Jean Marie Colombani 18/03/2011 à 12h43

Au-delà de la catastrophe nipponne

Jean Marie Colombani avec slate

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Le drame que vit le Japon montre l'extrême fragilité d'une grande puissance et la nécessaire solidarité mondiale. Il pose aussi l'inévitable et légitime débat sur l'énergie nucléaire.

Il y aura un avant et un après Japon. Pour le Japon, cela va de soi alors même que l'on ne connaît pas encore le nombre des victimes du tsunami du 11 mars - sans doute beaucoup plus considérable que tout ce que l'on avait pu imaginer -, ni la gravité réelle des fuites radioactives provenant de la centrale de Fukushima. Précisément, c'est la crise nucléaire déclenchée à partir de cette centrale qui est de nature à influencer le reste du monde sur une question centrale : l'énergie.

Bien que l'heure soit encore à la tristesse, à la compassion et à la solidarité pour les Japonais, il nous faut aussi tenter de nous projeter au-delà de ce drame.

Première remarque : le Japon est une grande puissance. Et voilà que cette notion devient très relative face à l'enchainement des événements. Pourtant, il n'y avait pas au monde un pays et une population mieux préparés à la catastrophe. Celle-ci n'en a pas moins pris un tour dramatiquement imprévu. Qui aurait pu penser que l'on verrait des milliers de survivants manquant d'eau, de vivres ou de médicaments ? Une fois de plus est vérifié le constat que les économies surdéveloppées comme les nôtres sont en même temps d'une extrême fragilité. La machine peut s'enrayer à tout moment.

Un minimum de gouvernement mondial

Deuxième remarque, pour celles et ceux qui persistent, soit à ne pas croire à la mondialisation, soit à vouloir s'en protéger, nous avons eu là la plus grande preuve de l'interdépendance dans laquelle nous vivons désormais. Et celle-ci obligera chaque jour davantage à de nouveaux progrès et à de nouveaux pas dans le sens d'institutions à vocation planétaire qui jettent les bases d'un minimum de gouvernement mondial. Même si cette expression peut paraître parfaitement utopique.

Ainsi, une catastrophe au Japon entraine-t-elle une spéculation sur le yen, elle-même liée à la spéculation des marchés sur les perspectives de reconstruction qui appelleront d'immenses besoins en liquidités. Dans le même temps, la crise nucléaire conduit immédiatement à un renchérissement du prix du pétrole, lequel retentit aussitôt sur chacune des économies des pays de la planète. Et on pourrait multiplier les exemples.

De la même façon que, de la crise financière, est né le G20, qui a permis une gestion mondiale de cette crise, de la même façon la catastrophe au Japon et l'envolée du yen ont conduit à une réunion d'urgence et nocturne du G7. Ce dernier a aussitôt apporté son soutien au Japon et à sa banque centrale, permettant une remontée de la bourse de Tokyo et une baisse du yen. Félicitons-nous ainsi de voir que, désormais, à chaque crise, une riposte coordonnée et solidaire est mise en place.

Pas d'énergie à risque zéro

Troisième remarque : le rôle et la place de l'énergie nucléaire sont remis en cause partout. Mais il est probable que le nécessaire débat, qui doit s'engager sur ce sujet, conduira à davantage de transparence et de sécurité et non à un recul du recours à l'énergie nucléaire.

Le débat est à la fois inévitable et légitime. D'abord, parce que personne ne peut prétendre installer une énergie à risque zéro. Le risque existera toujours : la preuve par Fukushima. En outre, et c'est le paradoxe du nucléaire mis en lumière par les événements du Japon, cette énergie qui fait appel à des technologies très sophistiquées nécessitant une vigilance de tous les instants, est en même temps dépendante de processus élémentaires d'une grande simplicité apparente et en même temps d'une grande fragilité.

Car une usine nucléaire, pour fonctionner, a besoin d'être constamment refroidie par de l'eau. Et à Fukushima, c'est la panne des circuits électriques conventionnels, permettant de pomper l'eau, qui nous a rapprochés de la catastrophe. En France, qui a plus de centrales que le Japon, le refroidissement du parc nucléaire nécessite de consommer une quantité d'eau équivalente à la moitié d'une année de consommation d'eau pour les besoins de la population !

Une transparence indispensable

Tout le monde a été pris à contrepied par la catastrophe japonaise. Le monde était installé dans l'idée que le changement climatique imposait à tout un chacun de limiter sa consommation de CO2. Le monde vivait aussi dans l'idée que les ressources pétrolières n'étant pas éternelles, il faudrait développer des énergies de substitution et ce d'autant plus que la croissance des pays émergents rend les besoins en énergie chaque année plus considérables. Ainsi, à la veille du 11 mars, pour un parc mondial de 440 centrales, la prévision était, pour les 15-20 ans à venir, d'une augmentation d'un bon tiers du nombre de ces centrales.

Désormais, tout le monde est plus ou moins contraint, sinon de décréter une pause (comme l'Allemagne ou, de façon plus surprenante, la Chine), du moins de faire droit à la demande de l'opinion de vérifier que davantage de précautions seront prises et qu'une réelle transparence soit assurée par des organismes indépendants. En même temps, le développement des énergies renouvelables devrait en être accéléré. Mais il faut savoir que nous-mêmes et les générations futures sommes décidément appelés à vivre au-dessous du volcan...

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