Le président Temer en Russie, le Brésil sous tension

Chargement en cours
 Le président brésilien dépose une gerbe sur la tombe du soldat inconnu devant le Kremlin, le 21 juin 2017 à Moscou

Le président brésilien dépose une gerbe sur la tombe du soldat inconnu devant le Kremlin, le 21 juin 2017 à Moscou

1/2
© AFP, SERGEI KARPUKHIN, POOL
A lire aussi

AFP, publié le mercredi 21 juin 2017 à 11h21

Le président brésilien Michel Temer tente de soigner lors d'un voyage officiel en Russie une stature d'homme d'État égratignée par les affaires de corruption, mais l'étau continue de se resserrer en son absence.

"Guerre", "État policier", "organisation criminelle": le vocabulaire utilisé par les principaux acteurs de cette télénovela à rebondissements en dit long sur la tension qui règne à Brasilia.

"Nous sommes en guerre contre un ennemi sans visage", a scandé lundi soir le procureur général Rodrigo Janot en évoquant la corruption endémique qui mine le géant d'Amérique Latine.

La principale bataille du moment oppose pourtant M. Janot à un visage bien connu: le président Temer, accusé de corruption passive, entrave à la justice et association de malfaiteurs.

"C'est la plus grande et plus dangereuse organisation criminelle du pays. Commandée par le président", a affirmé Joesley Batista, le magnat de l'agro-alimentaire à l'origine du scandale qui a éclaté il y a un mois.

Pour ces propos issus d'un entretien publié samedi par l'hebdomadaire Época, la présidence a porté plainte pour diffamation. Une plainte rejetée mardi par un juge de Brasilia.

Propriétaire du leader mondial de la viande JBS, M. Batista a enregistré M. Temer à son insu alors que ce dernier semblait donner son accord pour acheter le silence d'un ex-député aujourd'hui en prison. 

Un rapport partiel de l'enquête de la police fédérale rendu public mardi soir par la Cour Suprême fait état de "preuves indiquant avec vigueur la pratique de corruption passive".

La version finale du rapport doit servir de base à Rodrigo Janot pour présenter dans les prochains jours une demande de mise en accusation formelle. Pour que le chef de l'État soit traduit devant la Cour Suprême, cette demande doit cependant être approuvée par les deux tiers de la chambre des députés.

En dépit de cette épée de Damoclès, M. Temer tentait s'afficher au-dessus de la mêlée en posant mardi soir aux côtés du président russe Vladimir Poutine lors d'un spectacle du Ballet du Bolchoï.

- 'Tous dans le même bateau' -

En attendant d'être fixé sur son sort, il doit parfois voguer à contre-courant dans l'océan déchaîné des scandales qui éclabousse pratiquement toute la classe politique brésilienne. 

"Tous dans le même bateau", résumait la dernière couverture de l'hebdomadaire Veja. Sous le titre, un photomontage montre M. Temer dans un canot aux côtés de son principal adversaire politique, l'ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, et d'un de ses alliés, le sénateur Aecio Neves, dont le mandat a été suspendu par la Cour suprême.

Leur point commun: ils sont ciblés par l'opération "Lavage Express", l'enquête tentaculaire lancée il y a trois ans qui a déjà permis de mettre des dizaines d'hommes d'affaires et de politiciens de tous bords sous les verrous.

Le président Temer mise d'ailleurs sur le fait qu'une grande partie des députés qui auront son sort entre les mains sont aussi dans la ligne de mire des procureurs.

Il compte aussi sur un soutien de poids: Gilmar Mendes, un juge dont l'influence a été décisive il y a deux semaines au sein du Tribunal Supérieur Électoral, qui menaçait d'invalider son mandat pour financement illégal de campagne.

Membre de la Cour Suprême, le juge Mendes craint que le zèle des enquêteurs de l'opération "Lavage Express" ne transforme le Brésil en un "État Policier". 

"Nous abominons les mauvaises pratiques, mais il n'y a pas de démocratie sans politique ni politiciens. Avec ces pratiques autoritaires, nous n'aurons plus de gouvernement, mais une dictature", a-t-il averti lundi soir lors d'une conférence à Recife.

La Cour Suprême doit statuer mercredi sur l'homologation de l'accord de collaboration noué par Joesley Batista et d'autres cadres de JBS, jugé trop généreux par de nombreux critiques.

L'invalidation de cet accord pourrait battre en brèche toute la stratégie des enquêteurs, qui repose largement sur ces "délations récompensées".

 
0 commentaire - Le président Temer en Russie, le Brésil sous tension
  • avatar
    [=pseudo.pseudo] -

    [=reaction.title]

    [=reaction.text]

avatar
[=pseudo.pseudo] -

[=reaction.text]