Italie: colère et incompréhension dans les "dépotoirs" à migrants

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Des migrants dans le centre d'accueil de Cona, au sud de Venise, le 10 juillet 2017

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© AFP, TIZIANA FABI
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AFP, publié le vendredi 14 juillet 2017 à 18h22

Ils ont déjà manifesté contre leurs conditions d'hébergement, mais les migrants qui s'entassent dans des "dépotoirs humains" à Conetta (nord-est) suscitent aussi l'incompréhension des quelques dizaines d'habitants de ce minuscule village de la région de Venise.

"C'est un camp de concentration moderne", n'hésite pas à dire le maire Alberto Panfilio, en désignant l'ancien camp militaire de son village, situé non loin de Padoue, où quelque 1.400 migrants, essentiellement venus d'Afrique sub-saharienne, s'entassent tant bien que mal dans des tentes, parfois depuis près de deux ans.

Maire de ce village perdu au milieu de la plaine céréalière qui s'étend au sud de Venise, cet élu local gère, comme tant d'autres en Italie la difficulté de concilier l'accueil des migrants, qui ne cessent d'arriver en Italie, avec les craintes et les inquiétudes de ses administrés. Plus de 85.000 ont déjà débarqué sur les côtes italiennes depuis le début de l'année, quand l'Italie en a déjà accueilli plus de 500.000 depuis 2014.

"Je suis contre ce lieu où on a parqué des êtres humains, sans aucun projet, sans espoir (...), maintenant je le considère comme un dépotoir humain", a-t-il expliqué à l'AFP.

- 'Tension palpable' -

Ses 190 administrés, face à plus d'un millier de migrants, s'efforcent de faire bonne figure, mais la tension est bien là. Certains résument leur mauvaise humeur, ou simplement leur inquiétude, sur un drap tendu sur un immeuble où l'on peut lire : "Rapatriez les migrants".

Le gouvernement italien, très inquiet face à un risque de dérapage, a menacé de fermer ses ports devant le peu d'empressement de ses partenaires européens à lui tendre la main, alors que des élections législatives doivent avoir lieu au début de l'année prochaine.

A quelque 10 km de là, à Bagnoli di Sopra, 700 autres migrants sont eux-aussi entassés dans une ancienne caserne militaire. Le maire Roberto Milan ne cache pas ses difficultés. "La tension est palpable, il y a beaucoup d'hostilité. Ils (les migrants) sont très nombreux et cela rend impossible de tisser des liens avec eux, cela crée une défiance mutuelle", a-t-il expliqué à l'AFP.

Moussa Bamba, 31 ans, originaire de Côte d'Ivoire, pense qu'il va payer "un prix" pour ce qu'il veut raconter, mais il n'en a cure, tant il est excédé comme tant d'autres par son inactivité et son inutilité.

- 'Nous avons besoin de vous' -

"Je ne demande qu'une chose, une formation: enseignez nous quelque chose pendant que nous attendons ici, à être électricien, maçon, mécanicien, afin de nous permettre de nous intégrer si nous restons ou au moins d'avoir appris quelque chose si ce ce n'est pas le cas", a-t-il expliqué à l'AFP.

Avec la fermeture des frontières depuis la fin 2015, un nombre croissant de migrants sont bloqués en Italie, comme en témoigne la hausse des demandes d'asile. De 63.500 en 2014, ces demandes ont atteint 123.000 en 2016 et 73.000 entre janvier et juin 2017.

Kaba Aissata Mohamed, Guinéen de 33 ans, veut simplement être traité comme un être humain et prendre sa place dans la société.

"Nous avons besoin de vous, nous avons besoin de la population locale. Nous voulons vivre avec vous, avec le monde alentour, c'est ça qui est important", a-t-il expliqué à l'AFP.

Mais la population, habituée jusqu'à il y a encore quelques années à vivre repliée sur elle-même, loin des grandes villes, peine à s'adapter.


"Ils font du vélo à quatre ou cinq, ils nous saluent, ils ne font pas de problème", reconnaît volontiers Pietro Grapeggia qui, à 75 ans, restaure toujours des antiquités.

Mais, a-t-il ajouté dans un entretien avec l'AFP, "le problème c'est qu'on ne sait pas comment ça va se terminer cette histoire. qu'est ce qui va se passer s'ils continuent à arriver comme ça ?" 

kv-ide/ob/ol

 
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