Venezuela: l'ex-procureure générale s'enfuit en Colombie

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 Le président vénézuélien Nicolas Maduro, le 14 août 2017 à Caracas

Le président vénézuélien Nicolas Maduro, le 14 août 2017 à Caracas

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© AFP, HO, presidency
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AFP, publié le samedi 19 août 2017 à 06h38

L'ex-procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, une adversaire des plus coriaces du président socialiste Nicolas Maduro, s'est réfugiée vendredi en Colombie, quelques heures après la confiscation des pouvoirs du Parlement par l'Assemblée constituante qui l'avait démise début août.

Après avoir transité par l'île caribéenne d'Aruba, "Madame Ortega est arrivée accompagnée de son mari le député German Ferrer", selon un communiqué des services d'immigration colombiens. 

L'ex-procureure générale "est arrivée à bord d'un vol privé à l'aéroport de Bogota et a rempli ses formalités migratoires correspondantes auprès des autorités colombiennes (...) dans l'après-midi (...) en provenance d'Aruba", selon le communiqué.

Chaviste (du nom du défunt Hugo Chavez, président de 1999 à 2013 et mentor de Nicolas Maduro) devenue dissidente, Mme Ortega avait été démise de ses fonctions le 5 août par la toute nouvelle Assemblée constituante acquise au chef de l'Etat vénézuélien.

Elle était aussi interdite de sortie du territoire vénézuélien et avait vu ses comptes bancaires gelés.

Dans un enregistrement audio diffusé vendredi à Puebla (Mexique) lors d'un sommet de procureurs, elle a accusé le président Maduro d'être impliqué dans le vaste scandale de corruption autour du constructeur brésilien Odebrecht, affirmant détenir des preuves.

Mme Ortega avait par ailleurs révélé sur son compte Twitter que des agents du service de renseignement avaient perquisitionné mercredi son domicile, après une demande d'arrestation de son mari, accusé de corruption. Le nouveau procureur général, Tarek William Saab, avait annoncé le même jour qu'il allait demander à l'Assemblée constituante d'entamer le processus pour priver German Ferrer, ancien chaviste passé à l'opposition, de son immunité parlementaire.

- Reprise en main du pays -

L'annonce de l'arrivée du couple en Colombie a été faite peu après que le Parlement vénézuélien, seule institution contrôlée par l'opposition, ait été privé de la majorité de ses pouvoirs par la Constituante, qui poursuit ainsi la reprise en main du pays amorcée par Nicolas Maduro.

Elue fin juillet dans le sang et contestée par une grande partie de la communauté internationale, la Constituante, assemblée de 545 membres tous issus du chavisme - le courant au pouvoir -, s'est attribuée l'essentiel des pouvoirs du Parlement.

Son initiative marque un nouvel épisode dans la grave crise politique secouant le Venezuela, où les manifestations exigeant le départ du chef de l'Etat élu en 2013, sur fond de naufrage économique, ont fait 125 morts depuis le 1er avril.

Les protestations avaient justement démarré quand la Cour suprême, institution réputée proche du président, s'était arrogée fin mars les pouvoirs du Parlement avant de faire volte-face 48 heures plus tard face au tollé soulevé dans le pays et à l'étranger.

Chaviste historique, Luisa Ortega avait alors critiqué le régime, dénonçant une "rupture de l'ordre constitutionnel"

Cette fois, l'Assemblée constituante a annoncé "assumer le pouvoir de légiférer sur les sujets visant directement à garantir la préservation de la paix, la sécurité, la souveraineté, le système socio-économique et financier, les biens de l'Etat et la primauté des droits des Vénézuéliens".

Le décret rappelle que "tous les organes du pouvoir public sont subordonnés à l'Assemblée nationale constituante".

Le Parlement a immédiatement contesté cette décision, affirmant que la Constituante "est nulle et ses actes illégaux et anticonstitutionnels".

- Une Constituante "frauduleuse" -

Le Parlement a obtenu le soutien de l'Organisation des Etats Américains, via son secrétaire général Luis Almagro qui a déclaré "illégitime et inconstitutionnelle" la décision de l'Assemblée constituante et a demandé une réunion d'urgence de l'OEA. 

La présidente de la Constituante, Delcy Rodriguez, a nié qu'il s'agisse d'une dissolution du Parlement, qui selon elle garde certains pouvoirs.

"Non, les paresseux doivent travailler. (Le Parlement) n'est pas dissous, allez travailler et respecter les lois de la République, vous devez respecter le pouvoir constituant", a-t-elle lancé.

Dans une lettre ouverte, la direction du Parlement avait rappelé plus tôt qu'elle ne reconnaissait pas "l'Assemblée nationale constituante frauduleuse, ses mandats et tous les actes émanant d'elle".

L'Assemblée constituante doit officiellement rédiger une nouvelle Constitution pour remplacer celle de 1999, mais elle a été dotée de pouvoirs très étendus et a prévu de siéger deux ans, donc au-delà du mandat du président Maduro, qui s'achève en janvier 2019.

"Au-delà de son travail de réécriture de la Constitution, elle devient de facto l'organe législatif. C'était un espace dont le gouvernement cherchait à prendre enfin le contrôle", a commenté à l'AFP Diego Moya-Ocampos, analyste du cabinet britannique IHS.

L'opposition, réunie dans une vaste coalition d'une trentaine de partis, la Table pour l'unité démocratique (MUD), avait remporté une large victoire aux législatives de fin 2015, mettant fin à plus de 15 ans d'hégémonie chaviste.

Elle avait alors surfé sur le mécontentement populaire: lassés des pénuries d'aliments et de médicaments, une majorité de Vénézuéliens souhaitent le départ du président Maduro, selon différents sondages.

Mais l'opposition n'a jamais pu profiter de son pouvoir législatif, chacune de ses décisions étant annulée par la Cour suprême.

 
32 commentaires - Venezuela: l'ex-procureure générale s'enfuit en Colombie
  • C'est beau la liberté chez les Bolivariens ......

  • Et toujours un silence sidéral de monsieur Mélancheon et de ses sbires.

  • L'histoire se répète
    En 35, Staline a mis en place une nouvelle constitution, promulguée début 36, soit disant plus démocratique et destinée à améliorer la situation du pays, et en même temps il a amplifié à un niveau industriel les grandes purges (plus de 600000 victimes) qui avaient débuté avec l'assassinat de Kirov
    Maduro (et sa clique dont Cabello le vrai homme fort) prend le même chemin
    Quand je lis ici que certains défendent encore ces dictateurs en herbe en se référant à des organes politisés et de parti pris, en hurlant au complot portant sur la totalité des médias qui rapportent les faits et sur tous les témoignages, très nombreux, qui viennent de là-bas, je me dis que l'idéologie rend vraiment aveugle, à ce stade c'est comme une religion. Ca fait peur si on imagine les porteurs de ces idées au pouvoir

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    tazounet  (privé) -

    Les plus a plaindre dans tout cela c'est le peuple qui va payer les pots cassés et avoir encore plus faim!

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