Rio: le dispensaire d'une favela confronté à la "médecine de guerre"

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 Un homme poignardé dans le dos pris en charge au dispensaire de la favela de la Cité de Dieu, à Rio de Janeiro, le 7 juillet 2017

Un homme poignardé dans le dos pris en charge au dispensaire de la favela de la Cité de Dieu, à Rio de Janeiro, le 7 juillet 2017

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© AFP, Mauro PIMENTEL
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AFP, publié le mardi 11 juillet 2017 à 23h52

Le modeste dispensaire de la Cité de Dieu était censé gérer bobos et poussées de fièvre, mais il a été précipité ces derniers mois dans une "médecine de guerre" par l'afflux de blessés par balle dans cette favela emblématique de Rio.

Vendredi, 22H00. Un homme corpulent fait irruption dans la petite structure en préfabriqué: on vient de lui tirer sur la main.

Le corps recouvert d'hématomes, il titube vers les urgences en laissant derrière lui une traînée de sang.

Les médecins et infirmiers de garde lui prodiguent les premiers secours, tandis que pleurent des bébés qui attendent leur consultation dans les bras de leurs mères.

Le blessé sera ensuite transféré vers un hôpital équipé pour la chirurgie. Mais ces établissements sont parfois trop loin de la favela pour que les patients puissent s'y rendre directement sans passer par la case dispensaire.

Dans la nuit de dimanche à lundi, la scène se répète, après des échanges de tirs nourris entre policiers et trafiquants.  

Trois des quatre lits que comptent les urgences sont occupés par des blessés par balle arrivés pratiquement en même temps.

Un jeune de 17 ans est atteint à la poitrine, un homme de 63 ans au niveau de l'abdomen et une femme de 82 ans a été touchée au thorax par une balle perdue chez elle, dans son sommeil.

"C'est littéralement de la médecine de guerre. Non seulement nous nous occupons de blessés par balle, mais nous sommes en pleine zone de conflit", explique à l'AFP Luiz Alexandre Essinger, directeur de l'organisme qui gère le dispensaire.

- Gros calibres -

La réalité dépasse souvent la fiction dans la Cité de Dieu, connue dans le monde entier grâce au film éponyme de Fernando Meirelles qui décrivait la guerre entre gangs de narcotrafiquants il y a plusieurs décennies.

Car un an après avoir reçu les jeux Olympiques, la "ville merveilleuse" est frappée par une nouvelle flambée de violence.

Une situation aggravée par la crise financière qui touche l'État de Rio. Au bord de la faillite, il ne parvient pas à payer à temps les salaires de ses fonctionnaires, y compris des policiers.

En 2015, 720 blessés par balle ont été traités dans les sept hôpitaux municipaux de Rio. Ce chiffre a plus que doublé en 2016 (1.652), une tendance qui se poursuit cette année, avec 590 cas recensés de janvier à mars.

La gravité des blessures tend aussi à augmenter en raison du changement de calibre des armes utilisées.

Dans les années 90, la guerre entre gangs se faisait surtout avec des pistolets 9 mm. 

Ils sont à présent remplacés par des fusils d'assaut qui peuvent transpercer des murs, d'où l'augmentation du nombre de victimes de balles perdues.

"Avant, la plupart des blessés par balle arrivaient vivants. Aujourd'hui, le plus souvent, ils sont déjà morts quand on nous les amène", dit José Roberto Figueiredo, médecin-chef du dispensaire de la Cité de Dieu. 

Son équipe doit faire face à de nombreuses situations tendues, comme l'irruption de policiers à la recherche de trafiquants, voire des trafiquants eux-mêmes qui les menacent avec leurs armes pour demander à ce que l'un des leurs soit soigné sur-le-champ.

- 'Victimes innocentes' -

Les professionnels de la santé qui travaillent dans ce dispensaire sont souvent très jeunes et certains craquent. En juin, trois d'entre eux démissionné.

Des effectifs très difficiles à remplacer, malgré des salaires attractifs. Les postes de la Cité de Dieu sont presque toujours les derniers pourvus.

Iara Viana, médecin de 27 ans, a encore des frissons quand elle se souvient du jour où toute l'équipe est restée bloquée dans le dispensaire pendant des heures il y a un an, en pleine fusillade.

Les trafiquants, aux prises avec la police, avaient bloqué tous les accès de la favela avec des barricades, empêchant la relève de la garde du dispensaire.


Mais "il est tout de même gratifiant de pouvoir aider les gens qui ont vraiment besoin de nous", soupire Iara. Elle tient bon, malgré la détresse des victimes.

"Ça donne envie de partir loin d'ici, il y a trop de violence, trop de victimes innocentes", se désespère Rogeria Brites, 57 ans, une patiente qui ne tient plus en place dans la salle d'attente.

csc-lg/pt/gde

 
1 commentaire - Rio: le dispensaire d'une favela confronté à la "médecine de guerre"
  • Rio n'avait pas les Jeux Olympiques la dernière fois?
    Cela laisse à penser.
    A qui ont profité ces jeux mondiaux? Comment laisser des structures qui ont coûté des milliards à l'abandon en pas un an, un sous prolétariat utilisé quelques mois et tchao!!!! Un peu plus dans les favelas, une honte!
    En France ce ne sera pas pareil: structures existantes mais à améliorer, juste un ajustement... Les sous traitants devront utiliser une main d’œuvre contrôlée et payée correctement, le rêve quoi!
    Qui peut y croire?

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