Guerres des Balkans: deux ex-chefs serbes rejugés à La Haye

Guerres des Balkans: deux ex-chefs serbes rejugés à La Haye

Jovica Stanisic (g) et Franko Simatovic (d), anciens chefs de la sécurité intérieure serbe, lors de leur procès à La Haye, le 13 juin 2017

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AFP, publié le mardi 13 juin 2017 à 16h20

Deux anciens chefs de la sécurité intérieure serbe sont rejugés depuis mardi à La Haye pour avoir, selon le parquet de la justice internationale, joué un rôle majeur dans les "escadrons de la mort" en Bosnie et en Croatie dans les années 1990.

Jovica Stanisic, 66 ans, et Franko Simatovic, 67 ans, sont rejugés pour quatre crimes contre l'humanité et un crime de guerre, après avoir été acquittés pour ces mêmes chefs d'accusation en 2013.

"Les accusés sont responsables de ces crimes car ils ont dirigé leurs auteurs, les forces serbes, et leur ont porté un inlassable soutien", a déclaré le procureur Douglas Stringer, lors de l'ouverture de l'audience, à La Haye.

"Des civils torturés, exécutés dans un champ de maïs à quelques mètres de leur famille", des "viols" et des "pillages" : face à ces accusations, Jovica Stanisic s'agite, secoue la tête, mâchoire serrée et visage fermé.

A sa gauche, Franko Simatovic reste impassible, boit une gorgée d'eau, les yeux fermés.

"Les accusés ont sans cesse déployé leurs unités dans des attaques en Croatie et en Bosnie, où de nombreux actes de persécutions, d'expulsions et de meurtres ont été commis", a-t-il poursuivi.

Douglas Stringer a affirmé son intention dans ce nouveau procès : les preuves apportées "montreront que ce schéma incessant a duré pendant quatre ans et que les accusés l'ont soutenu et promu pendant tout le long".

Leur acquittement en première instance en 2013 par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) avait suscité une vague de protestations.

Le 30 mai dernier, les deux hommes se sont rendus à la prison des Nations Unies, comme ordonné par les juges, pour répondre une nouvelle fois des chefs d'accusation retenus contre eux.

- Escadrons de la mort -

Jovica Stanisic, ancien chef de la sécurité intérieure de la Serbie et figure-clé du régime de Slobodan Milosevic, ainsi que son adjoint Franko Simatovic sont de nouveau accusés d'avoir organisé, financé et ravitaillé des groupes paramilitaires.

Ces groupes, comme l'unité d'élite des "Bérets rouges", dirigé sur le terrain par Franko Simatovic selon l'accusation ont fait déferler une vague de terreur et de destructions, attaquant des villes et assassinant Croates, Musulmans et autres populations non-serbes.

Les procureurs, qui avaient requis la prison à perpétuité lors du premier procès, maintiennent leur accusation: les deux Serbes ont participé à "une entreprise criminelle commune" aux côtés notamment "du président serbe Slobodan Milosevic".

Le procureur a établit un rapport direct entre les deux accusés et Slobodan Milosevic, mort à La Haye en 2006 lors de son propre procès pour génocide et crimes de guerre.

"Le pouvoir et l'autorité considérables de Jovica Stanisic n'émanaient pas seulement de son poste de chef de la sécurité serbe, mais également de la confiance que Slobodan Milosevic avait en lui", a déclaré Douglas Stringer.

- "Les civils, la cible" -

Les guerres dans l'ex-Yougoslavie furent les plus meurtrières en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Leur bilan humain est estimé à 150.000 morts, dont deux-tiers de civils, et 4 millions de déplacés.

"Les civils étaient la cible, le nettoyage ethnique de la Bosnie et de la Croatie était l'objectif", a résumé le procureur Douglas Stringer.

En mai 2013, les juges du procès en première instance avaient décidé que l'accusation n'avait pas réussi à prouver "au-delà de tout doute raisonnable" la culpabilité des deux hommes et les avaient acquittés.

Le 15 décembre 2015, revirement rare: la Chambre d'appel du TPIY infirmait l'acquittement, avançant que les premiers juges s'étaient "trompés" sur divers points de droit.

MM. Stanisic et Simatovic se trouvent parmi les derniers chefs de guerre des Balkans détenus à La Haye.

Leur procès ne s'est pas ouvert devant le TPIY, qui ferme ses portes cette année, mais devant le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux, compétent pour reprendre toute affaire du TPIY. 

 
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