Irak: dans les camps de déplacés, des familles ont été séparées

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 Des familles irakiennes qui ont fui Mossoul, attendent le 30 novembre 2016 à Bartalla d\

Des familles irakiennes qui ont fui Mossoul, attendent le 30 novembre 2016 à Bartalla d'être transférées vers des camps de déplacés

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© AFP, THOMAS COEX
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AFP, publié le jeudi 01 décembre 2016 à 10h43

Irak: les forces de sécurité irakiennes et les soldats kurdes peshmergas empêchent les déplacés de sortir des camps

Depuis son arrivée dans le camp de Khazir, Ihsane, un jeune Irakien, tente de convaincre les responsables de le laisser sortir, non pas pour se rendre dans un quelconque village, mais pour retrouver sa famille... dans un autre camp de déplacés.

"Voilà un mois que je suis dans cette situation, ma famille d'un côté et moi d'un autre. Ils me manquent beaucoup", affirme Ihsane Ismaïl, 18 ans, originaire du village d'Abou Jarboua, à l'est de Mossoul.

Peu après le début de l'offensive des forces irakiennes le 17 octobre pour reprendre au groupe Etat islamique (EI) son principal bastion irakien, le jeune homme a fui son village une heure avant le départ de son père, sa mère et sa petite soeur Nourhane.

Les forces kurdes l'ont conduit vers Khazir tandis que sa famille a été transportée vers un autre camp de déplacés.

Les forces de sécurité irakiennes et les soldats kurdes peshmergas empêchent les déplacés de sortir des camps et leur prennent leur carte d'identité, avançant "des raisons de sécurité".

"Tout ce que je demande, c'est de les rejoindre. Quelle est la différence ? (...) Un camp est un camp", s'indigne le jeune homme. 

En un mois il n'a pu parler que deux fois avec sa famille.

Ces restrictions sécuritaires inquiètent les organisations humanitaires.

Dans le camp de Qimawa, au nord de Mossoul, les déplacés ne sont pas seulement interdits de déplacement, mais on ne leur permet pas non plus d'utiliser leur téléphone portable, selon Human Rights Watch (HRW).  

- 'Détention de facto' -

"Dans les camps sous contrôle irakien, les déplacés n'ont absolument pas le droit de bouger, sauf si les autorités décident de les renvoyer chez eux ou de les transférer" dans un autre camp, explique Belkis Wille, spécialiste de l'Irak pour HRW.

La situation est quasi-identique dans les camps contrôlés par le gouvernement du Kurdistan irakien, à quelques exceptions près, comme dans le camp de Debaga au sud de Mossoul où les déplacés sont autorisés à se rendre dans le village à condition de laisser leur pièce d'identité en guise de caution, dit-elle.

A l'entrée du camp de Khazir, gardé par des combattants peshmergas, un marché offre des légumes, des habits et des ustensiles de cuisine, mais ventes et achats se font à travers une clôture métallique.

"C'est une situation préoccupante, potentiellement dangereuse: des milliers d'Irakiens pourraient être empêchés de se déplacer dans leur propre pays", déplore Mme Wille. "C'est de la détention de facto".

Les oncles de Ihsane ont connu la même mésaventure que leur neveu.

"Nous sommes dans cette situation depuis le 28 octobre et personne ne nous écoute", soupire Fawaz Khaled, buvant le thé dans une tente du camp de Khazir.

Cet homme de 42 ans et père de neuf enfants explique avoir fui son village avec ses deux frères quand les forces kurdes s'en sont approchées pour chasser les jihadistes. En arrivant au barrage des peshmergas, les trois hommes expliquent que leurs familles sont restées derrière eux.

"Ils nous ont dit: +On vous prend et (vos familles) vous suivront", affirme l'homme à la fine barbe blanche.

Un mois plus tard, les oncles de Ihsane sont toujours loin de leurs femmes et enfants, transférés eux dans le camp de Qimawa.

- 'Rongée par l'inquiétude' -

"Nous sommes en guerre contre des terroristes qui utilisent tous les moyens possibles pour mener des attaques, et des membres de Daech peuvent s'infiltrer parmi les déplacés et former des cellules clandestines", fait valoir à l'AFP Jaber Yaour, du ministère de l'Intérieur de la région autonome du Kurdistan, pour justifier les mesures sécuritaires.

Chaima Ismaïl n'a pas revu ses deux aînés depuis qu'elle a fui avec ses quatre enfants le village d'Abou Jarboua.

Arrivée au barrage des peshmergas, Mahmoud (16 ans) et Amani (3 ans) restent avec elle mais Ahmad (21 ans) et Mohammad (20 ans) sont mis à l'écart. La famille se retrouve dans deux camps séparés.

"Je les ai suppliés de m'emmener chez mes enfants ou des laisser venir ici, mais personne ne répond", dit-elle désespérée. 

Ses enfants l'appellent seulement une fois par semaine, de peur que les responsables du camp ne découvrent leur téléphone portable. "Ils me disent qu'ils vont bien et raccrochent".

"J'ai le coeur rongé par l'inquiétude".

 
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