Nuit de désolation à Barcelone, frappée en plein coeur

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 La camionette qui a foncé dans la foule sur les Ramblas a été enlevée du lieu du drame pa la police, le 18 août 2017 à Barcelone

La camionette qui a foncé dans la foule sur les Ramblas a été enlevée du lieu du drame pa la police, le 18 août 2017 à Barcelone

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© AFP, Josep LAGO
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AFP, publié le vendredi 18 août 2017 à 08h40

Deux heures du matin dans la vieille ville de Barcelone: effarés, des dizaines de touristes en tenue d'été errent dans l'attente de pouvoir regagner leur hôtels ou locations sur les Ramblas où un attentat a tué au moins 13 personnes. 

A cent mètres de la statue de Christophe Colomb pointant le doigt vers la Méditerranée, un couple d'Écossais de 64 et 66 ans, hiératiques, scrutent l'entrée des Ramblas barrée par un cordon de sécurité.

"Nous ne pouvons pas accéder à notre hôtel sur les Ramblas", dit l'homme en simple tee-shirt, debout. "Nous étions assis au balcon quand l'attentat s'est produit, juste en bas: on a tout vu, la camionnette (qui fonçait sur la foule), la panique partout..." 

"Mais on ne racontera rien", le coupe sa femme, le regard vide. "On a tout dit aux policiers. Ils sont arrivés en deux minutes. Ils étaient très bons". 

Quelques heures plus tôt, le coeur de la ville baigné de soleil a été ébranlé par le premier attentat sur le sol espagnol revendiqué par le groupe jihadiste État islamique (EI). 

Sa cible: la foule qui baguenaudait parmi les kiosques à fleurs et à souvenirs, sur l'allée centrale des "Ramblas", l'avenue longue de plus d'un kilomètre qui descend vers la mer.

Depuis la petite rue étroite Hospital, Benjamin, Barcelonais de 45 ans, aperçoit l'endroit où la macabre camionnette a percuté un kiosque. 

"Là où on voit la police scientifique au travail, avec les blouses blanches, vous voyez: c'est là que la camionnette a foncé contre un kiosque", explique ce mécanicien industriel.

Dans la ville aux 1,6 million d'habitants - où 9 millions de touristes dorment à l'année - plusieurs bateaux de croisières attendaient aussi à quai le retour de leurs passagers.

La tragédie a surpris la cité dans son ordinaire: le FC Barcelone digérait une défaite contre le Real Madrid, le gouvernement catalan persistait à préparer un référendum sur l'indépendance de la région, une grève des agents de sécurité se prolongeait à l'aéroport...

Mais aussitôt, la ville qui accueillit les jeux Olympiques de 1992 a serré les rangs, solidaire et empressée.

La grève à l'aéroport a cessé. Des taxis se sont mis à transporter gratuitement ceux qui le nécessitaient. Des volontaires se sont précipités pour donner leur sang, ont rapporté les médias locaux.

Des hôtels voisins des Ramblas offrent refuge et couverture aux touristes venus patienter dans leurs halls.

- Silence irréel -

Dans le centre privé de ses habituelles festivités de la mi-août, annulées, un silence irréel s'est installé.

"C'est une ambiance étrangement calme", constate Remy Gredin, étudiant de 23 ans venu de Marseille, finissant de dîner à une des rares terrasses restées ouvertes sur la Rambla del Raval, une artère parallèle à la Rambla principale. 

"On attend de rentrer dans l'appartement qu'on loue sur les Ramblas, l'attentat s'est passé juste en dessous mais nous étions partis une heure avant visiter le parc Guell", dit-il avec trois autres amis français.


Sous les lampadaires, des balayeurs en gilet fluo côtoient des policiers baraqués en civil. 

En chemise blanche, deux serveurs évoquent déjà l'après: "C'était une question de temps (qu'il y ait un attentat en Espagne) mais on ne savait pas si ce serait à Madrid ou ici", dit Juan Manuel Ruiz, Barcelonais de 43 ans. "A partir d'aujourd'hui, ça ne sera plus pareil. Et il ne faudra plus qu'il laisse rentrer n'importe qui: Ce n'est pas une question de racisme mais d'ordre. On vous donne à manger, ne venez pas nous tuer!", lance-t-il.

Son collègue Marc de la Iglesia, 29 ans, assure au contraire que "ça n'a aucun sens de s'alarmer". "Il faudrait un message d'unité, aider les gens qui ont souffert et que l'image de Barcelone ne soit pas trop endommagée". 

"Nous ne laisserons pas une minorité en finir avec notre manière d'être, qui s'est forgée au cours des siècles, nous sommes et nous serons des gens de paix et d'accueil", a déclaré le président séparatiste de la région, Carles Puigdemont.

De téléphone en téléphone, passait le message: "Ne partagez pas d'images de l'attentat de Barcelone, c'est ce qu'ils recherchent". 

 
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