Irak: chercher les disparus à Mossoul entre les snipers et les bombes

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 Des membres de la police fédérale irakienne dans  une rue de la Vieille ville de Mossoul, le 28 juin 2017

Des membres de la police fédérale irakienne dans une rue de la Vieille ville de Mossoul, le 28 juin 2017

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© AFP, AHMAD AL-RUBAYE
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AFP, publié le jeudi 29 juin 2017 à 09h52

Dans Mossoul dévastée, des secouristes tentent de sauver les familles ensevelies sous les décombres de la sanglante bataille entre l'armée irakienne et les jihadistes. Une course contre la montre au péril de leur vie, entre bombes et snipers.

Face à la pelleteuse qui martyrise la montagne de gravats dans un nuage de poussière, Abdel Rahmane Mohammed et son frère Ammar enchaînent les cigarettes, assommés par un soleil de plomb, près de 50°, et un insondable chagrin.

Les décombres renfermeraient les dépouilles de leur frère Ahmed et de sa famille, disparus alors qu'ils fuyaient les combats acharnés dans le quartier d'al-Zenjili, dans l'ouest de la ville septentrionale.

Après avoir éliminé les derniers snipers de l'Etat islamique (EI) encore embusqués autour du carrefour d'Al-Borsa, l'armée a fini mardi par autoriser les secouristes à s'attaquer aux débris.

Cela a pris trois semaines, éloignant, sauf miracle, toute perspective de retrouver des survivants.

Ammar est abattu: "Ca fait une vingtaine de jours qu'ils sont dessous, toute une famille. C'est une tragédie". Abdel Rahmane, lui, s'accroche à l'idée que son frère et sa famille ont peut-être quitté la maison avant le bombardement.

"Notre seul espoir, c'est qu'on ne les trouve pas ici", dit-il. Même si tout semble indiquer le contraire.

- 'Mossoul, c'est le pire' -

Le 6 juin dernier, l'armée irakienne avance dans al-Zenjili, où nombre de civils sont terrés dans leurs maisons sur ordre de l'EI. 

A bout, épuisés et affamés, certains en profitent pour s'échapper. Dont Ahmed, le frère d'Abdel Rahmane et d'Ammar, sa femme et leurs six enfants âgés de 1 à 9 ans.

Mais la famille voit arriver des combattants de l'EI en sens inverse, et "se réfugie avec une trentaine d'autres civils dans le sous-sol d'une maison voisine", raconte Abdel Rahmane.

A l'intérieur, le groupe a désespérément soif. Un homme se dévoue pour aller chercher de l'eau. Ce sera sa "chance": en chemin, une balle de sniper lui traverse la joue. Blessé, il ne peut revenir dans la maison et finit par trouver refuge ailleurs.

Quelques minutes plus tard, la maison est pulvérisée par un bombardement aérien, attribué dans le quartier à la coalition internationale dirigée par Washington qui appuie les troupes irakiennes au sol. 

"Peut-être qu'ils se sont trompés de maison. Ou qu'ils l'ont bombardée parce qu'il y avait des snipers de l'EI sur le toit", avance Abdel Rahmane.

Le survivant blessé prévient les deux frères, qui alertent la Défense civile. Cette unité du ministère de l'Intérieur a été active dans nombre de régions ces dernières années au fil de la reconquête de territoires de l'EI par le gouvernement. Secourant des vivants ou ramassant les morts réclamés par leurs familles pour qu'ils soient enterrés dignement.

"On a fait Fallouja, Ramadi (deux villes à l'ouest de Bagdad, ndlr) Mais Mossoul, c'est le pire", souligne le commandant Saad Nawzad Rachid. Ses hommes arrivent parfois à temps pour sauver des vies. Mais parfois trop tard, bloqués par les snipers et bombes artisanales.

"Je n'ai jamais vu autant de destruction, de femmes et d'enfants atteints, tout ça à cause de ces chiens" de l'EI, peste-t-il.

- Poupées multicolores -

En équilibre instable sur les flancs du monceau de décombres, la pelleteuse souffre, se balance sur ses chenilles pour dégager les blocs de béton prisonniers de tiges métallique tordues.

Après plus d'une heure de déblaiement, des objets apparaissent au fond du trou, profond de plusieurs mètres. Dont deux poupées multicolores aux cheveux blonds.

Au bord du gouffre, les visages se tendent. Un coup de pelleteuse plus tard, un secouriste crie: "Stoooop !"

Abdel Rahmane et Ammar, fébriles, s'approchent. Pas de trace humaine au fond. Mais un peu plus haut brille une pointe d'ogive: une roquette, non explosée, qui menace de tomber.

La pelleteuse n'ira pas plus loin, d'autant que l'armée vient de découvrir deux voitures piégées aux alentours, dont une à moins de 50 mètres.

"C'est trop dangereux de creuser en l'état. On va d'abord laisser l'armée déminer", décrète le commandant Rachid. Soit au moins deux jours de délai.

Ammar et Abdel Rahmane accusent le coup. Personne n'a vu leur frère et sa famille dans les zones libérées alentours. 

Mais le second s'accroche. "Peut-être ont-ils fui dans la vieille ville", dit-il en montrant l'horizon noir de fumée du vieux Mossoul, où l'armée traque les derniers combattants de l'EI, encerclés et disséminés parmi des dizaines de milliers de civils pris au piège.

 
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