28/08/2009 à 16h23
C'est fait. A la veille de la rentrée scolaire et de l'arrivée, maintes fois annoncée, de la pandémie grippale tout est en place pour lutter contre le A(H1N1). Tout est en place; ou presque. Certes les enseignants estiment ne pas avoir été suffisamment formés à cette nouvelle menace, certes les médecins généralistes peinent encore à équiper leur salle d'attente en bunker anti-viral et nul ne sait si la campagne à venir de vaccination aura l'efficacité et l'innocuité que l'on est en droit d'attendre d'elle. Pour autant tout ceci ne saurait masquer deux faits essentiels.
Le premier est que, depuis les menaces inhérentes à l'émergence du virus A(H5N1) de la grippe aviaire, la France est parvenue en quelques années à élaborer un véritable plan national de lutte contre une menace pandémique. Le second est que la diffusion à grande vitesse, imminente dit-on, du A(H1N1) dans la population française constituera un test en vrai grandeur de solidarité face à un agent viral pathogène dont on sait à la fois qu'il est hautement contagieux et qu'il peut être mortel.
Depuis quelques semaines, une question est à la mode: ceux qui nous gouvernent n'en auraient-ils pas "trop fait" vis-à-vis de la menace grippale? Certains dénoncent ici les sommes dépensées pour faire face à une maladie qui jusqu'à présent était plus ou moins considérée comme une fatalité. On gardera ainsi longtemps en mémoire la formule du Pr Bernard Debré, spécialiste d'urologie qui estime qu'il ne s'agit là que d'une "grippette". D'autres estiment qu'avant de s'abattre sur les citoyens la grippe A(H1N1) a déjà contaminé les médias. Il y aurait ici une sorte de complot politico-médiatique, un gouvernement voulant à tout prix montrer qu'il agit entrant en résonance avec une presse qui, tout le monde le sait, se plait à faire peur.
" Trop " en faire? Ne pas en faire "assez"? Qui pourrait, aujourd'hui, raisonnablement répondre? Les responsables sanitaires sont confrontés à une équation à de très nombreuses inconnues concernant notamment les caractéristiques du nouveau virus. Le plan de lutte contre la maladie (stocks nationaux de vaccins, de médicaments antiviraux et de masques individuels; campagnes nationales de prévention incitant à respecter des mesures d'hygiène simples) avait été bâti contre le virus A(H5N1). Ce dernier parvenait difficilement à infecter l'homme mais qui, quand il y parvenait, tuait plus d'une fois sur deux. La hantise était alors que ce virus mute et parvienne à devenir hautement contagieux; ce qui ne s'est pas produit.
Dans le cas du A(H1N1) la situation est radicalement différente. Le taux de mortalité semble plus ou moins comparable à celui des virus grippaux saisonniers (de l'ordre de un pour mille) mais on observe aussi, sans véritablement comprendre pourquoi, qu'il peut tuer des personnes jeunes préalablement en bonne santé, des femmes enceintes et des jeunes enfants. Il faut ensuite tenir compte de son caractère pandémique. Si, comme le prévoient les épidémiologistes, il doit infecter entre 20 et 30 millions de personnes en France (environ deux milliards dans le monde selon l'OMS) le nombre des victimes ne sera en rien comparable à celui des grippes hivernales. Là encore les spécialistes redoutent que ce virus mute et conserve son caractère de grande contagiosité tout en devenant beaucoup plus pathogène; ce qui n'est qu'une hypothèse dont personne ne sait si elle se réalisera.
Dans un tel contexte, faut-il regretter que, grâce à la solidarité nationale, le gouvernement ait décidé d'acquérir, pour un milliard d'euros, de quoi vacciner l'ensemble de la population française quitte à ce que (la vaccination n'étant pas obligatoire) seule une fraction de cette population soit protégée? Ce milliard d'euros aurait-il pu être mieux utilisé contre la menace virale et si oui comment ?
L'autre leçon à venir de cette pandémie concerne aussi une autre forme de solidarité. La contagiosité du virus étant ce qu'elle est le seul moyen de lutte, outre la vaccination, sera le strict respect individuel des règles d'hygiène. Ces règles sont simples mais pourront vite apparaître contraignantes qu'il s'agisse du lavage des mains, de l'usage régulier des mouchoirs jetables ou du port des masques. C'est ainsi nul ne pourra plus éternuer, tousser ou se moucher en public sans tout faire pour protéger autrui.
Le grand, le principal défi est bien là : parvenir à (faire) comprendre à chacun que se protéger c'est aussi protéger les autres, sa famille, ses voisins, ses amis, ses collègues de travail, la foule des anonymes. Saurons-nous le relever ? Dans les dernières lignes de " La Peste " Albert Camus écrit que ce que l'on apprend au milieu des fléaux c'est " qu'il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser ".