Mexique: Javier Valdez, maître en journalisme assassiné, admiré de ses pairs

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 La photo du journaliste mexicain Javier Valdez, tué par balle à Culiacan, lors d\

La photo du journaliste mexicain Javier Valdez, tué par balle à Culiacan, lors d'une manifestation à Mexico, le 16 mai 2017

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© AFP, PEDRO PARDO
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AFP, publié le jeudi 18 mai 2017 à 09h53

Aimé, respecté, méticuleux et doté d'un redoutable sens de l'humour. Les qualificatifs ne manquent pas lorsqu'on demande aux amis et collègues de Javier Valdez de dresser le portrait de ce "maître" en journalisme, qui a suscité de nombreuses vocations chez les jeunes reporters mexicains.  

"C'était notre âme, notre joie. Il nous racontait en permanence des blagues. Il se moquait de tout, et de lui-même", raconte Miriam Ramirez, une reporter de la revue Riodoce que Valdez avait fondée avec des amis journalistes en 2003 et qui est devenue une référence en matière d'investigation sur le narcotrafic.  

Sa mort par balle lundi, tout près des bureaux du quotidien, a été choc dans la rédaction. Valdez avait construit sa carrière dans sa ville natale de Culiacan, la capitale de l'Etat de Sinaloa (nord-ouest), également fief du cartel de drogue de Joaquin "El Chapo" Guzman.

Sa notoriété avait cependant largement dépassé sa région, et même les frontières du Mexique: l'université de Columbia (Etats-Unis) et le comité pour la protection des journalistes (CPJ) à New York lui avaient décerné leur prix pour son travail d'investigation.

Les récompenses avaient fini par donner l'idée qu'il était inattaquable, à l'abri du danger, "mais soudain la réalité nous a percutés, et nous l'avons perdu" souffle sa jeune collègue.  

- "Ici vous allez apprendre à écrire!" -

Auteur de plusieurs ouvrages dont "Con una granada en la boca" ("Une grenade dans la bouche") et de "Miss Narco", Valdez était une figure, avec son éternel chapeau sur la tête et sa chronique hebdomadaire "Mala Yerba" (Mauvaise herbe) mêlant journalisme et prose.

Ce journaliste prolifique donnait également des cours à l'université. 

"Vous devez sortir dans la rue. Vous n'allez pas vous contenter de répéter ce que disent les fonctionnaires. Vous devez enquêter", répétait le professeur à ses élèves se souvient Karen Bravo, 24 ans, désormais reporter sur une chaîne de télévision locale.  

"Ce n'était pas un professeur, c'était un grand frère, un ami dans la salle de classe. Il t'enseignait ce que tu allais devoir affronter", se remémore-t-elle. "Il me répétait: +Ne sois pas peureuse+".

Ema Leyva, 26 ans, envisageait elle de suivre des études d'administration des entreprises avant de tomber sur une de ses chroniques hebdomadaires et s'orienter vers le journalisme. 

Le "maître" les secouait au premier contact dans la classe : "Ici, vous allez apprendre à écrire!".

"Sa présence te donnait confiance, tu te sentais en paix", se souvient-elle.  

- Investigation et poésie -

Javier Valdez paraissait parfois téméraire à vouloir publier toutes les enquêtes, mais jamais irresponsable, selon son ami Andres Villareal, chef des informations de Riodoce. 

Dans son travail quotidien, pour arriver à la version finale de son texte, "il était très prudent, très exhaustif", assure-t-il, dans la modeste salle de rédaction de l'hebdomadaire, qui compte seulement six journalistes et dont aucun ne bénéficie de protection policière.  

Valdez, qui collaborait également à l'AFP et au quotidien La Jornada, "s'investissait personnellement dans chaque histoire, il portait le poids de chacune d'elle", ce qui lui avait causé toutes sortes de problèmes de santé.  

Ces dernières années, il s'était montré critique à l'égard du gouvernement et de sa guerre contre les cartels, menée à l'aide de l'armée, et "dans laquelle tout le monde s'est retrouvé pris entre deux feux", selon Andres Villareal.

Dans sa chronique, il avait développé "cette combinaison entre le travail journalistique d'investigation et la prose", en fictionnalisant de petites histoires de narco, raconte le directeur de Riodoce, Ismael Bojórquez.

"Bien sûr qu'il avait peur! Moi aussi j'ai peur. Nous faisons cela dans la peur, mais nous continuerons à le faire. On ne peut pas ne pas parler de narcotrafic dans un Etat comme le Sinaloa", poursuit-il. 

- Offrande - 

Chaque matin à sept heures, avec une ponctualité de métronome, Valdez arrivait au café Bistromiro. Il s'asseyait à la même table et commandait un sandwich et un café.  

"Il nous apportait toujours un cadeau pour le 14 février (Saint Valentin), la fête des mères, Noël" raconte une employée.

Au lendemain de son assassinat, une serveuse a retiré la table habituelle de Valdez pour chasser la nostalgie. Mais un client a demandé qu'on la remette et a même commandé pour le journaliste son traditionnel café.

"Après, quelqu'un a mis un oeillet, un autre une cempazuchitl (oeillet d'Inde utilisé pour la fête des morts)" raconte l'un des serveurs, Farid Lerma.

Ce dernier a alors rajouté sur la table un exemplaire du quotidien La Jornada avec en Une le portrait du journaliste à l'éternel chapeau.

 
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