Rohingyas: le Bangladesh seul face à une crise au long cours

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 Camp de réfugiés de Kutupalong au Bangladesh le 24 septembre 2017

Camp de réfugiés de Kutupalong au Bangladesh le 24 septembre 2017

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© AFP, DOMINIQUE FAGET
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AFP, publié le lundi 25 septembre 2017 à 09h32

Un mois après le début du nouvel exode des Rohingyas, le Bangladesh a désormais la lourde charge de 700.000 réfugiés et se trouve diplomatiquement désemparé face à cette crise humanitaire d'ampleur vouée à durer.

La communauté internationale a salué la décision de Dacca d'ouvrir ses frontières à la marée humaine de cette minorité musulmane persécutée dans l'ouest de la Birmanie. Cependant, estiment les spécialistes, la Première ministre Sheikh Hasina ne peut guère espérer d'aide de pays alliés pour gérer ces réfugiés ou persuader la Birmanie de les réadmettre.

Si une solution n'est pas trouvée, l'hospitalité du Bangladesh envers les Rohingyas pourrait très nettement se refroidir, préviennent-ils.

"Le Bangladesh ne peut pas gérer cette situation seul", prévient Champa Patel, directrice du programme Asie de l'institut britannique Chatham House.

"C'est densément peuplé, pauvre et historiquement déjà le refuge de déplacés de la communauté rohingya. Si (le pays) est actuellement avenant, cela pourrait changer si la situation se prolonge sans issue en vue", explique-t-elle.

Près de 430.000 réfugiés, principalement des musulmans rohingyas, ont fui la Birmanie depuis le 25 août pour échapper à une campagne de répression de l'armée consécutive à des attaques de la rébellion rohingya. L'ONU considère que l'armée birmane et les milices bouddhistes mènent une épuration ethnique.

Ces arrivées sont venues s'ajouter aux autres 300.000 Rohingyas au moins qui se trouvaient déjà dans des camps au Bangladesh, legs de vagues de violences précédentes.

Nourriture, eau, médicaments, tout manque dans le sud du Bangladesh. Les chemins autour des camps sont parsemés d'excréments humains, faisant craindre l'apparition d'épidémies et une catastrophe sanitaire.

La cause des Rohingyas a trouvé un écho favorable dans la société du Bangladesh, pays de 160 millions d'habitants à majorité musulmane. 

Des cohortes de camions chargés d'aide humanitaire provenant de dons ou d'organisations internationales défilent quotidiennement dans la région de Cox's Bazar. Mais ils ne suffisent pas à satisfaire l'océan de besoins.

A l'Assemblée générale des Nations unies la semaine dernière, Mme Hasina a appelé à l'établissement de zones de sécurité supervisées par l'ONU en Birmanie pour permettre le retour des Rohingyas. La Birmanie n'a pas répondu à cette requête.

- Intérêts économiques -

Le Bangladesh espère que la pression internationale obligera la Birmanie à réadmettre les Rohingyas, communauté que Naypyidaw considère comme étrangère.

Mais ni Dacca ni les capitales occidentales qui se sont émues de la crise humanitaire n'ont de véritable prise sur la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi et la très puissante armée, à la manœuvre dans ce conflit. L'Occident craint de mettre en péril la fragile transition démocratique en Birmanie qui émerge à peine d'un demi-siècle de dictature militaire.

"L'armée de la Birmanie a les clés de la résolution de la crise, dans l'immédiat et à court terme", explique à l'AFP Ali Riaz, professeur à l'université de l'Etat américain de l'Illinois et expert des relations banglado-birmanes.

"Une force politique bouddhiste nationaliste extrémiste a émergé ces dernières décennies en Birmane", ajoute M. Riaz.

Par lui-même, le Bangladesh a peu d'options à sa disposition pour forcer la main de la Birmanie, analyse Zachary Abuza, professeur au National War College de Washington.

Les organisations régionales, comme l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (ASEAN), ne se montrent également guère enclines à s'impliquer dans la résolution du dossier.

"Le sujet des Rohingyas divise énormément au sein de l'ASEAN", explique M. Abuza.

Puissances régionales, la Chine et l'Inde auraient le pouvoir de peser sur la Birmanie. Mais les deux géants gardent un œil vigilant sur leurs intérêts économiques là-bas.

Pékin et New Delhi "ont des investissements dans le pays qu'ils ne veulent pas voir menacés à cause de la crise actuelle", décrypte Mme Patel de Chatham House.

Les généraux birmans n'écoutent de toute façon qu'eux-mêmes, juge M. Abuza.

"La direction de l'armée birmane a pris en compte les coûts diplomatiques de ses actions. Je crois qu'il est important de comprendre qu'ils attendaient de faire cela depuis longtemps", affirme-t-il.

 
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