Syrie: la ville d'Idleb sous contrôle jihadiste après le retrait des rebelles

Syrie: la ville d'Idleb sous contrôle jihadiste après le retrait des rebelles

Vue d'une place de la ville syrienne d'Idleb (nord) en date du 24 mai 2017

A lire aussi

AFP, publié le dimanche 23 juillet 2017 à 20h28

La ville d'Idleb dans le nord-ouest de la Syrie est passée dimanche sous le contrôle de jihadistes après le retrait d'un groupe rebelle rival, permettant ainsi à l'ex-branche d'Al-Qaïda de dominer l'une des dernières provinces échappant au régime de Damas.

Dans le même temps, une voiture piégée a explosé dans la ville, faisant 11 morts, dont neuf jihadistes, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Ce rebondissement intervient deux jours après un accord de trêve qui a mis fin à une semaine de violents combats entre Ahrar al-Cham, groupe rebelle influent, et la coalition Tahrir al-Cham, menée par l'ex-branche d'Al-Qaïda en Syrie.

Ces affrontements ont fait au moins 92 morts, dont 15 civils, selon l'OSDH.

Ahrar al-Cham, qui a le soutien de la Turquie et de pays du Golfe, "s'est retiré d'Idleb et c'est désormais Tahrir al-Cham qui contrôle la ville et ses administrations", a indiqué à l'AFP Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'OSDH.

"Des centaines de combattants rebelles ont quitté la ville à bord de dizaines de véhicules en direction du sud de la province d'Idleb", a-t-il précisé. "Tahrir al-Cham a installé des barrages à travers la cité".

Anciens alliés, les deux groupes avaient combattu côté à côte et chassé en 2015 les troupes gouvernementales de Bachar al-Assad de la province d'Idleb.

Mais depuis des mois, les tensions se sont accrues entre les deux camps et ont été exacerbées par les craintes de Tahrir al-Cham, désigné comme "terroriste" par la communauté internationale, d'un plan visant à le chasser d'Idleb, l'une des dernières provinces à échapper au régime de Bachar al-Assad.

- Rebelles diminués -

La prise par les jihadistes du chef-lieu, très symbolique, intervient après qu'ils se sont également emparés au cours des dernières 48 heures de "plus de 31 villes, localités et villages" à travers la province, selon l'OSDH. 

Ce contrôle s'est effectué sans combats, à la suite de l'accord de trêve qui prévoit "un cessez-le-feu et la libération des détenus des deux côtés".

L'accord stipule également "le départ des groupes armés du poste-frontière de Bab al-Hawa pour sa prise en charge par une administration civile", après des combats dans ce secteur.

La présence d'Ahrar al-Cham se concentre désormais dans Ariha et une partie de Jabal al-Zawiya", dans le sud-est de la province, d'après l'OSDH.

"Son poids a beaucoup diminué dans cette province qui était leur bastion", a indiqué M. Abdel Rahmane.

Cette situation permet à Tahrir al-Cham d'imposer sa prééminence dans la province d'Idleb. La coalition jihadiste est dominée par Fateh al-Cham --autrefois connu sous le nom de Front al-Nosra, avant que le groupe n'annonce officiellement qu'il n'était plus la branche d'Al-Qaïda en Syrie.

D'après les analystes, les violences entre les deux groupes découlent de la crainte par Tahrir al-Cham des conséquences de l'accord conclu en mai à Astana au Kazakhstan, qui prévoit des "zones de désescalade" en Syrie, dans le but de mettre fin à la guerre entre loyalistes et insurgés.

L'accord, conclu entre la Russie et l'Iran, alliés du régime syrien, et la Turquie, soutien des rebelles, englobe la province d'Idleb et appelle à la poursuite du combat contre les groupes jihadistes.

Déclenché en mars 2011 par la répression de manifestations prodémocratie et opposant initialement armée et rebelles, le conflit en Syrie s'est complexifié au fil des ans avec l'implication d'acteurs régionaux, de puissances internationales et de groupes jihadistes, sur un territoire de plus en plus morcelé. 

Il a fait plus de 330.000 morts et des millions de déplacés.

ram/mer