Le "Temple universel" de Kazan, le rêve oecuménique d'un excentrique

Chargement en cours
 Le "Temple universel" d\

Le "Temple universel" d'Ildar Khanov, le 24 juin 2017 à Kazan

1/2
© AFP, YURI CORTEZ
A lire aussi

AFP, publié le mardi 27 juin 2017 à 12h10

Bâtisse insolite à mosaïques chamarrées et bulbes pittoresques, coincée à Kazan entre Volga et voie ferrée: bienvenue au "Temple universel" d'Ildar Khanov, artiste aujourd'hui décédé qui voulait consacrer sa maison natale à seize religions du monde.

C'est un peu le Palais idéal du Facteur Cheval sur un mode spirituel et façon Tatarstan, une prospère république de Russie qui se veut un modèle de coexistence pacifique entre multiples communautés ethniques (Tatars, Russes, Tchouvaches, Mordoves, Maris, etc.) et religieuses (essentiellement musulmans et orthodoxes).

"Cela ne plaît pas à certains religieux, mais ce lieu n'a jamais été conçu pour les cérémonies religieuses, c'est juste un lieu symbolique", raconte à l'AFP la nièce de l'artiste Elvira Galeeva, qui a repris le flambeau et s'occupe des visites avec sa mère.

"Il voulait planter les graines dans les têtes des gens pour que croisse l'idée d'union et de tolérance", poursuit-elle. "Lui-même est issu d'une famille tatare, musulmane, mais c'était avant tout un citoyen du monde".

Ildar Khanov, décédé en 2013 à 72 ans, comptait représenter seize grandes religions ou courants de pensée philosophiques. Il y en a pour l'heure sept.

A côté de la porte d'entrée, une tourelle est consacrée à Mère Theresa. Une coupole dorée, un minaret et son croissant ou encore un bulbe à spirale vert et blanc garnissent le bâtiment principal parmi la dizaine de toitures ouvragées s'élançant vers le ciel. L'ensemble balance entre kitsch pompier et rococo rutilant, et l'oeil ne sait où se poser.

- Guérisseur -

Éclairée par la lumière de vitraux, la salle catholique se présente comme l'intérieur d'une église, avec au bout une scène au dessus de laquelle pendent des instruments de musique. La pièce orthodoxe s'orne de parois en bois et d'icônes.

Des tableaux de Khanov décorent certaines salles, dans un style bariolé, crypto-cubiste, influencé par le réalisme socialiste, lui qui vivait sous l'URSS de commandes de l'Etat. Inspiré, aussi, par les violences du XXe siècle et notamment Hiroshima.

Après la chute de l'Union soviétique, Khanov était revenu dans sa maison natale pour exercer la profession informelle de guérisseur, à l'aide notamment d'un laser.

"Une nuit, le Christ m'est apparu, il m'a dit: +Tu te lèveras à l'aube, tu prendras une pelle dans la remise, et tu te mettras à construire un temple universel+", avait-il raconté au Figaro en 2012. Un brin illuminé, un peu mégalomane, il comptait créer toute une ville nouvelle, comprenant notamment le plus grand mémorial de la Shoah du monde.

Ceux qui ne pouvaient le rétribuer pour ses soins lui donnaient un coup de main pour la construction. Un ouvrier ventru vêtu d'un T-shirt floqué d'un gros ours s'affaire encore dans ce chantier qui semble perpétuel.

"Quand la situation politique est tendue, il est important de penser à quelque chose d'élevé, où les gens de différentes religions peuvent s'unir spirituellement", avance Roman Boutine, touriste venu de Sibérie.

"Aujourd'hui nous sommes unis par le biais d'internet, mais ici, il y a une autre union par la religion", renchérit Nadejda Milosserdova, qui l'accompagne.

- Incendie -

Au fond du domaine, un vaste bâtiment encore en construction et paré d'inscriptions islamiques se dresse, vide, hormis la présence au rez-de-chaussée d'un... sphinx, représentant la religion de l'Egypte antique, derrière un petit jardin chaotique que jonchent les restes d'un incendie survenu il y a deux mois.

Ont brûlé notamment l'espace bouddhiste, la toiture dédiée au judaïsme avec son étoile de David, la salle de spectacles, la bibliothèque et les pièces habitables.

"L'enquête est en cours", selon Elvira Galeïeva, à propos de ce feu aux raisons obscures - peut-être un conflit familial...

Des touristes en goguette photographient les bâtiments, certains se hasardent à l'intérieur pour une visite guidée, contre une "donation".

"On était intéressé parce que c'est beau. Malheureusement on ne connaît pas l'histoire à cause de la barrière de la langue", avancent un père et son fils chiliens venus à Kazan pour assister à un match de leur équipe nationale, membre du groupe B de la Coupe des Confédérations. 

L'avenir? "Nous voulons faire un centre culturel et éducatif et ainsi réaliser le rêve d'Ildar Khanov. Ça nous prendra des années, peut-être même toute la vie", avance sa nièce. Qui attend toujours la réponse du gouvernement du Tatarstan à sa demande de subvention.

 
1 commentaire - Le "Temple universel" de Kazan, le rêve oecuménique d'un excentrique
  • Les gens qui ont quelque chose à dire et à donner à l'humanité sont rares ! En voilà un qui est bien au-dessus de l'"esprit" de notre temps, bien au-dessus et en avance : remarquez, "notre" temps est un temps rétrograde, il faudra une énorme catastrophe pour que les gens se réveillent et changent.. Bien sûr, ne comptez absolument pas sur les zom politiK, quels qu'ils soient, pour changer quoi que ce soi et surtout pour s'occuper du plus urgent : promouvoir le bien et la justice -parce que les zom politiK ne sont là que pour faire des comptes aux dépens des peuples et pour servir les puissances du Mal et de l'injustice.

  • avatar
    [=pseudo.pseudo] -

    [=reaction.title]

    [=reaction.text]

avatar
[=pseudo.pseudo] -

[=reaction.text]