Philippines: la loi martiale donne son nom aux bébés de la guerre

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 Raisah Labay berce tendrement son nouveau-né nommé Martial, assise sur des gradins dans un camp pour évacués à Buru-on Barangay Hall à Iligan, sur l\

Raisah Labay berce tendrement son nouveau-né nommé Martial, assise sur des gradins dans un camp pour évacués à Buru-on Barangay Hall à Iligan, sur l'île méridionale de Mindanao aux Philippines, le 15 juin 2017.

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© AFP, NOEL CELIS
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AFP, publié le vendredi 16 juin 2017 à 11h12

Raisah Labay berce tendrement son nouveau-né: un garçon nommé Martial pour rappeler qu'elle a fui une ville ravagée par la guerre et que l'enfant est né sous un nouveau régime d'exception.

Le président Rodrigo Duterte a décrété la loi martiale sur l'ensemble du tiers méridional de l'archipel philippin le mois dernier en réponse à la mise à sac de la localité de Marawi par des jihadistes se réclamant du groupe État islamique.

Les affrontements sont toujours en cours et la quasi totalité des 200.000 habitants de Marawi ont fui. Ils vivent aujourd'hui dans des centres d'urgence bondés, où les bébés dorment à même le sol ou dans des berceaux de fortune accrochés à des paniers de basket, ou encore chez des proches.

"Je l'ai appelé Martial pour témoigner du fait qu'il est né en temps de guerre", explique à l'AFP Raisah Labay, 21 ans, assise sur des gradins dans un camp pour évacués dans une ville avoisinante.

"Avec la loi martiale, nos vies se sont écroulées. Un jour je veux lui raconter l'épreuve douloureuse que j'ai vécue: avoir les contractions pendant que notre famille était évacuée et me dire, +Non, ne l'expulse pas encore+".

Les combats ont commencé le 23 mai lorsque des centaines de jihadistes brandissant les drapeaux noirs de l'EI ont occupé certains quartiers de Marawi, la plus grande ville musulmane des Philippines catholiques. Selon les autorités, il s'agissait d'une tentative pour décréter un "califat" islamiste dans la région.

En dépit d'une campagne intensive de bombardements aériens soutenue par les États-Unis, de nombreux combattants islamistes sont toujours retranchés dans la ville, protégés par des centaines de civils qui leur servent de boucliers humains. Les jihadistes ont surpris les autorités par leur résistance, de même que leur puissance de feu qui perdure.

- Hôpitaux surchargés -

Vingt-six civils, 59 membres des forces de sécurité et 225 jihadistes ont été tués, selon le gouvernement.

A l'extérieur de la zone des combats, les déplacés meurent de maladie et de déshydratation. Les femmes et les enfants sont les premières victimes de la crise humanitaire, d'après les autorités locales et les travailleurs humanitaires.

"Quasiment chaque jour, des gens meurent dans les centres d'évacuation: des enfants, des personnes âgées. Ils tombent malades mais nos hôpitaux sont pleins à cause du grand nombre de réfugiés", dit à l'AFP Mamintal Adiong, gouverneur adjoint de la province. 

Dans le gymnase où est réfugiée Mme Labay, 220 personnes partagent un WC et manquent d'eau potable. Les femmes n'ont pas assez de sous-vêtements et de produits d'hygiène, expliquent à l'AFP des travailleurs humanitaires.

Les familles se blottissent sur des tapis de sol dans la moiteur de l'après-midi, séparées seulement les unes des autres par des cartons d'aide humanitaire.

Mme Labay, dont les parents tenaient un petit restaurant à Marawi, a fui en emmenant uniquement son aîné de deux ans. Elle a eu la chance de réussir à gagner à temps un hôpital public pour un accouchement sans complications. Mais aujourd'hui, elle est au désespoir.

- Que du lait maternel -

"On n'a pas d'argent pour les couches, le lait, ou les vêtements pour bébé. La seule chose que je peux lui donner c'est mon lait".

Roselyne Arat, 30 ans et enceinte, explique qu'elle voulait une échographie mais qu'elle n'a pu en obtenir. En guise de soins médicaux, elle dit avoir reçu en tout et pour tout des vitamines.

Elle doit accoucher avant la fin du mois. Elle veut aussi appeler son enfant Martial si c'est un garçon, Martiala si c'est une fille.

"Au début, c'était une blague pour mon mari et moi mais après, on s'est dit que c'était un prénom adapté", raconte Mme Arat à l'AFP.

"Ce qui s'est passé à Marawi est un cauchemar qu'on aurait pas pu imaginer. Mais on essaye d'être forts car même si on a perdu nos biens, on est tous ensemble".

L'avenir des déplacés est incertain. Leur logement, leur gagne-pain, ont souvent été détruits par les bombardements aériens et les combats de rues. Mais ils ont quand même un peu d'espoir pour leurs enfants.

Raisah Labay est déterminée à ce que Martial --surnommé Marmar, une allusion à Marawi -- ait une vie paisible, même si elle ne sait pas bien comment faire.

"C'est la première fois que je suis évacuée et je ne veux pas que mon bébé vive ça. Si vous aviez vécu de telles difficultés, vous voudriez que votre enfant les vivent aussi?"

 
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