"J'étais parmi les cadavres": après un massacre en Centrafrique, un survivant témoigne

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 Jonas Ngobo, membre de la Croix-Rouge centrafricaine et survivant d'un massacre à Gambo, dans le sud-est de la Centrafrique, photographié dans la chapelle Saint-André de Loungougba, le 14 août 2017

Jonas Ngobo, membre de la Croix-Rouge centrafricaine et survivant d'un massacre à Gambo, dans le sud-est de la Centrafrique, photographié dans la chapelle Saint-André de Loungougba, le 14 août 2017

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© AFP, Alexis HUGUET
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AFP, publié le mercredi 16 août 2017 à 13h38

"J'étais parmi les cadavres et les blessés": Jonas Ngobo, de la Croix-Rouge centrafricaine, a survécu à un massacre dans le sud-est de la Centrafrique, région isolée qui subit une flambée de violences depuis début mai, avec pour conséquence des milliers de réfugiés en RDC voisine.

Jonas Ngobo, 54 ans, a vu mourir plusieurs de ses collègues humanitaires dans la tuerie du 5 août à Gambo à environ 450 km à l'est de la capitale Bangui. Six au total, selon le bilan du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) publié le 9 août.

A un correspondant de l'AFP, il raconte cet épisode de violences envers les civils, emblématique du conflit entre groupes armés de l'ex-Séléka, prétendant défendre les musulmans, et anti-balaka, majoritairement chrétiens. La guerre porte aussi sur le contrôle des ressources naturelles, explique un récent rapport du think tank américain Enough Project.

A Gambo, la tuerie a commencé vers midi quand des ex-Séléka ont voulu reprendre la ville à des anti-balaka, après l'arrivée d'un contingent marocain de la Mission des Nations unies (Minusca), se souvient M. Ngobo qui travaillait au dispensaire. 

"Tout le monde pensait que l'hôpital était le refuge. Les gens se sont agglutinés en pensant qu'ils étaient sous protection de la Croix-Rouge", raconte cet homme aux traits tirés rencontré lundi dans le village de Loungougba où il s'est réfugié après les combats, à 50 km vers l'est en direction de Bangassou.

"En arrivant, un des Séléka a pris son couteau pour déchirer le drapeau de la Croix-Rouge. Avec des armes, avec des machettes, ils ont égorgé des gens. Ils ont attaqué à l'intérieur, à l'extérieur, dans tous les bureaux. Ils ont cassé toutes les portes", poursuit l'ancien "major" (responsable d'un pavillon du dispensaire).

"Ils ont continué jusqu'à 16h00 avant se replier. On a retrouvé des morts et des blessés en ville. Le soir, la ville était déserte. Tout le monde a fui en brousse", selon M. Ngobo.

Il ajoute avoir été "pris en otage (par les assaillants) dans leur base pour soigner leurs blessés durant cinq heures". "Après, ils m'ont ramené à l'hôpital et m'ont dit de ne pas bouger. J'étais parmi les cadavres et les blessés".

"Vers 23h00, le samedi 5, je me suis enfui en brousse. J'aidais des blessés à partir vers Bangassou (à 75 km vers l'est). Certains ont mis une semaine pour arriver jusqu'ici, d'autres sont arrivés aujourd'hui même" (lundi dernier), confie M. Ngobo.

"Le bilan provisoire que j'avais fait samedi soir, c'était 32 morts dans les pavillons et dans la cour", dit-il.

- 'Pourquoi nous haïssent-ils?' -

En mai, ce sont des anti-balaka -d'après la Minusca- qui avaient attaqué Bangassou et sa région, tuant six Casques bleus. Ils contrôlent toujours la ville depuis, a constaté le correspondant de l'AFP, même si des contingents marocains, gabonais et bangladeshi de la Minusca y sont visibles.

A Bangassou, plusieurs centaines de musulmans sont toujours réfugiés à l'intérieur du petit séminaire Saint Louis à côté de la cathédrale. Ils craignent pour leur vie s'ils en sortent.

"Pourquoi ils nous haïssent, pourquoi ils nous font ça? Les femmes ont été attaquées, les enfants égorgés", se lamente l'un d'eux, Djamal Mahamat Salet, fils du grand imam de Bangassou. Il affirme que son père est mort le dimanche 14 mai lors de l'attaque des anti-balaka.

Contrôlé par les groupes d'auto-défense en civil, Bangassou est quasiment déserte, surtout le quartier administratif. L'activité au marché reprend peu à peu, selon l'évêque espagnol de Bangassou, Juan José Aguirre.

Dimanche dernier, ce dernier a traversé en pirogue la Mbomou pour aller dire la messe aux milliers de réfugiés centrafricains qui ont fui les violences de l'autre côté de la frontière, en République démocratique du Congo, dans le village reculé de Ndu.

Une fois passé le poste de douane, il a délivré son homélie en sango, la langue nationale de la Centrafrique, et donné aux réfugiés des nouvelles, en français cette fois, des derniers événements qui ravagent leur pays, de l'autre côté de la rivière, à Bangassou et Gambo.

Ils sont des "milliers dans des zones reculées de la RDC où très peu d'acteurs humanitaires sont présents", s'est inquiété mercredi le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés dans un communiqué.

"Le dernier grand mouvement a été signalé par les autorités dans la ville (congolaise) de Yakoma, où plus de 10.000 individus sont arrivés depuis la semaine dernière. Ils ont fui l'insécurité à Bema, situé en face de la ville congolaise de Yakoma", détaille le HCR.

 
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