"N'isolez pas la Turquie !", l'appel d'écrivains victimes de la répression

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 Le journaliste turc Can Dundar, ancien rédacteur en chef du journal d'opposition Cumhuriyet, le 12 octobre 2017 lors de la Foire du livre de Francfort

Le journaliste turc Can Dundar, ancien rédacteur en chef du journal d'opposition Cumhuriyet, le 12 octobre 2017 lors de la Foire du livre de Francfort

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© AFP, John MACDOUGALL
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AFP, publié le vendredi 13 octobre 2017 à 14h53

Journalistes et écrivains turcs victimes de la répression organisée par le pouvoir de Recep Tayyip Erdogan ont profité de la Foire du livre de Francfort pour plaider contre un isolement de la Turquie malgré la politique qui y est suivie.

Emprisonné l'an passé, l'ancien rédacteur en chef du journal d'opposition Cumhuriyet, Can Dundar, se souvient d'un camarade de cellule demandant à un gardien de lui apporter un livre de la bibliothèque de la prison.

"Nous n'avons pas le livre", lui a répondu ce dernier, "mais nous en avons l'auteur".

L'anecdote, racontée par le journaliste au cours d'une table ronde, illustre avec un certain humour noir les atteintes à la liberté d'expression depuis le coup d'Etat manqué du 15 juillet 2016.

Parmi les quelque 50.000 personnes arrêtées depuis figurent environ 180 journalistes et le président turc est la cible de vives critiques de la part de l'Occident.

Can Dundar, assis aux côtés de la célèbre romancière Asli Erdogan, elle-même emprisonnée l'an passé pour "propagande terroriste", a toutefois exhorté les gouvernements à ne pas tourner le dos à la Turquie même si le fossé qui les sépare de son dirigeant ne cesse de s'élargir.

"Isoler la Turquie signifie soutenir Erdogan, pas nous", affirme-t-il.

Des millions de Turcs ont voté contre un renforcement des pouvoirs présidentiels au référendum controversé d'avril, met-il en avant, même si le chef de l'Etat turc a obtenu la majorité des voix.

En rompant avec Ankara, l'Europe abandonnerait cette frange très importante de la population. Et de récents sondages d'opinion montrent une baisse de la popularité du président Erdogan, au pouvoir depuis 2002.

"Au moins la moitié du pays résiste désormais, souffre et se bat en même temps", assure Can Dunbar.

- Trop facile de toujours accuser Erdogan -

Cette table ronde fait partie d'une série d'événements organisés cette année à la Foire internationale du livre à Francfort, une ville de l'ouest de l'Allemagne, sur le thème des atteintes à la liberté de presse en Turquie.

Ahmet Sik, un journaliste d'investigation actuellement en prison, a été honoré d'un prix pour son courage et des partisans du journaliste germano-turc du quotidien Die Welt Deniz Yucel se sont rassemblés sous une bannière sur laquelle était écrit : "#freedeniz pour exiger sa libération".

Le romancier Burhan Sonmez, troisième participant à la discussion, est récemment retourné vivre à Istanbul après avoir passé une décennie en Grande-Bretagne.

Qui exprime un avis différent vit dans la peur en Turquie, témoigne-t-il. "Vous ne savez pas ce qui peut se passer d'un jour à l'autre. Vous pouvez vous retrouver au travail ou en prison", dit-il.

Mais c'est justement ce qui l'encourage, affirme-t-il : "vous devez parler, vous devez écrire. Parce que vous pourriez être le prochain".

Et comme les médias sont largement contrôlés par le gouvernement, il faut trouver d'autres moyens d'atteindre les lecteurs.

"Dieu merci, les gens en Turquie savent comment accéder aux sites internet censurés", souligne à cet égard le journaliste Can Dundar.

Asli Erdogan juge toutefois qu'il est "trop facile d'accuser (le président) Erdogan pour tout", mettant aussi en exergue les divisions de l'opposition.

"La question arménienne, la question kurde, ce sont des lignes de fracture qui divisent l'opposition. Nous ne pouvons pas faire vraiment obstacle à Erdogan et à sa tyrannie à cause de ces fractures", juge cette romancière de 50 ans.

Les participants à la table ronde ont aussi plaidé pour davantage de solidarité envers les écrivains emprisonnés.

"Il faut leur dire que nous ne les avons pas oubliés", a souligné Mme Erdogan, accusée d'avoir des liens avec un journal prokurde et qui devra retourner devant le tribunal le 31 octobre. Elle risque la prison à vie.

 
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