezinski de continuer dans la voie qu?avait choisie George Bush d?élargissement indéfini de l?OTAN (perspective qui d?ailleurs irrite fort la Russie), mais de transformer la nature de l?OTAN en en faisant un point d?appui au service des démocraties, pour aider à la consolidation d?un nouvel équilibre.

En attendant, la guerre continue en Afghanistan. Et il est impossible d'en imaginer la fin dans un avenir proche.

    augmenter la taille du texte diminuer la taille du texte   votez réagissez      
 

les dernières réactions à l'article

voir mon journal de réactions aide
Aucune réaction encore postée
Soyez le premier à réagir

rechercher par date

rechercher par auteur

autres articles