Pour les Kurdes d'Irak, la route vers l'indépendance s'annonce ardue

Pour les Kurdes d'Irak, la route vers l'indépendance s'annonce ardue

Le gouverneur de la province de Kirkouk, Najim al-Din Karim (C-D) élève le drapeau irakien à côté du drapeau kurde sur un bâtiment du gouvernement à Kirkouk, le 28 mars 2017

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AFP, publié le mardi 13 juin 2017 à 21h03

De nombreux Kurdes d'Irak ont salué comme historique l'annonce d'un référendum sur leur indépendance mais le chemin de l'autodétermination sera long même si le "oui" devrait largement l'emporter en septembre.

La présidence du Kurdistan irakien a "franchi le Rubicon" en fixant la semaine dernière la tenue le 25 septembre de ce référendum malgré l'opposition de Bagdad, estime Hoshyar Zebari, un ancien ministre des Affaires étrangères.

Cette annonce survient dans un contexte délicat pour la région autonome du nord de l'Irak avec la poursuite de la guerre contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI), l'accueil de plus d'un million de déplacés et le marasme économique lié notamment à la chute des prix du brut.

Peuple d'origine indo-européenne réparti principalement dans quatre pays (Turquie, Irak, Iran et Syrie), les Kurdes ont longtemps souhaité avoir leur propre Etat mais ce rêve s'était brisé à la fin de la Première Guerre mondiale.

Le référendum du 25 septembre ne sera pas contraignant mais il déclenchera le processus d'indépendance.

Toutefois, pour que le projet d'Etat soit viable, les Kurdes devront surmonter une série de défis économiques et sécuritaires mais aussi mettre un terme à leurs divisions internes et obtenir la reconnaissance à l'étranger.

- Obstacles -

Ce projet suscite déjà l'opposition de Bagdad et des pays voisins comme la Turquie et l'Iran, qui craignent qu'il ne fasse tache d'huile chez leur propre minorité kurde. 

"Les deux plus gros obstacles à un Kurdistan indépendant sont la question des frontières avec l'Irak et la reconnaissance internationale", souligne l'expert Nathaniel Ribkin.

"Si un accord n'est pas trouvé avec Bagdad sur les frontières, de nombreux pays hésiteront à reconnaître une déclaration unilatérale d'indépendance", explique M. Ribkin, rédacteur en chef du bulletin spécialisé Inside Iraqi Politics.

A Bagdad, le Premier ministre irakien Haider al-Abadi a expliqué mardi qu'il comprenait le désir des Kurdes mais a souligné la nécessité de respecter la Constitution.

"Chaque partie de l'Irak a ses aspirations et nous respectons cela, même si ne nous sommes pas d'accord", a-t-il dit lors d'une conférence de presse. "Nous vivons dans la même patrie et ils (les Kurdes) sont nos partenaires".

Mais ce "référendum n'est pas opportun", a-t-il ajouté.

Le puissant voisin turc a quant à lui qualifié le projet de "grave erreur" et son opposition est susceptible de mettre en péril la viabilité d'un éventuel Etat kurde. 

Le Kurdistan irakien tire en effet ses principales recettes de l'exportation du pétrole et celle-ci se fait via un oléoduc arrivant au port turc de Ceyhan.

L'Iran a lui estimé que le référendum "pouvait seulement conduire à de nouveaux problèmes", alors que des heurts épisodiques opposent ses forces de sécurité à des rebelles kurdes dont les bases arrière sont en Irak.

Pour sa part, Washington, à la fois allié de Bagdad et des Kurdes, a exprimé son opposition au timing du référendum tout en ayant à plusieurs reprises affirmé son soutien au principe d'autodétermination.

"Sans des garanties de sécurité solides de la part des Etats-Unis, un Kurdistan indépendant ne pourrait survivre", prévient Amberin Zaman, du Wilson Center.

- Divisions -

Mais les quelque cinq millions de Kurdes irakiens divergent aussi sur l'opportunité du référendum alors que la région est dans une impasse politique. 

Massoud Barzani, élu président du Kurdistan en 2005, a vu son mandat arriver à échéance en août 2015 mais est resté au pouvoir malgré les critiques de l'opposition. Le Parlement de la région a été suspendu en 2015.

L'administration de M. Barzani peine à payer les fonctionnaires et est confrontée à une forte opposition, notamment de deux partis pour lesquels un référendum ne peut avoir lieu avant des élections parlementaires et présidentielle.

"Le référendum pourrait constituer une bouée de sauvetage pour les partis au pouvoir", souligne Yerevan Saeed, expert à l'Arab Gulf Institute. Mais "sans l'unité des Kurdes, il ne peut y avoir de chemin viable vers l'indépendance", avertit-il.

Face à de tels défis externes et internes, des observateurs estiment que les perspectives d'indépendance pourraient favoriser le rapprochement entre les différents acteurs kurdes.

"Ils devront enterrer la hache de guerre" pour "faire en sorte que ce rêve d'un grand nombre de Kurdes devienne réalité", souligne Amberin Zaman.

 
4 commentaires - Pour les Kurdes d'Irak, la route vers l'indépendance s'annonce ardue
  • Après tous les combats armés qu'ils ont menés contre l'EI en Syrie, ils devraient avoir droit à un espace de vie propre à eux même si dans la réalité cela paraît vraiment ardue car ils se trouvent sur plusieurs territoires et états différents. C'est triste pour ce peuple sans racines.

  • La France et l'Angleterre ont dessiné les frontières de l'Irak et de la Syrie actuelles. Ils sont responsables de ne pas avoir tenu leur promesse d'un Etat Kurde qui devait être créé en 1919, alors qu'il y a plus de 50 millions de Kurdes. Leur peuple est divisé de façon factice à cause des empires Français, Anglais (qui ont fait comme en Afrique, casser en morceaux les nations pour régner) et Turc.
    Je suis partisan de retirer à la Turquie le Kurdistan qu'elle occupe (comme la plus grande partie de l'Arménie historique), à l'Irak le Kurdistan Irakien, et à la Syrie le Kurdistan syrien pour créer un Etat réel.

  • Si les Kurdes croient, un seul instant, que leurs efforts à combattre Daesh, seront récompensés par un territoire et leur indépendance, ils se trompent lourdement.
    Jamais la Turquie, l'Irak ou la Syrie ne leur céderont une arrhe de terre.
    Pourtant, le fier et courageux peuple Kurde le mérite tant pour leurs fidélités comme alliés des occidentaux et leurs bravoures au combat contre les barbares de Daesh.

  • pas un mot du bombardement Turc aujourd'hui qui aurait fait vingt morts parmi les forces Kurdes qui luttent contre l'EL

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